M comme Misère noire

Types de mendiants de la ville et de la campagne d’après un dessin de M. Vaumort. Cet échantillonnage de mendiants a été croqué à Rennes et ses alentours, mais la France en est pleine

Misère : État d’extrême pauvreté, indigence : Être dans une misère noire. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/mis%C3%A8re/51765

La misère, je dirais même la grande misère, voilà ce qu’était le lot de la plupart des Français pendant des siècles ! C’est cette misère, ces disettes et ces famines qui ont mené le peuple français à bien des révoltes et à la Révolution française de 1789. Celle-ci a été suivie d’autres soulèvements, qui ont eu lieu tout au long du 19e siècle, comme les « Trois Glorieuses » en juillet 1830, les émeutes de 1848 ou encore la Commune qui se propage à travers la France en 1870.

Aussi, je n’étais pas surprise de découvrir que certains de mes ancêtres avaient vécu, comme une majorité de Français, de petits métiers et avaient eu le plus grand mal à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. Je pense tout particulièrement à Pierre Joseph Griffart, mon ancêtre direct de 6e génération du côté maternel, qui vécut de 1812 à 1863. Il était cordier et vivait à Epinoy une petite localité dans le Pas de Calais, au nord de la France. En 1846, on pouvait y compter environ 210 ménages et 870 âmes dont la moitié des chefs de familles et habitants étaient cultivateurs, domestiques, journaliers ou encore cordiers.

Né à l’hiver 1812, Pierre Joseph est le fils de Jean Baptiste Griffart (1790-1854), journalier et de Marie Séraphine Hubert (1809-1881), fileuse. Il est l’ainé d’une fratrie de trois garçons et une fille. Il se marie à dix-neuf ans avec Marie Clotine ou Clothilde Vauchez dont le père est fabriquant de cordes. Son père n’ayant pas de travail fixe et louant ses services à la journée, il a sans doute toujours vécu dans la précarité. Tout jeune, il s’est probablement engagé comme tourneur chez un cordier, peut-être même son futur beau-père, avant de devenir cordier lui-même.

« Le tourneur, de part [sic] la loi, ne doit pas avoir moins de douze ans ; mais il est libre, à treize et même à quatorze ans, de se trouver encore auprès de sa roue, qu’il tourne, du matin au soir, pour le modeste salaire de vingt sous par jour, prix fixe, ni plus ni moins. C’est généralement après deux années de cet exercice, qui n’exige nul apprentissage, que le tourneur passe à l’état d’apprenti ; s’il reste dans la corderie, il continue à toucher un franc pendant un an encore, la seconde année 1 franc 50 et la troisième année 2 francs ; enfin, dès le début de la quatrième, il est déclaré ouvrier.  Pour être ouvrier cordier, il ne faut pas être de faible complexion ; car en toute saison, par les froids les plus rigoureux comme par les chaleurs les plus accablantes, l’on travaille en plein air, et l’on ne fait pas moins de cinq à six lieues par jour à reculons. Nous disons à reculons, car cette manière de marcher est nécessaire pour préparer les fils qui servent à faire les cordes ; … on peut le qualifier de taciturne quand il devient ouvrier : il grelotte trop en hiver et sue trop en été…
Le métier est pénible surtout par l’assiduité qu’il exige. Le cordier, devenu ouvrier, gagne 40 centimes l’heure, soit 4 francs pour une journée de dix heures …
 » https://wassy-sur-blaise.pagesperso-orange.fr/histoire/cordier/cordier.html

Cordier avec son petit tourneur. On peut voir derrière eux la corde installée sur des piquets https://wassy-sur-blaise.pagesperso-orange.fr/histoire/cordier/cordier.html

D’ailleurs, des cordiers, il n’en manque pas à Epinoy alors que selon le recensement de 1846, j’ai pu en répertorier vingt-six. Plusieurs sont d’ailleurs cousins, beaux-frères, oncles et neveux car il est fréquent de se marier entre familles de confrères.

Recensement de 1846 Page 5, Epinoy, Archives du Pas de Calais

En 1846, on retrouve Pierre Joseph qui est âgé de trente-quatre ans et sa femme Clotilde qui a trente-neuf ans. En tout, ils ont cinq enfants, deux garçons : Charles Louis, neuf ans et Ildefonse, quatre ans, ainsi que trois filles : Armance quatorze ans, Cécile six ans et Séraphine un an. La famille est identifiée comme indigente tandis que deux des enfants, Charles Louis et Cécile sont mendiants.

Dans la maison d’à côté vivent Jean Baptiste Griffart, le père de Pierre Joseph ainsi que Romain son fils cadet et sa fille Marie Louise. Celle-ci décèdera avant la fin de l’année 1846.

Malheureusement, la situation des Griffart est loin d’être unique et le recensement de 1846 nous apprend qu’après les journaliers, c’est chez les cordiers qu’on trouve le plus d’indigents. Ainsi, sur trente-six familles de journaliers, seize sont indigentes, dont six réduites à la mendicité, incluant une famille gérée par une mère abandonnée par son mari. Du côté des cordiers, ce sont huit des vingt-six familles qui sont indigentes, dont trois avec des jeunes mendiants. Ces familles sont en général des familles nombreuses avec cinq ou six enfants.

Carte postale d’une fileuse de lin dans le nord de la France

Les autres indigents sont des femmes souvent veuves mais pas toujours, qui sont fileuses. Enfin, Epinoy compte, parmi ses indigents, un paveur sans domicile fixe. Les mendiants sont des enfants âgés de six à quatorze ans ou encore des infirmes et des veuves certaines étant très âgées. J’en ai répertoriée trois de plus de quatre-vingt ans, la plus vieille ayant quatre-vingt-six ans.

Quelques familles de marchands ambulants ont quitté. Elles sont rapportées « en voyage », alors que dans plusieurs autres familles c’est le mari qui vit et travaille comme domestique dans une autre commune.

Il faut dire qu’en 1846, l’heure est grave et la situation alarmante ! L’historien Emmanuel Le Roy Ladurie la décrit ainsi :

« … dès 1845, apparaît, venue d’Amérique, la maladie des pommes de terre. Elle dévaste presque aussitôt la démographie des Irlandais, grands consommateurs de « patates », et se répand très vite sur le continent, France incluse. Elle n’est nullement d’origine météorologique, mais liée simplement à l’activité d’un microchampignon particulièrement vénéneux pour les tubercules, en provenance d’outre-Atlantique. La chose se complique climatiquement avec le coup d’échaudage, sécheresse incluse, de 1846. … la récolte céréalière est détruite à 30 % environ de son volume, ce qui fait bondir une fois de plus le prix du pain et initialement celui du blé ; prix fixé à 20 francs environ avant 1846 et qui monte brutalement à 30 francs ou davantage lors des années suivantes, sous le coup précisément de cette grave sécheresse échaudeuse. On n’avait pas connu un tel phénomène d’inflation brutale des cours du grain depuis la grande cherté de 1816-1817. C’était pire qu’en 1830. La chose est d’autant plus gravissime que cette fois c’est pain « et » pomme de terre, et non pas seulement pain tout seul comme au XVIIIe siècle. Les émeutes de subsistance se multiplient à partir de 1846-1847, le pouvoir d’achat populaire se concentre sur l’acquisition du pain et de la subsistance en général, l’un et l’autre renchéris. Ce même pouvoir d’achat se détourne simultanément de l’acquisition des produits textiles, d’où un chômage marqué dans l’industrie cotonnière. Le mécontentement social et plébéien une fois de plus monte en flèche, ce qui facilitera l’escalade émeutière meurtrière révolutionnaire dans la capitale en février 1848. Le Roy Ladurie, Emmanuel. « Révolutions, le déclic climatique », Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, vol. 25, no. 12, 2011, pp. 22-22.

La révolution de 1848, qui instaure la deuxième république aura probablement peu d’impact sur la population d’Epinoy à part pour l’instauration du suffrage universel masculin jusque-là réservé aux censitaires, ces citoyens payant un certain montant d’impôt. Le nombre d’électeurs passe ainsi de 246 000 à plus de 9 millions. Cependant, les problèmes quotidiens de Pierre Joseph sont tout autres, alors qu’en avril 1848, son épouse Clothilde met au monde une enfant mort-née.

« Ajoutons que cette fois la crise ainsi déclenchée en 1846-1847 s’accompagne dans l’Hexagone d’une surmortalité, 200 000 décès supplémentaires environ. Nombreux parmi ces trépassés (surtout des enfants) furent victimes de la canicule de 1846. Nombreux aussi les morts dus aux épidémies : des infections dérivant, partiellement du moins, de la sous-alimentation. La révolution de 1848, après celles de 1830 et de 1789-1799, est la dernière de ce trio révolutionnaire. » Le Roy Ladurie, Emmanuel. « Révolutions, le déclic climatique », Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, vol. 25, no. 12, 2011, pp. 22-22.

Si on se reporte aux registres de l’état civil, on peut rapidement constater qu’Epinoy n’a pas échappé à la vague de mortalité mentionnée. Alors que la localité compte en moyenne une vingtaine de morts par an, l’année 1849 verra les décès plus que doubler avec un bilan de quarante-huit morts probablement dus à la troisième épidémie de choléra venue d’Angleterre. Le mois d’octobre est de loin le plus meurtrier avec vingt victimes, suivi du mois de septembre qui compte dix morts.

Le 20 octobre 1848, immédiatement après l’entrée d’un navire anglais dans le port de Dunkerque, l’épidémie se répand dans le nord de la France. Le choléra parcourt à partir du mois de novembre 1848 les départements du Pas-de-Calais, de la Somme, de la Seine-Maritime et du Nord. Les villes de Lille, Calais, Fecamp, Dieppe, Rouen, Douai sont touchées… Pour la France entière, le bilan de la vague épidémique de 1849 s’élève à 100 661 victimes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_pand%C3%A9mie_de_chol%C3%A9ra#

Alors qu’au moins deux cousines Vauchez sont au nombre des décès, la famille immédiate de Pierre Joseph Griffart semble avoir été épargnée. À la mi-octobre 1849, le couple accueille son troisième fils prénommé François Joseph.

Recensement de 1851 p. 11 Epinoy, Archives du Pas de Calais

Une fois la révolution et la pandémie passées, j’ignore si les choses se sont vraiment beaucoup améliorées pour la famille Griffart. En tout cas, en 1851, le recensement ne fait aucune mention d’indigence ni de mendicité. Il faut dire que les deux ainés âgés de dix-neuf et treize ans sont maintenant en mesure de travailler et de contribuer au revenu familial.

À court terme, on parle alors d’une certaine prospérité économique liée au développement de l’industrialisation, surtout dans le domaine du textile qui est très important dans le nord. Signe des temps, le gouvernement français a simplifié son formulaire et ne collecte aucune information sur la profession, la situation économique ou encore la nationalité ou l’origine des habitants.

F comme Familles nombreuses 2/2

Le gâteau des rois représentant une famille de paysans aisés au XVIIIe siècle -Jean-Baptiste Greuze 1774 -Musée Fabre, Montpelier

En ce mois de mai qui est celui de la fête des mères dans de nombreux pays, je vous ai présenté la plus grande famille de mon arbre généalogique. La famille Cuche qui comptait quatorze enfants et qui a vécu à Paris dans la deuxième partie du 19e siècle avec toutes les difficultés que cela comportait.

En matière de familles nombreuses, juste après les Cuche vient le couple de Jean Étienne Judas et Marie Claude Jumeaux, mes ancêtres directs de septième génération, qui ont eu treize enfants. Ils vivaient à la campagne, à Monampteuil un village de l’Aisne proche de Laon. Lui venait de Chevregny, un village situé à deux kilomètres de là. Il était tonnelier comme son père et plusieurs autres artisans de la région, dans ce pays de vignerons et de vinaigriers.

Étienne et Marie Claude venaient tous deux d’une famille de taille moyenne pour l’époque. Marie Claude Jumeaux était la quatrième fille d’une fratrie de six filles et un garçon, tous nés entre 1726 et 1738. Son mari, Jean Étienne Judas était l’ainé d’une fratrie de sept enfants ; cinq filles et deux garçons nés entre 1730 et 1743.

Extrait du relevé des familles de mon arbre ayant le plus d’enfants

Le jour de leur mariage, le 21 mai 1753 à Monampteuil, Jean Étienne était âgé de vingt deux ans et Marie Claude avait dix-neuf ans. Le mariage s’est déroulé dans une certaine urgence pour laquelle ils ont obtenu une dispense pour les deuxième et troisième bans et une célébration de fiançailles la veille du mariage.

Six semaines plus tard, le 2 juillet, ils accueillaient Marie Élizabeth leur première fille. Celle-ci n’a vécu que trois semaines et est décédée le 23 juillet 1753. Peu après, sont nés sept filles dont trois sont mortes en bas âge et cinq garçons dont seul un, a atteint l’âge adulte. Si de leurs treize enfants, cinq ont survécu, seulement quatre se sont mariés dont deux plus d’une fois.

D’abord, il y a Pierre Étienne (1754), mon ancêtre de sixième génération dont j’ai déjà parlé. Celui-ci s’est engagé très jeune pour aller se battre avec les armées napoléoniennes et participer, entre autres, à la campagne contre la Prusse et l’Allemagne. Plus tard, il deviendra lieutenant de gendarmerie.

Il n’a jamais épousé Rose Sauvignier, la mère de ses deux enfants, Rose née à Bonn (1802) et Prosper né à Metz (1803), et l’a même abandonnée à la naissance de leur fils. Beaucoup plus tard, alors qu’il s’était probablement assagi, il s’est marié à deux reprises d’abord en 1815 à l’âge de soixante ans puis, à la mort de sa première épouse, en 1830 alors âgé de soixante-quinze ans. Ses deux enfants, qui ont grandi sans le connaitre, se sont mariés à leur tour et ont eu des enfants. Rose qui a probablement été élevée par sa mère s’est mariée à Paris et a eu un fils tandis que Prosper qui a été placé à Monampteuil chez de la famille, soit ses grands-parents soit une tante, a appris le métier de tisserand, s’est installé dans la région et a fondé famille.

Parmi les filles, l’ainée Marie Jeanne Angélique (1756) s’est mariée à vingt-six ans et a eu au moins cinq garçons et une fille. Les trois derniers nés en 1787, 1789, 1790 ont été ondoyés à la naissance et sont morts le même jour. Marie Charlotte Éléonore (1761) s’est mariée à vingt-quatre ans et a eu deux garçons. Eulalie (1768-1794) est morte à vingt-six ans chez son père. Enfin, Marie Catherine (1773) pour qui je cherche encore à confirmer de l’information.

Signatures d’Étienne Judas et Marie Claude Jumeaux et de plusieurs témoins tel Claude Jumeaux et Jean Florentin Rachet (père et beau-frère de l’épouse)
sur leur acte de mariage célébré le 21 mai 1753 – Archives de l’Aisne

J’ignore s’ils savaient lire et écrire mais à tout le moins Marie Claude et Jean Étienne savaient signer leur nom. Sur leur acte de mariage, l’écriture de Marie Claude apparaît clairement moins assurée que celle de son mari ou que celle de son père Claude Jumeaux.

Malheureusement, tous leurs enfants n’ont pas appris à signer et encore moins à écrire. La situation était la même chez leurs cousins : si les garçons savaient écrire, ce n’était pas le cas des filles. C’est d’autant plus surprenant que Jean Florentin Rachet qui avait épousé Marie Françoise Jumeaux, la soeur ainée de Marie Claude, était clerc laïc ou maitre d’école. À l’époque, l’école n’était pas gratuite et on peut en déduire qu’on préférait garder les filles à la maison pour aider leur mère avec le travail ménager et s’occuper des plus jeunes. Il faut dire que la situation était loin d’être exceptionnelle et qu’au 18e siècle, de nombreux hommes et femmes étaient incapables de signer.

Jean Étienne est décédé en 1804 à soixante-treize ans tandis que Marie Claude lui a survécu pendant onze ans. Elle est morte à quatre-vingt-un ans en 1815.

Si je mets en parallèle ces deux familles nombreuses, soit d’une part les Cuche-Guillaumant avec leurs quatorze enfants et de l’autre les Judas-Jumeaux avec treize enfants, je peux dégager de nombreuses similitudes. Une fois mis à part le fait qu’elles ont évolué dans des milieux différents, l’une au 19e siècle à Paris et l’autre au 18e siècle à la campagne, les deux familles ont connu une forte mortalité infantile et seulement cinq ou six de leurs enfants ont pu atteindre l’âge adulte.

Je note que dans les deux familles, l’enrôlement dans l’armée semble avoir été une des rares options pour sortir de son milieu, sans parler du prestige de l’uniforme. Ce n’était d’ailleurs pas rare et en parcourant les registres de Monampteuil j’ai pu répertorier plusieurs cas d’engagés volontaires.

Impossible de savoir s’ils s’engageaient par patriotisme et ferveur révolutionnaire ou pour une autre raison. Ce choix était loin d’être de tout repos et s’il avait l’avantage de donner une solde, nombreux étaient ceux qui préféraient abandonner et qui décidaient de déserter. On les a souvent décrits comme mal préparés, mal équipés et mal nourris. Surtout qu’au fil des campagnes, les ressources étaient toujours une inquiétude et qu’ils n’étaient pas toujours certains d’être payés.

Cependant, ce genre d’échappatoire n’avait pas d’équivalent féminin à part d’entrer en religion mais les registres n’en font pas mention et l’information est difficilement accessible. C’est probablement ce qui explique qu’on perde la trace de certaines femmes pour lesquelles on trouve un acte de naissance mais pas d’acte de mariage ou de décès.

Cependant, alors que pour la famille parisienne je n’ai pu identifier qu’une seule petite fille, et que cette branche de la famille semble s’éteindre, il en va tout autrement pour la famille en milieu rural. Ainsi en plus des neuf petits-enfants que j’ai pu répertorier, j’ai aussi pu retracer neuf arrière-petits-enfants dont plusieurs vont eux-mêmes se marier et avoir des enfants. Par exemple, leur petit-fils Prosper Judasse a eu entre 1825 et 1843 huit enfants ; quatre filles et quatre garçons dont seulement deux (une fille et un garçon) sont morts en bas âge. Il aura lui-même dix petits-enfants et quatorze arrière-petits-enfants.

« Vers 1700, on estime à 20 millions le nombre d’habitants du royaume de France. Un Européen sur quatre est français : la France est alors considérée comme un géant démographique. Les historiens démographes du XXe siècle supposent que les Français seraient 22 millions en 1715, plus de 25 millions vers 1760 et probablement 28 millions en 1790. On assiste à une hausse constante de la population française de 40 % en un siècle. » https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/histoire-france-xviiie-siecle-geant-demographique-9610/

Vers le milieu du 19e siècle, la France va commencer une période de dénatalité que les gouvernements vont essayer de contrer grâce à différentes politiques. C’est aussi la période de l’industrialisation, qui se développe tardivement en France, et de l’exode rural de populations qui pensent pouvoir avoir une vie meilleure en ville. Une situation qui explique probablement la tendance à privilégier des familles plus petites, avec moins de naissances mais aussi moins de mortalités, qui sont souvent centrées sur le noyau parents-enfants.

F comme Familles nombreuses

Léon Frédéric Les âges de l’ouvrier Paris, Musée d’Orsay, Inv. RF 1152
Cliché : RMN Hervé Lewandowski https://www.latribunedelart.com/enfances-du-xixe-siecle

En ce 9 mai 2021, pas moins d’une cinquantaine de pays célèbrent la fête des mères incluant le Canada, la Belgique, la Suisse et l’Italie.

Qui dit fête des mères dit maternité et une progéniture plus ou moins nombreuse. Au milieu du 20e siècle, en plein « baby boom », il fallait avoir au moins trois enfants pour être qualifié de famille nombreuse. Mais, cela n’a pas toujours été le cas. Ainsi, au 19e siècle, il fallait compter au moins huit enfants. La population française était encore principalement rurale et les familles nombreuses étaient courantes d’autant plus que la mortalité infantile était élevée et les besoins en bras importants.

J’ai donc décidé de mettre en lumière la réalité de deux de ces familles nombreuses tirées de mon arbre généalogique, l’une urbaine au 19e siècle et l’autre rurale un siècle plus tôt.

Dans mon arbre, la famille qui a le plus d’enfants est celle de Jean Baptiste Eugène Cuche et de Marie Aimée Claudine Guillaumant. Celle-ci est la soeur de mon arrière-arrière-grand-père dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises. Elle-même issue d’une famille nombreuse, elle est la septième enfant d’une fratrie de neuf frères et soeurs. Elle n’a que quinze ans à la mort de son père Constant Guillaumant et se mariera l’année suivante à un sculpteur sur bois nommé Jean Baptiste Eugène Cuche. Elle est née à Paris en 1838 ; lui, de dix ans son ainé, est originaire de Sancey-le-Grand dans le Doubs dans le nord-est de la France.

Extrait du relevé des familles de mon arbre ayant le plus d’enfants

Ensemble, ils auront quatorze enfants soit sept garçons et sept filles, nés de 1855 à 1880. Si pour son premier elle n’a que dix-sept ans, elle vient juste de fêter ses quarante-deux ans à la naissance de son dernier. Au moins sept d’entre eux mourront en bas âge. Ainsi, après avoir déjà perdu cinq de ses enfants et alors qu’en France la quatrième épidémie de choléra tire à sa fin, elle enterrera en janvier 1875 Augustine sa dernière née qui n’a qu’un mois, et trois semaines plus tard son fils George Eugène qui n’a pas encore 18 mois quand il meurt à l’hôpital Saint-Antoine.

Installés au coeur du faubourg Saint-Antoine, ils ont déménagé souvent. En 1854, juste avant leur mariage, Jean Baptiste Eugène habitait Cour du Bel Air où il avait probablement son atelier comme cela arrivait souvent. Elle demeurait avec sa famille au-dessus du magasin familial au 33 rue du Faubourg Saint-Antoine. Ils ont habité successivement rue de Montreuil (1955), rue Louis Philippe (1856), rue du Faubourg Saint-Antoine (1858), 1 rue Keller (1860) puis au 17 de la même rue (1862), rue des Taillandiers (1871) et 20 Passage Stainville (1873) au fur et à mesure que la famille s’agrandissait.

Quelques années plus tard, en décembre 1881, ils se sont même porté acquéreurs de l’édifice du passage Stainville comme en témoigne un acte notarié. Avec l’immeuble, ils prenaient aussi les locataires et leurs baux dont certains avaient été conclus pour vingt ans. De nos jours, l’édifice de la rue Stainville a été démoli.

Acte notarié -Archives de Paris

« Mr Jean Baptiste Eugène Cuche, fabricant de meubles et Mme Marie Aimée Claudine Guillaument, son épouse, demeurant a Paris, passage Stinville, No 20. Pour sureté de six mille francs prix principal de la vente ci-après énoncée, payable en six fractions de 1,000f chacune les 1er Juillet des années 1882, 183, 1884, 1885, 1886 & 1887, avec intérêts à 5% par an à compter du 1er Octobre 1881 payable en même temps que chaque fraction du principal 6,000 f et des charges de la vente.

Ils décèderont à quelques mois d’intervalle, lui, à l’âge de soixante et un ans, le 18 avril 1889 soit onze mois après sa femme, morte à quarante-neuf ans, le 24 mai 1888 et quatre mois après son fils Gustave Félix, âgé de vingt ans et décédé le 17 décembre 1888 dans la demeure familiale. Les actes de décès ne mentionnent pas la cause mais comme à chaque hiver, de nombreuses personnes meurent alors de la grippe et autres maladies respiratoires.

Table décennale des décès répertoriant les décès du couple Cuche et de deux de leurs enfants à quelques mois d’intervalle,
12e arrondissement, Archives de Paris

Après avoir enterré leurs parents et leur frère, il ne reste plus que six membres de la fratrie : l’ainée Eugénie Félicie trente-deux ans, Augustin François trente et un ans, Louise vingt-cinq ans, Auguste Eugène vingt-trois ans et les deux cadets Augustine, treize ans et Léopold Gustave, neuf ans.

Trois d’entre eux vont se marier dans les mois qui suivent. D’abord Eugénie Félicie qui a épousé Louis Alcide Lucas en avril 1888 soit six semaines après le décès de sa mère suivie d’Auguste Eugène qui épousa Marthe Célestine Léontine Lépine en octobre 1889 et enfin Louise qui épousa Émile Koenig en août 1890. Les deux cadets seront confiés à leur frère Auguste Eugène qui devient leur tuteur. J’ignore ce qu’il est advenu d’Augustin François pour qui une demande a été déposé à la Commission de reconstitution de l’état civil de Paris vers 1873 et dont c’est la dernière trace que j’ai pu trouver.

Leur fille ainée, Eugénie Félicie décède quelques années après ses parents en novembre 1891, âgée de trente-six ans. Là encore on ne peut que présumer la cause de sa mort alors qu’une épidémie de grippe déferle à travers le monde. « La grippe de 1889-1890 (octobre 1889 – décembre 1890, avec des récurrences de mars à juin 1891, de novembre 1891 à juin 1892, de l’hiver 1893 à 1894 et du début de 1895) est réputée être une pandémie de grippe mortelle qui a tué environ un million de personnes dans le monde. L’épidémie a été surnommée « grippe asiatique » ou « grippe russe » » https://fr.wikipedia.org/wiki/Grippe_russe_de_1889-1890

J’ignore également quel fut le destin d’Augustine pour laquelle je n’ai pu retrouver aucun acte de mariage ou de décès. Avec son frère Léopold Gustave, elle a été confiée à leur frère ainé Auguste Eugène, nommé leur tuteur. Léopold Gustave qui travaille comme fleuriste a décidé à l’âge de vingt ans de devenir « engagé volontaire pour quatre ans » en février 1901. Il est réformé dès mai 1902 pour raison de santé. En décembre 1914, au déclenchement de la première guerre mondiale, il est rappelé à l’activité et affecté à une unité combattante de mars 1915 à octobre 1916. Il sera ensuite détaché aux usines Schneider jusqu’en mars 1919, date à laquelle il sera démobilisé. Sa fiche le décrit comme étant petit, un mètre soixante quatre, cheveux châtains, yeux gris et visage ovale. Aucune mention sur son niveau d’instruction.

Extrait de la fiche militaire de Leopold Gustave Cuche – Archives de Paris

En résumé, sur les quatorze enfants Cuche on sait que six ont atteint l’âge adulte et que trois d’entre eux se sont mariés. Bien sûr, j’ai cherché à savoir s’ils avaient eu des enfants. Jusqu’à présent et malgré bien des efforts, je n’ai retracé que Suzanne Koenig la fille de Louise Cuche et Émile Koenig, née en décembre 1891. J’ignore si Léopold Gustave a fini par se marier mais il semble être celui qui a survécu le plus longtemps alors qu’il décèdera à soixante-douze ans à Mâcon. Viennent ensuite Louise qui meurt à cinquante ans, puis Auguste Eugène à quarante ans et Eugénie Félicie à trente-six ans.

Avoir autant d’enfants à Paris en cette période de transformations et de révolutions était tout un exploit qui a dû demander beaucoup de courage et de persévérance. Malheureusement, après tant d’efforts, il reste bien peu de descendants d’une aussi grande famille.

E comme Entreprise Guillaumant père et fils 2/2

La rue du Faubourg-St-Antoine Geneanet : https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5266357#0

Dans mon article précèdent je vous ai raconté la brève histoire des entreprises Constant Guillaumant père et fils qui comprenait trois magasins sis 33 rue du Faubourg Saint-Antoine et 8 rue de Charonne. L’aventure avait tourné court à la mort prématurée de Constant qui n’avait que 55 ans. En 1856, soit trois ans plus tard, on perd la trace des trois magasins. L’entreprise n’aura existé que trois ou quatre ans.

Plusieurs membres de la fratrie Guillaumant vivent à proximité les uns des autres dans le quartier du Faubourg-St-Antoine

En plus d’y travailler, la famille vivait dans l’immeuble sis au 33, rue du Faubourg Saint-Antoine et, grâce à différents documents, on sait qu’elle y est demeurée au moins jusqu’en 1862 alors qu’un des fils cadets, Albin Joseph Nicolas, sculpteur sur bois, âgé de 22 ans, se marie. Son frère Louis Frédéric, vernisseur, qui est aussi son premier témoin, habite alors au 48 rue de Charonne tandis que son beau-frère Eugène Cuche, sculpteur, demeure au 17 rue Keller, soit à quelques centaines de mètres les uns des autres. D’ailleurs, après son mariage Albin Joseph Nicolas va déménager juste à côté au 18 rue Keller. La mère âgée de 62 ans, se dit couturière.

Les principaux axes créés ou transformés sous le Second Empire et au début de la Troisième République. https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformations_de_Paris_sous_le_Second_Empire

Les Guillaumant étaient bien intégrés au quartier du Faubourg Saint-Antoine dans lequel ils avaient grandi et prospéré. Mais leur ville et leur quartier étaient en train de changer profondément et rapidement. De 1853 à 1870, ce furent les travaux d’Haussmann qui transformèrent la ville en chantier à ciel ouvert. Non seulement leur quartier immédiat était touché mais plusieurs travaux majeurs étaient entrepris à quelques kilomètres de chez eux comme la construction de la gare de Lyon et le recouvrement du canal Saint-Martin. En 1860, ce sont les limites de la ville et des différents arrondissements qui étaient redessinées pour refléter l’énorme croissance de Paris.

Barricade de la Rue du Faubourg-St-Antoine, côté rue de Charonne

Enfin en 1870, il y eut l’occupation prussienne suivie en 1871 par la Commune avec ses rues bloquées et ses barricades sous leurs fenêtres qui rendaient tout commerce et toute circulation impossibles. Il semble que cette suite d’évènements ait d’abord motivé la famille à quitter leur quartier bien-aimé, avant de les inciter à regarder du côté de la banlieue.

J’ignore si les membres de la famille travaillaient à leur compte ou pour d’autres, mais il faut attendre après la Commune pour retrouver la trace de mon aïeul Louis Frédéric et de sa famille au 28, de la rue Monsieur le Prince, dans le 6e arrondissement, quartier Odéon. Il y tiendra boutique, et y vivra, au moins jusqu’en 1897, alors qu’il est victime d’un incendie sans conséquences graves.

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Journal La lanterne numéro du 20 février 1897

« Un commencement d’incendie qui avait éclaté vers onze heures du matin, chez monsieur Guillaumant, marchand de meubles, 28, rue Monsieur-le-Prince, a été éteint rapidement par les pompiers. Les pertes matérielles sont peu importantes. »  

Mon arrière-grand-père Hippolyte Félix Frédéric, fils de Louis Frédéric et petit-fils de Constant, né le 27 avril 1854, est ébéniste-tapissier lors de son mariage en 1880. Cinq ans plus tard, à la naissance de leur fille Camille Ernestine Louise, il est tapissier avec sa femme Marie Élise Augustine Boulet.

Fontenay-aux-Roses a une dizaine de kilomètres de Paris est facilement accessible par le train. Carte postale prise vers 1912-1914.

J’ai retracé les trois générations de Guillaumant-Boulet à Fontenay-aux-Roses dans les Hauts de Seine qui est situé à une dizaine de kilomètres du centre de Paris. Facilement accessible par le train, la ville est alors en plein boom et les Parisiens aisés y construisent leur maison de campagne.

Recensement de la population 1891 Fontenay aux roses Archives des Hauts de Seine

Le recensement de population de 1891 répertorie sept membres de trois générations de Guillaumant-Boulet, vivant au 1, Chemin de Bourg-la-Reine. Certains noms sont erronés, mais il s’agit bien d’eux à commencer par les grands-parents avec Louis Frederic qui se fait appeler Louis, chef de ménage et ébéniste et sa femme Jeanne Claude qui se fait appeler Anne, dite sans profession (indiqué par S.P.). Vient ensuite « Henri » qui est en fait leur fils aîné Hippolyte Felix Frederic et sa femme (et cousine) Marie Elise Boulet, ils sont tapissiers. Le couple n’a alors que deux enfants Édouard (mon grand-père) âgé de 10 ans et sa soeur Camille, cinq ans. On peut voir que l’information a été gommée et raturée à plusieurs occasions. Jean Boulet qui est mentionné comme « ami » est probablement un cousin ou un oncle. Deux ans plus tard, en 1893, la famille va bientôt s’agrandir avec la naissance de Gabrielle leur deuxième fille, née à Fontenay-aux-Roses.

J’ignore ce qui les a incités à s’établir à Fontenay-aux-Roses, mais ils y resteront de 1890-91 à 1894-95. Comme ils ont un magasin de meubles dans la capitale, ils ne quitteront probablement jamais vraiment Paris et feront la navette entre Fontenay et Paris comme en témoigne l’acte de décès de la grand-mère, Jeanne Claude Boulet, en 1894. Ce décès va probablement précipiter leur départ pour Paris car lors du recensement de 1896, la famille a déjà quitté la maison qu’ils louaient.

Acte d’état civil de Fontenay-aux-Roses numéro 70 Anne-Glaude [sic] Boulet L’an mille huit cent quatre vingt quatorze le vingt-deux décembre à trois heures du soir Acte de décès de Anne Glaude Boulet âgée de soixante et onze ans, sans profession, née à Faverney (Haute Saône) fille de défunts Jean-Glaude Boulet et … Chambrey épouse de Louis Frederic Guillaumant âgé de soixante trois ans tapissier demeurant à Fontenay-aux-Roses, Route de Bourg-la-Reine, décédée au domicile familial susdit Route de Bourg-la-Reine, aujourd’hui à six heures du matin. Apres constatation du décès par nous Edouard Prosper Doyen, maire et officier de l’état civil de la commune de Fontenay-aux Roses (Seine) Officier de la Légion d’Honneur, sur la déclaration de Hippolyte Felix Frederic Guillaumant âgé de quarante ans, tapissier, demeurant à Paris 28 rue Monsieur le Prince et de Louis Victor Prosper Chebeaux âgé de trente huit ans, employé de commerce demeurant à Paris 11 Rue des Haies ; le premier fils et le second neveu de la défunte, lesquels après lecture ont signé … : … Guillaumant, E. Doyen, V Chebeaux

Il est intéressant de noter que ce n’est pas Louis Frédéric, son mari, pourtant bien vivant, qui est allé faire la déclaration à la mairie mais son fils accompagné d’un de ses neveux. Ils sont venus de Paris pour déclarer le décès à deux jours de Noël.

Les deux magasins étaient à proximité du théâtre de l’Odéon

Enfin, il y a le mystère du commerce Guillaumant sis au 76 de la rue de Seine. C’est une boutique de tapissier comme en fait foi une annonce parut en 1896 dans la catégorie “Tapissiers et Marchands de meubles” de l’Annuaire-Almanach. On peut supposer que pendant un certain temps les Guillaumant ont eu deux magasins de meubles à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. Jusqu’à présent, je n’ai trouvé aucun document d’état civil référant à cette adresse. Mais, tel que mentionné précédemment, on sait qu’ils avaient quitté Fontenay-aux-Roses. Louis Frederic, récemment veuf a peut-être repris sa boutique rue Monsieur le Prince alors que son fils Hippolyte Félix Frédéric qui, a maintenant 42 ans, gère avec sa femme le magasin de la rue de Seine. Ou bien est-ce l’inverse?

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Annuaire Almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration – 1896, page 492
Recensement de la population 1901 Fontenay aux roses Archives des Hauts de Seine

Vivre sur son lieu de travail avec plusieurs enfants devait présenter bien des défis et pourrait avoir motivé leur installation en banlieue. D’ailleurs, Fontenay-aux-Roses a bien des attraits pour la famille Guillaumant. On les y retrouve cinq ans plus tard, comme en témoigne le recensement de 1901. Ils habitent alors au 3, Chemin de Bourg-la-Reine, soit la maison juste à côté de celle qu’ils occupaient une dizaine d’années plus tôt. Depuis, la famille s’est agrandie avec la naissance, à Paris, de Paul Louis, leur fils cadet. Leur famille est complète, ils ont maintenant quatre enfants, deux garçons et deux filles.

En 1901, ont-ils encore leurs deux boutiques à Paris ? Combien de temps ont-elles été en opération ? Je ne le sais pas !

E comme Entreprise Guillaumant père et fils 1/2

Paris Perspective de la rue Saint-Antoine avec ses boutiques et commerces prise de la Bastille https://www.pinterest.fr/pin/224335625162611067/visual-search/

En décembre 2019, je publiais un de mes premiers articles sur ma famille intitulé Entreprise Guillaumant père et fils. À l’époque, je pensais mon article assez complet même si j’y déplorais les lacunes de l’état civil de Paris avant 1860. Cependant, plusieurs informations glanées au cours de la dernière année pour la rédaction d’autres articles ainsi que la mise en ligne récente des documents de la Commission de Reconstitution des actes de l’état civil de Paris, suite aux incendies de mai 1871, m’incitent à revoir complètement mon article et même à le scinder en deux. Revoici donc, l’histoire enrichie et corrigée de l’aventure entrepreneuriale de mes ancêtres directs de 5e et 4e générations.

Constant Guillaumant, né Charles Joseph Constant à Meung-sur-Loire dans le Loiret, a vécu de 1797 à 1853. Il va éventuellement s’établir à Paris vers 1825 ou 26 alors que les opportunités à Meung commencent à se raréfier. Son père, Jean Charles Barthélemy était scieur de long et marchand de bois. Ce sera également sa profession au Faubourg St-Antoine, qui depuis des siècles est le haut lieu des artisans du bois: « Situé à l’Est de Paris, le quartier du faubourg Saint-Antoine fut longtemps réputé pour ses métiers d’art, notamment celui des ébénistes du XVIIIe siècle et des grandes maisons d’ébénisterie du XIXe siècle… On y trouve également des sculpteurs, des doreurs, des vernisseurs comme les famille Langlois ou Martin, les fournisseurs de matériel et les boutiques des marchands de meubles qui font travailler tout ce monde. » https://www.meubliz.com/artisans_du_faubourg_saint_antoine/

Venant des forêts du Morvan, le bois arrive par billots flottants ou trains de bois au quai de la Râpée où des dizaines de scieurs de long venus des quatre coins de la France, le récupèrent et le débitent pour en faire des poutres, des planches ou du bois de chauffage.

Constant est marié à Marie Félicité Gamard, native de Mont St-Sulpice dans l’Yonne, avec qui il a eu neuf enfants : sept fils incluant son ainé Charles Félix Constant (1828), Dominique Joseph (1830), mon arrière-arrière-grand-père Louis Frédéric (1831), Charles Joseph Désiré (1834), Charles Pierre Adam (1837) et Albin Joseph Nicolas (1839) et le benjamin Jean Baptiste Louis (1840). Leurs deux filles sont Joséphine Désirée Élisa (1835) et Aimée Claudine (1838). Sur chacun des actes de naissance, il est dit scieur de long. La famille, qui s’agrandit rapidement, demeure successivement 7 rue de Reuilly (1830 à 1837) puis au 120 rue du Faubourg St-Antoine (1839).

Au milieu du 19e siècle le quai de la Râpée change de vocation : l’entreprise de charbon Breton s’y installe et les quais qui servaient au bois sont maintenant utilisés pour la houille. Le chemin de fer et la gare de Lyon sont tout proches. https://www.fortunapost.com/75-paris/24998-carte-postale-ancienne-paris-12-charbons-breton-quai-de-la-rapee-carte-tres-fine.html

Cependant, au fil des ans, la technique du flottage du bois va tranquillement disparaitre alors que le charbon va remplacer le bois de chauffage et que le réaménagement de la Seine va favoriser le transport par bateau. Le travail est de plus en plus difficile à trouver, le métier est dur et à cinquante ans passés, Constant commence à se faire vieux. Il est temps pour lui de penser à se reconvertir surtout que ses fils ne pourront pas faire comme lui et reprendre le métier de leur père.


Annuaire général du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration 1853, p 972

Au milieu du 19e siècle et probablement en 1852, soit à l’âge de 54 ou 55 ans, Constant a racheté le commerce de la maison Dumont Siroy pour créer Guillaumant père et fils. Établie au 33, rue du Faubourg-St-Antoine, dans le 11e arrondissement de Paris, la maison est spécialisée en menuiserie et couleur ce qui réfère à la teinture et au vernissage du bois.


Annuaire général du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration 1853, p 852.

Selon les annuaires du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration de 1853, la boutique abritait deux entreprises offrant divers services. D’une part, l’entreprise Guillaumant Charles-Constant, gérée par le fils aîné, âgé de 25 ans, est une papeterie qui offre des services de reliure, d’encadrement et de nettoyage d’oeuvres d’art. Il est à noter qu’en 1901, l’acte de décès de Charles Félix Constant, alors âgé de soixante-treize ans, indique qu’il est toujours papetier.

Almanach- Bottin du commerce de Paris, des départements de la France et des principales villes du monde 1855, p 843.

D’autre part, Guillaumant Constant et fils fabrique et vend des vernis pour bois et annonce des services de menuiserie tel que mentionné dans l’Annuaire du commerce, de Paris, des départements de la France et de l’étranger de 1854, page 585 : “33 faub.-St-Antoine – Guillaumant (Constant) et filsmenuisiers

33 rue du faubourg-St-Antoine Paris 11e

Cependant, à voir l’étroitesse des lieux, on se demande comment deux commerces pouvaient occuper le magasin du Faubourg-St-Antoine à moins qu’il y ait eu une autre entrée dans la cour intérieure, comme cela se faisait couramment.

Passage typique de Paris et du Faubourg St-Antoine https://www.pinterest.fr/pin/126382333280117299/

« Jusqu’à une période récente, les ateliers venaient ponctuer le paysage et afficher plus nettement la vocation du quartier. Mais c’est derrière les façades au coeur des îlots que se trouve en fait l’essentiel de l’activité et de la diversité du faubourg. Une fois franchi le porche du bâtiment sur rue on accède en effet à la cour ou à un enchaînement de cours, ou encore aux passages qui se développent en profondeur dans les parcelles. » p. 7 de Faubourg-Saint-Antoine. Premier diagnostic et orientations d’études.- Paris, APUR, mars 1993.

Annuaire général du commerce de l’industrie, de la magistrature et de l’administration 1854 p 987

Malheureusement, Constant père meurt dès l’année suivante un mois avant de pouvoir fêter ses 56 ans. Alors que l’aîné Charles Felix Constant va probablement continuer à s’occuper de la papeterie, c’est son fils Frédéric qui, à l’âge de 22 ans, lui succède à la tête de l’entreprise de vernissage et de menuiserie. À l’époque, il s’est marié tout juste trois mois plus tôt, le 14 avril 1853, avec Jeanne Claude Boulet. Son fils aîné Hippolyte Louis Frédéric, mon aïeul, est né le 27 avril 1854, soit exactement neuf mois après la mort de son grand-pèrele 27 juillet 1853.                                                                      

8 rue de Charonne Paris 11e

De plus, l’entreprise Guillaumant a ouvert un second magasin alors qu’en 1855, un deuxième emplacement est annoncé au 8, rue de Charonne. En fait, il s’agit probablement de la papeterie qui a déménagé à environ 800 mètres de l’entreprise familiale. Charles Felix Constant, le fils ainé, vit dans l’immeuble au dessus depuis environ deux ans et c’est là que sa fille ainée est née, en mars 1853. J’ignore si le déménagement s’est fait après ou avant la mort de Constant père.

À part les trois fils ainés qui sont déjà des adultes, les autres membres de la fratrie sont encore bien jeunes à la mort de leur père. Charles Joseph Désiré a 19 ans, Joséphine Désirée Elisa en a 17, Charles Pierre Adam 16, Aimée Claudine 15, Albin Joseph Nicolas 14 et le benjamin Jean Baptiste Louis a seulement 12 ans. Sa veuve, qui a 53 ans et plusieurs enfants à charge, travaille comme couturière. Marie Félicité va éventuellement se remarier avec un certain Joseph Louis Beaux sur lequel je n’ai encore trouvé aucune information. Mais, il est mentionné comme son époux en 1870 sur son acte de décès; Marie Félicité est décédée à l’âge de 70 ans.

On peut imaginer que Constant pensait assurer l’avenir de sa famille et intégrer tranquillement ses fils dans l’entreprise. Ils y travaillaient probablement tous déjà, même les plus jeunes. Le rêve aura été de courte durée. On perd ainsi la trace de l’entreprise Guillaumant et fils dès 1857.

Quand et pourquoi ces entreprises ont-elles fermé leurs portes ou changé de vocation ? Comment cela s’est-il fait ? Je ne l’ai pas encore découvert et il se peut qu’on ne le sache jamais car le registre de successions du gouvernement indique simplement que les héritiers ont été informés mais n’ont pas donné suite. Cependant, on peut supposer que la jeune entreprise avait des dettes et qu’il a fallu liquider les inventaires pour les payer.     

Ce que je sais, par contre, c’est que la fratrie Guillaumant a continué à vivre dans le Faubourg-St-Antoine et à travailler dans le secteur du bois. Ce sera d’ailleurs le sujet d’un prochain article.

P comme Pendant que Paris brulait

Alors que Paris brule le 25 mai 1871, on peut voir de gauche à droite le Grenier d’abondance de l’Arsenal, l’Hôtel de Ville, l’église St Eustache, le théâtre lyrique, le Palais de justice et la Préfecture, le Palais Royal, le Palais des Tuileries et le Ministère des Finances, le Faubourg St Germain, le Palais d’Orsay, le Palais de la Légion d’honneur et la rue Royale. Thirion Duval https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15216469/f1.item.zoom

Les anniversaires semblent se succéder ces temps-ci que ce soit le cent cinquantième de la guerre de 1870, l’an dernier ou les deux cents ans de la mort de Napoléon prévus pour mai prochain, ou bien-sûr, ces jours-ci, le cent cinquantième de la Commune.

Comme mes ancêtres travaillaient comme ébénistes, sculpteurs sur bois ou vernisseurs dans le quartier du Faubourg St Antoine, on a longtemps présumé dans la famille qu’ils avaient participé aux émeutes. Personnellement, j’en doute mais ce qui est certain c’est qu’ils les ont subies surtout qu’ils étaient au coeur de l’action. Mais qu’en était-il vraiment?

gravure photographiée et retouchée par Numa fils offrant une vision à vol d’oiseau de Paris en proie aux flammes.
https://histoire-image.org/fr/etudes/paris-enflamme-commune

Alors que les Parisiens avaient résisté aux Prussiens pendant plusieurs mois d’hiver et de famine, que Napoléon III avait été fait prisonnier et que le gouvernement provisoire avait signer un armistice et s’apprêtait à capituler devant l’ennemi, les Parisiens se sont révoltés. La révolte ne dura que 72 jours. Journées durant lesquelles ceux qu’on a appelé les Communards voulaient renverser le gouvernement de la nouvelle troisième république majoritairement conservateur et monarchique, qui s’était réfugié à Versailles. Ils s’inscrivaient dans un mouvement libertaire et anticlérical que plusieurs ont associé à la lutte des classes ouvrières mais ils menaient aussi une guerre fratricide qui reçut fort peu de soutien de l’élite, et de la plupart des journaux et intellectuels français. Commencée le 18 mars 1871, alors que la population, femmes et enfants compris, cherchait à protéger les canons qui avaient défendu Paris contre les Prussiens mais que le gouvernement de Versailles voulait récupérer, elle se termina par la « semaine sanglante » du 21 au 28 mai qui mit Paris à feu et à sang.

« L’attitude de l’Assemblée, royaliste et pacifiste, qualifiée d’« assemblée de ruraux » par les Parisiens, contribue à l’exacerbation des tensions. Le 10 mars 1871, elle transfère son siège de Paris à Versailles parce qu’elle voit, à juste titre, dans Paris « le chef-lieu de la révolution organisée, la capitale de l’idée révolutionnaire ». Par une loi du même jour, elle met fin au moratoire sur les effets de commerce, acculant à la faillite des milliers d’artisans et de commerçants, et supprime la solde d’un franc cinquante par jour payée aux gardes nationaux. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Paris

Proclamation de la Commune sur la place de l’hôtel de ville par les membres du comité central de la garde nationale, Le Monde illustré le 8 avril 1871 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62235887/f9.item

Ce soulèvement populaire concerne environ la moitié des 1,8 millions de Parisiens. La population est alors divisée entre les quartiers riches à l’ouest incluant les 7e, 8e, 16e  et 17e arrondissements, les quartiers centraux habités par une population mixe tandis que les classes populaires résident principalement à l’est dans les 10e, 11e, 12e, 13e, 18e, 19e et 20e arrondissements. Dans ces quartiers à forte représentation d’ouvriers, d’artisans et de petits commerces, la colère gronde alors qu’ils se sentent trahis par le nouveau gouvernement et rêvent d’une plus grande égalité entre les classes et d’un accès à de meilleurs chances grâce, entre autres, à une éducation laïque et gratuite.

Plan de Paris avec indication des maisons, monuments incendiés, des batteries et barricades construites en mai 1871 https://cartonumerique.blogspot.com/2019/02/carte-paris-populaire.html
Détail montrant une partie du Faubourg St Antoine avec la place de la Bastille et la rue de Charonne bloquées par des barricades et plusieurs maisons incendiées https://cartonumerique.blogspot.com/2019/02/carte-paris-populaire.html

Or mes ancêtres demeuraient justement dans le 11e arrondissement, rue du Faubourg St-Antoine à quelques centaines de mètres de la place de la Bastille, ou encore rue de Charonne. Comme on peut le voir sur les plans établis ces deux voies étaient bloquées en multiples endroits par des barricades.

La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880) https://communards-1871.fr/index.php
Parisiens pris lors d’une rafle alors que la ville brule Gravure d’Alphonse Leroy (1820-1902) Gallica

Voilà probablement ce qui explique qu’une Joséphine Guillaumant, épouse d’un certain Fromentin, se soit retrouvée dans une rafle de police et jetée en prison. Il s’agit assurément de la cousine germaine de mon arrière-arrière-grand-père, Louis Frédéric Guillaumant. Il est cependant curieux qu’elle soit identifiée comme épouse Fromentin car à l’époque, elle était veuve en premières noces de Louis Isidore Fromentin et en deuxièmes noces d’Isidore Benjamin Huard. Alors âgée de 50 ans, elle était giletière à Paris. Six mois plus tard, soit le 19 novembre 1971, elle sera acquittée lors de son procès devant le conseil de guerre, qui se solde par un non-lieu. Ils seront des milliers dans la même situation alors que des milliers d’autres seront soit exécutés soit envoyés au bagne.

Si mes ancêtres partageaient plusieurs des aspirations des Communards, je doute qu’ils en aient approuvé les méthodes et dans certains cas les valeurs. Ainsi, la plupart des leaders du mouvement étaient anticléricaux ce qui n’était pas le cas de ma famille qui a fait baptiser tous ses enfants et a célébré tous ses mariages et probablement ses enterrements à l’église Ste Marguerite. Parisiens de première et deuxième générations, leur but était de travailler fort et de se soutenir collectivement afin de s’en sortir et de s’élever dans l’échelle sociale. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait. Dès 1872 ou 1873, la famille a quitté le Faubourg St Antoine pour aller s’établir dans un des quartiers du centre de Paris, rue Monsieur le Prince où mon aïeul a ouvert un magasin de meubles, proche du théâtre de l’Odéon.

« Les premiers incendies particulièrement spectaculaires de la « Semaine sanglante » furent provoqués par les bombardements versaillais sur le Champ-de-Mars et sur le ministère des Finances. Ces tirs à boulets rouges devaient permettre aux troupes versaillaises de gagner du temps et de pénétrer plus facilement dans la capitale… Partagée entre stratégies tactiques et actions symboliques, la Commune alluma à son tour des feux pour faire diversion et pour entraver la progression des versaillais… » https://histoire-image.org/fr/etudes/paris-enflamme-commune

L’autre conséquence majeure de la Commune est la perte de 8 millions d’actes consignés en double dans les registres d’état civil et conservés l’un à l’Hôtel de ville de Paris et l’autre au Palais de Justice.

Dès la promulgation de la loi du 12 février 1872, qui chargeait le ministère de la Justice de former une commission pour reconstituer les actes d’état civil détruits, les familles se sont affairées pour rassembler les documents nécessaires au soutien de leurs demandes. Ils ont bien-sûr commencé par les documents qu’ils avaient en leur possession mais ils se sont aussi adressés à leur lieu de culte, aux hôpitaux, aux cimetières, à l’armée et à l’administration de l’assistance publique ou pénitentiaire lorsque cela s’appliquait.

Par cette loi, le gouvernement demandait la collaboration du plus grand nombre pour reconstituer les archives détruites, les mairies étaient supposées contacter leurs citoyens pour leur demander de produire tout document en leur possession. Il en était de même pour les lycées, collèges et facultés, les fonctionnaires administratifs et judiciaires, les juges de paix et les notaires, etc. Enfin les mairies étaient supposées recréer un double des registres de 1860 à 1871 dont la copie avait été détruite dans l’incendie du Palais de justice.

Les archives de Paris viennent de mettre en ligne certains des documents ayant permis de reconstituer environ un tiers des actes détruits. Cela nous permet d’apprécier les efforts déployés auprès d’autres instances pour rétablir les preuves d’identité de milliers de citoyens. Les dossiers soumis étaient ensuite évalués par la Commission de reconstitution qui émettait alors un nouvel acte à l’entête de la préfecture de la Seine.

Pour l’instant, seulement les documents relatifs aux naissances et aux mariages sont accessibles. Cependant, ce sont probablement les plus riches.

Dossier de reconstitution d’acte de naissance de Hippolyte Félix Frédéric Guillaumant Archives de Paris

Il est à noter que bien que l’article 13 de la loi stipule que « La déclaration pour les mineurs, les femmes mariées et les autres incapables, sera faite par les tuteurs, maris ou représentants légaux.« , ce sont souvent les femmes qui se sont occupées de faire les déclarations pour leur famille. En exemple, cet extrait de déclaration faite par Jeanne Claude Boulet le 30 décembre 1875 et soutenue par le bulletin remis par la mairie de l’ancien 8e arrondissement lors de la déclaration de naissance de son fils en avril 1854.

Marie Félicité Gamard, mon ancêtre de cinquième génération, morte en 1870, a eu neuf enfants nés à Paris entre 1828 et 1840 : sept garçons et deux filles. Parmi ceux-ci, j’ai pu répertorier quatre mariages et la naissance de sept petits-enfants, pour lesquels des démarches ont été entreprises. Certains de ces documents sont une mine d’informations qui m’ont permis de confirmer de nombreux renseignements et même de répertorier de nouveaux parents.

H comme Héritage : Contrat de mariage et Immobilier

Le contrat de mariage par Jan Joseph Horesmans le jeune – 1768

Mes trois articles précédents étaient consacrés à un document que j’ai trouvé dans les actes notariés de Maitre Jouanneau aux archives départementales du Loiret à Orléans. L’acte intitulé Vente de droits successifs concerne mes ancêtres de sixième génération Jean Charles Barthelemy Guillaumen et Marie Jeanne Gervaise ainsi que mon aïeul de septième génération Nicolas Gervaise décédé en 1805. Le document d’une vingtaine de pages se divise en plusieurs sections incluant l’acte de vente même, l’inventaire des biens meubles du couple Gervaise-Cresset, les dettes, titres et papiers et se termine par une courte référence à l’acte de mariage du couple et par l’inventaire d’une quinzaine de propriétés acquises par Nicolas Gervaise.

Contrat de mariage L’expéditure d’un acte reçu devant M. Filland notaire à Meung le vingt sept décembre mil sept cent cinquante six, registré le cinq de janvier mil sept cent cinquante sept, contenant les conventions civiles du mariage dudit Sieur Nicolas Gervaise et de ladite Jeanne Cresset. Il résulte de cet acte que les futurs ont établi une communauté de biens conforme à la coutume d’Orléans. L’apport du futur est de la somme de six cent francs en meubles et effets de ménage. Celui de la future est de pareille somme de six cent quatre vingt sept francs six soles huit deniers qui lui recevait en mobilier des successions (?) de ses père et mère suivant la liquidation du six juillet mil sept cent cinquante deux. Les quatre vingt sept francs six soles huit deniers de … … de référé propre à ladite future. D’octoire en faveur de la future de la somme de cent cinquante francs pour … enfant. Notes en marge du document : Référence en faveur de la future de 87-6-8 …naire 150

Je ne pense pas que la courte section consacrée au contrat de mariage reflète l’entièreté du contrat passé près de cinquante ans plus tôt mais il en donne les grandes lignes et surtout les éléments essentiels au partage de la succession. Les actes juridiques étaient et sont toujours souvent basés sur les coutumes locales mais celles-ci pouvaient dépendre de l’enjeu ou du but recherché. Ainsi certains juristes ont répertorié les différents types de coutumes suivants :

« 21. La coutume du domicile régle l’état & la capacité des personnes. Voyez Domicile & Majeur.
22. La coutume dans l’étendue de laquelle les biens sont situés, régle les dispositions que l’on peut en faire. Voyez Testament.
Et la coutume des lieux où les actes se passent, en régle la forme et les solemnités. Voyez Actes. […]
45. La coutume doit toujours demeurer inviolable dans les points dont elle dispose expressément ; c’est pour cela qu’elle est appelée communis sponso civitatis »
Jean-Baptiste Denisart dans sa Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence actuelle publié en 1771.

Cependant, en matière de mariage, il semble que la coutume d’Orléans s’apparente considérablement à la coutume de Paris qui prédominait dans le nord de la France et instituait une communauté de biens entre les époux qui avaient des droits égaux. Ainsi Nicolas Gervaise et Jeanne Cresset ont contribué également au mariage en apportant des biens de valeur égale. La somme supplémentaire que possédait Jeanne, lui appartenait en propre et ne fit pas partie du règlement de la succession. Je remarque aussi l’allocation spéciale de 150 francs qui lui est faite pour ses enfants. D’après les inscriptions en marge du document « en faveur de la veuve », il semble que ce soit une somme forfaitaire pour tous les enfants et non pour chaque enfant né ou ayant atteint l’âge adulte. À la mort de son mari, Jeanne possède la moitié des biens communs tandis que ses enfants vont se partager la part de leur père.

Ce contrat de mariage m’a permis de retracer l’acte de sépulture du père de Jeanne que je savais antérieur à leur mariage mais dont j’ignorais la date. De plus, l’acte de décès m’a révélé son âge et sa profession. En 1752, son épouse Marie Hubert est toujours vivante tandis que la mère de Jeanne est décédée quatre ans plus tard lors de son mariage. Comme le nom de sa mère est illisible sur l’acte de mariage, s’agit-il de la même personne ou bien son père s’est-il remarié ? Plus de recherches en perspective.

L’an mil sept cent cinquante deux le neuf d’avril le corps de Joseph Cresset meunier et boullanger décédé d’hier âgé de quarante sept ans, après avoir reçu tous les sacrements a été inhumé dans le grand cimetière en présence de Marie Hubert sa veuve, Joseph, Madeleine et Jeanne Cresset ses enfants François Potdevin beau-frère, Jean Gautré cousin et tuteur, Nicolas et Claude Leclerc aussi cousins et autres parens et amis, ceux qui n’ont signé ont dit ne le savoir de ce requis signé Joseph Cresst; Jacques Cresset; Jean Gautré; Cresse (?); B Bourillon (?); Jacques Herpiez (?); Pierre Herpin; Ruet Vicaire et Chevrier Curé

Meung-sur-Loire était une petite ville prospère et mes ancêtres qui étaient artisans et commerçants faisaient partie de la petite bourgeoisie. Cependant j’ai retenu de la liste de leurs biens meubles à quel point ils vivaient modestement. Ainsi, mon aïeul avait très peu d’objets faisant état de son rang : des chaussures et non des sabots, quelques beaux habits de drap, des bijoux comme des boules à mettre aux souliers et jarretières, une belle cane au pommeau ouvragé et probablement une ou deux perruques même si elles ne sont pas mentionnées. Bien sur, la liste est incomplète car elle ne contient que leurs biens d’une certaine valeur mais on remarque l’absence d’argenterie, de verrerie, de tableaux ou encore d’une horloge grand-père. Il faut dire qu’ils habitaient au centre de la ville sur une des meilleures rues et que les cloches de l’église leur donnaient probablement l’heure et peut-être même les demi-heures.

Cela me ramène à l’acte de succession qui, suite à la référence au contrat de mariage, établi la liste de leurs biens immobiliers. Il y en a une quinzaine répertoriée sur une dizaine de pages et peut-être plus car il semble m’en manquer deux. Mais voici en exemple l’information concernant leur maison située au centre de Meung-sur-Loire.

Concernant la propriété d’une maison sise à Meung Rue porte d’Amont et de vingt et une acres dix centièmes (un demi arpent) de vigne situé sur le chemin Chaussay (?) dite … de Meung. L’expéditure d’u acte passe devant François Charles Filland notaire à Meung le seize de janvier mil sept cent soixante dix dument … le dix sept concernant … … … entre Michel Pierre Hussard (?) prêtre et Suzanne Soutil veuve de Joseph Chapelain, enfin de cet acte est la vente par le sieur Michel Pierre Hussard, audit Sieur Nicolas Gervaise, marchand charcutier à Meung, d’une maison sise à Meung rue de la porte d’Amont, moyennant la somme de quatre cent dix francs payés comptant et encore à la charge de 1e quarante deux francs neuf deniers de rente foncière envers le chapitre de Meunget solidaire de quatre livres cinq sols six deniers dont l’autre moitié est due par Jacques Saintou ou Sainton (?) 2e et vingt six sols et quatre deniers d’autre rente envers la fabrique de St Nicolas de Meung solidaire de cinquante trois sols quatre deniers dont l’autre moitié est due par ledit Saintou ou Sainton 3e et vingt cinq livres de rentes … foncières envers ledit Sieur Hussard payable à Saint Jean. Et par la suite du même acte est la vente de ladite pièce de terre par ladite Suzanne Soutil veuve de Joseph Chapelain audit Sieur Nicolas Gervaise moyennant la somme de quatre vingt dix francs payés comptant….

Le reste de la section concerne les passations de titres et les rentes dues à la municipalité et à l’église. En marge, on peut lire d’abord La pièce de vigne portée sous cette cote est celle dont il est fait mention cote quatre n’en font qu’une. Ensuite : Cote pour la maison 1ere du 2e lot Enfant et enfin La terre partie du N. 3 du premier lot veuve. Les différentes propriétés ont ainsi été réparties en plusieurs lots de valeur plus ou moins égale pour chacun des enfants et pour la veuve. Comme il semble y avoir assez peu de spéculation foncière, la valeur établie parait être celle payée au moment de l’achat quelle qu’en soit la date. Je remarque aussi que la maison dans laquelle Jeanne a habité pendant environ trente-cinq ans a été attribuée à un des enfants. Cela veut-il dire qu’elle ira vivre avec sa fille ou bien un de ses fils ou encore que l’un d’entre eux viendra s’y installer afin de profiter de la boutique?

Enfin pour s’y retrouver entre les francs, les sols, les deniers et les livres voici ce qu’en dit le site de la Banque de France quoique si la plupart des termes étaient encore en vigueur leur cours était probablement diffèrent car la valeur de la monnaie a beaucoup changé entre le 17e et le 18e siècles et encore plus après la révolution française.

« Dans la monnoye de France, nous n’avons aujourd’huy que trois elemens : le denier, le sol, et la livre tournois ; toutes les sommes se réduisans à ces trois termes.
La monnoye messine en a six : le denier, le sol, le gros, le franc, la livre, et l’écu ; et ce grand nombre d’elemens contribue beaucoup à sa confusion.
la livre tournois est composée de vingt sols, et le sol de douze deniers ; ainsi la livre vaut deux cens quarante deniers tournois.
Dans la monnoye messine le denier est comme en France, la baze de tous les comptes, et le premier element : le sol est composé de dix deniers, le gros en vaut douze, le franc vaut douze gros, la livre vingt gros, et l’écu trois livres ou soixante gros. » Eustache Le Noble, Traité de la monnoye de Metz, avec un tarif de sa réduction en monnoye de France, Paris, 1665.

Ainsi, il semblerait selon Wikipedia que « en 1795 la république française instaure le franc sur la base d’une livre et trois deniers. De plus, l’écu de six livres de 1793 est remplacé en 1795 par la pièce de 5 francs… » Comme dans une pièce de Molière, il est bien difficile de s’y retrouver de nos jours tout comme alors.

H comme Héritage : Dettes, Titres et Papiers

Notaire prenant des notes et établissant un acte en présence de la famille http://www.noisylesec-histoire.fr/2018/02/les-notaires-noiseens-histoire-dune-profession/

Depuis quelques semaines, je passe à travers l’acte notarié enregistré en septembre 1807, à la suite de la mort de Nicolas Gervaise mon ancêtre direct de 7e génération. Le document d’une dizaine de pages se divise en plusieurs sections et, après la vente de droits successifs de Marie Anne Gervaise à son frère Nicolas Joseph Gervaise et l’évaluation des biens essentiels des époux Gervaise-Cresset grâce à un inventaire, on y aborde aussi les dettes du couple ainsi que les autres titres et papiers.

Argent comptant Déclare ladite dame Gervaise qu’elle n’a point d’argent comptant dépendant de ladite communauté Cy succ… Déclaration

Dettes actives Déclare ladite dame Gervaise qu’il n’est rien dû à ladite communauté Cy… Déclaration

Dettes passives ladite communauté doit les sommes suivantes 1. A la veuve Rousseau Daneault, marchande à Meung la somme de quatorze francs soixante-dix centimes pour ouvrage et ouvrage de son état de lingère Cy (en marge 14-70) 2. A Marie Anne Gussier veuve de Jean Lefebvre, marchande d’épicerie à Meung la somme de six francs pour marchandise de sa boutique Cy (en marge 6) 3. A Saintou boulanger à Meung la somme de dix-huit francs pour fourniture de pain Cy (en marge 18) 4. Au Sieur Gervaise Petit, l’une des parties, la somme de trois cent quatorze francs et quatre-vingt dix centimes pour argent prêté en … du … qu’il a fait du prix devais retirer des dernières récoltes qui lui ont été vendu Cy (en marge 314-90) 5. Au Sieur Gervaise Rimbault, l’autre des parties, la somme de deux cent trente-cinq francs et quatre-vingt dix centimes pour avance et prix des différentes marchandises, de pierres (?) … et fumier suivant le compte fait Cy (en marge 235-90) (en marge Total 689-50)

Frais funéraires 51 f à M Trousseau (?) … pour … … la somme de cinquante et un francs ; 74 f à M le Curé pour le culte la somme de soixante-quatorze francs ; 9 f à Recabol (?), menuisier à Meung la somme de neuf francs

Autre passif Il est … du au Sieur Gervaise Rimbault le jeune la somme de trois cents francs pour argent qu’il a prêté depuis un an audit défunt Gervaise père, ainsi que les autres enfants Gervaise en ont connaissance Cy (en marge 300)

Titres et Papiers Une reconnaissance souscrite par le Sieur Guillaument Gervaise le quatre Germinal de l’an quatre au profit du Sieur Nicolas Gervaise de la somme de quatorze cent francs à valoir pour ce qu’on pourrait leur devoir dans les successions futures desdits Sieur et dame Gervaise père et mère et ce pour égaller aux dots que ces derniers ont fourni aux deux autres enfants Gervaise. Ladite reconnaissance écrite sur papier timbré … notariée et cotée Mr Primeau (?)

De là en cet endroit les dits sieur Guillaument et la dame son épouse de leur … qu’ils doivent à ladite communauté la somme de mille francs qui leur ont été prêté du vivant dudit sieur Nicolas Gervaise prêté à l’époque du trois ventôse an onze avec les conditions de faire l’imputation sur leurs droits sur la succession du …. et ont signé Marie Janne Gervaise Jean Guillaument

On se souviendra que j’ai déjà abordé les circonstances particulières du mariage de Jean Charles Barthélemy Guillaument et Marie Jeanne Gervaise, le 28 août 1792. Le mariage avait été célébré très tard et en l’absence des parents de la mariée, son père avait donné son consentement par procuration. Comme elle était âgée de 20 ans et quelques mois, donc encore mineure, cette autorisation paternelle était indispensable. Je m’étais beaucoup questionnée sur les raisons d’un mariage aussi tardif et sur les possibles tractations qui l’avaient précédé.

Marie Jeanne était la première des trois enfants Gervaise à se marier mais elle était déjà enceinte et grâce à ce document nous apprenons qu’elle était aussi sans dot. Comme mentionné dans cette dernière section de l’inventaire, ses deux frères ont reçu de l’aide de leur père. D’abord Nicolas Joseph, boucher, qui s’est marié 1794 soit deux ans après Marie Jeanne à l’âge de 26 ans puis, Louis Joseph, tonnelier, qui s’est marié en 1798 à l’âge de 19 ans.

Le quatre Germinal de l’an quatre du calendrier révolutionnaire correspond au 24 mars 1796 et se situe exactement entre les deux mariages des fils Gervaise. À l’époque, le couple Guillaument-Gervaise avait déjà trois enfants, nés à un an d’intervalle et âgés de 3, 2 et 1 ans. Ils venaient aussi de perdre leur petit dernier, né le 1er janvier 1796 et décédé quelques jours plus tard. Les temps étaient probablement très durs mais, il semble que les relations entre les époux Guillaument-Gervaise et Nicolas Gervaise s’étaient améliorées et qu’ils étaient parvenu à négocier un prêt ainsi qu’un don semblable à l’aide accordée au fils ainé et qui sera aussi offerte au fils cadet pour bonne mesure. La somme prêtée de quatorze cents francs semble énorme si on considère que l’ensemble des biens d’une certaine valeur du couple Gervaise-Cresset a été évalué à environ huit cents francs.

Le second prêt contracté par Marie Jeanne et son mari, le trois ventôse de l’an onze qui correspond au 22 février 1803, pour la somme de mille francs sera quant à lui déduit de sa part d’héritage. Entre-temps, le couple a eu quatre autres enfants dont une morte vers l’âge d’un an.

Terres d’auvergne : Les scieurs de long

Le premier enfant né après le prêt substantiel de 1796 est mon ancêtre de 5e génération Charles Joseph Constant Guillaument né le treize fructidor de l’an cinq soit le 30 août 1797. Son acte de naissance témoigne de la nouvelle aisance de la famille. Son père qui jusqu’à présent se disait scieur de long indique maintenant être aussi marchand de bois.

Archives départementales du Loiret Meung-sur-Loire
Naissances : registre d’état civil (1793-an V) 4 NUM 203/1

Aujourd’hui treize fructidor an cinq de la république française devant moi Ivard (?) Chicoineau … officier public de la commune de Meung est comparu Jean Charles Barthelemy Guillaument, scieur de long et marchand de bois demeurant au dit Meung. Lequel assiste de Vrain Cosson, maçon et Marie Julie Beaujouau fille lingère tous deux majeurs et demeurant audit Meung, a déclaré que Marie Jeanne Gervaise sa femme est accouchée en sa maison ce jour sept heures du matin d’un garçon qu’il me présente et auquel il a donné les prénoms de Charles Joseph Constant d’après cette déclaration attestée par les dits témoins et la présentation qui m’a été faite dudit enfant j’ai rédigé le présent acte signe par tous les comparants et moi officier public. Signé J+C+B Guillaument Vrain Cosson Marie Julie Baujouau Vrain Cosson Chicouaneau…

Ce changement est important car les scieurs de long, dont le métier était rude et éreintant, se déplaçaient pour aller couper le bois des propriétaires de forêts. Le fait d’être lui-même marchand de bois semble indiquer qu’avec l’aide financière de son beau-père, il a pu acquérir des terres à bois. Cela lui permet de couper son propre bois et de le vendre sur les marchés. Une situation beaucoup plus profitable que de travailler pour d’autres.

La prochaine fois, je vais compléter mon exploration de ce document légal avec les termes du contrat de mariage du couple Gervaise-Cresset ainsi que l’inventaire de leurs nombreuses propriétés.

H comme Héritage : Inventaire

Intérieur de maison qui ressemble au mobilier de mes ancêtres mentionné à l’inventaire établi en 1807. La décoration des meubles peut varier selon la région mais les différents éléments sont similaires Salle des arts populaire – bibliothèque de Nancy

Précédemment, je vous ai parlé de la vente de droits successifs conclue le 27 septembre 1807 entre mes ancêtres de 6e génération Marie Jeanne Gervaise et Jean Charles Barthélemi Guillaument et leur frère et beau-frère Nicolas Joseph Gervaise peu après la mort de leur père Nicolas Gervaise. Cette vente se basait sur la valeur attribuée à la succession lors d’un inventaire établit quelques jours plus tôt. L’inventaire d’une dizaine de pages couvre l’ensemble des biens et se lit ainsi :

Document consulté aux archives départementales du Loiret à Orléans

10 Septembre 1807 Inventaire montant à 2005 f-70c Nicolas Gervaise Inventaire des meubles et effets immobilier, Argent Comptant, Déclaration des dettes actives et passiers, description des titres et papiers et autres renseignements dépendant de la Communauté d’entre feu le Sieur Nicolas Gervaise, vivant marchand charcutier en cette ville de Meung rue Porte d’Amont et Jeanne Cresset — son épouse, actuellement sa veuve. Par cette Communauté établie entre lesdits Sieur et Dame Gervaise d’après les bases de la Coutume d’Orléans sous l’emprise de laquelle leur contrat civil a été arrêté devant Me Filliaud (?) notaire à Meung le vingt sept décembre mil sept cent cinquante six, enregistré le cinq de janvier suivant.

Aujourd’hui Dix Septembre l’an mil huit cent sept à sept heure du matin, en une maison sise à Meung rue de la porte d’Amont en laquelle est décédé le vingt quatre août dernier ledit Sieur Gervaise. Il va être par devant nous Servain Alphonse Jouaneau Notaire Imperial à la Résidence de Meung sur Loire département du Loiret et autre confrère soussigné procédé à l’inventaire susdit.

Requête Présence et Consentement 1o De ladite Veuve Gervaise au vu de ses droits en ladite Communauté sous la réserve des qualités qu’elle prendra par la suite. 2e du Sieur Joseph Gervaise Petit, marchand boucher demeurant à Meung. 3 du Sieur Joseph Gervaise Rimbault, marchand tonnellier demeurant audit Meung quartier du port 4 et du Sieur Jean Charles Barthelemi Guillaument, scieur de long, demeurant audit Meung rue Porte d’Amont et Marie Jeanne Gervaise Guillaument sa femme qu’il autorise à cause d’elle,

Lesdits Nicolas Joseph Gervaise, Joseph Gervaise et femme Guillaument frères et soeur germains enfans dudit défunt Nicolas Gervaise et de laditte Jeanne Cresset … … et … héritiers chacun pour un tiers de leur père aussi sous la réserve expresse des qualités définîtes qu’ils … en ladite Communauté et … de leur dit père.

Pour donner une estimation (?) aux objets de ménage, les parties ont choisies et appellées Marie Grandineau (?) veuve de Jean Ruvaret (?), résidant (?) .. à Meung, laquelle ici présente a promis faire lesdites prisées et évaluations en son âme et conscience dans la valeur intrinsèque des choses et sans …

… sous toutes espèces de référence des droits des parties et sans aucunement leur amener (?) préjudice. Fait et passé à Meung à ladite maison, ledit jour et … les parties signé avec nous notaire lecture faite. Signatures : Jeanne Cresset; Nicolas Joseph Gervaise; Louis Joseph Gervaise; Marie Jeanne Gervaise; Jean Guillaument; Revaret (?); Gauturier (?) Jouaneau

Suivent ensuite trois pages d’inventaire détaillant les possessions du couple tel que constaté en leur demeure qui comprend une grande chambre basse, une deuxième chambre et un grenier, ces quelques pièces sont attenantes à une boutique donnant sur la rue. Il en est cependant exclu les biens personnels de Jeanne Cresset, veuve Gervaise qui sont marqués « sous réserve ». L’ensemble du mobilier et les objets de valeur du ménage sont organisés en une quarantaine de lots divers dont l’ensemble est évalué à un peu plus de 805 francs.

Dans la chambre basse s’est trouvés

1. Un bois de lit avec piliers garni de son fond et avec sa paillasse de G..sse (?) estimés ensemble la somme de vingt quatre francs… 24f 2. Un lit et un traversin de plume d’oye ayant chacun une taie de couty estimés ensemble la somme de quatre-vingt dix francs90f 3. Deux oreillés de plume d’oye entayée chacun de deux taies une de Couty et l’autre de … estimés ensemble la somme de quatorze francs14f 4. Une couverture de laine verte estimée neuf francs… 9f 5. Une housse de serge verte, avec neuf pièces ci-après les festons garnis de ruban jaune estimés ensemble la somme de quarante francs compris les verges de feu ou fer (?) … 40f 6. Un petit miroir cadré de bois doré estimé la somme de trois francs… 3f 7. Un bureau de bois de chêne à deux battants fermant à clef et deux tiroirs … estimé la somme de vingt francs20f Ouverture faite dudit bureau s’est trouvé 8. Trois paires de bas de … bleu et de laine estimé ensemble la somme de trois francs… 3f 9. Un habit et une culotte de filerie, une veste en … verte et une culotte de drap gris, un habit de coton bleu et un habit de … …, une culotte de drap noir et un gilet de … le tout à l’usage dudit défunt estimés ensemble la somme de vingt francs… 20f 10. Un chapeau et une paire de souliers estimés la somme de deux francs… 2f Le tout trouvé dans le bureau 11. Une armoire de bois fruitier à deux battans fermant à clef estimée la somme de trente-six francs36f Ouverture faite de ladite armoire il ne s’est trouvé que les habits, hardes et linge à l’usage de ladite veuve Gervaise ainsi que les parties en ont connaissance… pour réserve 12. Une table de bois de noyer sur quatre pieds tournés et une petite table de sapin sans chassis estimés ensemble la somme de cinq francs 5f 13. Une petite armoire à un battant fermant à clef de bois de noyer, sans tiroir, estimée la somme de douze francs12f total 278 francs

2e page de l’inventaire : 14. Ouverture faite de ladite armoire s’est trouvé neuf draps en toille de lin estimés ensemble la somme de quatre-vingt dix francs90f 15. neuf serviettes en toille de lin estimées ensemble la somme de douze francs12f 16. Quatre nappes en toille de lin estimées ensemble la somme de seize francs16f 17. Quatre taies d’oreiller carré en toille de lin estimées ensemble la somme de six francs6f 18. onze … en toille de lin à usage d’honneur (?) estimés ensemble la somme de vingt-quatre francs24f 19. Un gobelet de, six timbales, une tasse, une paire de boule (?) de soulier, une paire de boule (?) de jarretière estimés ensemble la somme de soixante dix francs compris huit francs pour les deux paires de boules (s) de soulier et jarretière … 70f 20. six chaises et un fauteuil en paille estimés ensemble la somme de sept francs70f

Vaisselle ancienne

Dans le grenier il s’est … trouvé 21. neuf kilogrammes d’étain commun ouvragé de différentes façons (?) estimé à raison de un franc quatre-vingt centimes le kilogramme ce qui revient à la somme de seize francs vingt centime 16f 20c 22. Un mortier à … farine garnis de son arbre de fer (?) estimés la somme de vingt-quatre francs24f 23. Un bois de lit avec piliers garni de son fond et de son plafond estimés la somme de quinze francs15f Les trois articles cy-dessus sont dans un cabinet à coté de leur … chambre (?)

lit avec piliers garni de son fond et de son plafond ainsi que d’un traversin comme dans l’inventaire Wikipedia

Dans une chambre 24. Une pelle, une pincette (?), une pierre (?) de chevrette (?) servant de chenet, un …, un fourneau, deux petits trois pieds, estimés ensemble la somme de quatre francs… 4f 25. Une petite table de bois de chêne estimée la somme de sept francs7f 26. Un vaisselier de bois de chêne estimés la somme de quatre francs… 4f total 568.20 francs

3e page de l’inventaire : 27. Quatre plats plats, trois jattes, dix-neuf assiettes, un pot à la farine, une salière estimés ensemble la somme de six francs… 6f 28. Deux grès de feu, un chandelier de feu, un centre de chandelier de …, une lanterne estimés trois francs cinquante centimes… 3f 50c 29. Une bassinoire de cuivre rouge estimée quatre francs… 4f 30. Une tourtière et son garde en cuivre deux paires de balance (?), un poêlon, une passoire, une cuillère, deux cuisinières, un … d’évier (?), une … …, trois chandeliers, une canne belle, un porte canne belle … de cuivre jaune estimés ensemble la somme de vingt francs… 20f 31. une herse de bois de chêne estimée la somme de deux francs… 2f 32. un … de bois de chêne estimé six francs… 6f 33. Un bois de lit avec piliers, garnis de son fond et de son plafond, et de sa paillasse, un lit de plumes d’oie et son traversin entayé d’une taie couty, deux oreillers de plume d’oye entayé chacun de deux taies de couty, … … …, une couverture de laine verte, une paire de rideaux de lumière … … … après les festures … …, estimé le tout ensemble la somme de cent vingt-quatre francs… 124f 34. Une armoire de bois de chêne à battant fermant à clef ayant un tiroir estimée seize francs... 16f Ouverture faite de laditte armoire il s’est rien trouvé qui mérite description. 35. Un petit lit de plume d’oie, un traversin de … entayé de colty et toille estimés ensemble la somme de trente francs… 30f 36. une petite couverture de laine blanche estimée la somme de sept francs… 7f 37. Une table sur quatre pieds, trois chaises deux autres chaises et un petit fauteuil empaillé le tout estimé la somme de sept francs… 7f 38. Un petit comptoir dans la boutique ayant deux battans et deux tiroirs estimé la somme de trois francs… 3f 39. Un billot, un … et quatre couteaux estimé la somme de trois francs… 3f 40. Une corde de pails (?) et sa chaine ou chaire (?) et une feuille estimés la somme de quatre francs… 4f 41. Une cuve (?) de fonte estimée la somme deux francs… 2f grand total 805.70 francs

42. Un cadre et une … estimés la somme de deux francs Ne se trouvant plus rien à estimer, la mission de ladite veuve Duvaret (?) demeure fermée, elle s’est retirée après avoir signé en cet endroit. Signé Duvaret (?)

Afin d’explorer ce que sont une canne belle, du couty ou des boules de jarretière, j’ai consulté, sur Gallica, la 13e édition du Dictionnaire universel de la langue française publié en 1851 et d’autres publications de l’époque. Cela m’a permis de préparer le petit lexique suivant:

Bassinoire : récipient en métal que l’on remplissait de braise ou d’eau chaude pour enlever l’humidité et réchauffer les lits avant d’aller se coucher. No 29

Extrait d’une recueil de textes publié par les presses Paris Sorbonne Etat et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles

Boules (de jarretières et de souliers) : Les jarretières servaient à attacher les bas qui montaient jusqu’au haut du mollet. Des boucles et boules en argent servaient d’éléments décoratifs. Il semble que le défunt en avait pour ses jarretières et ses souliers. No 19

Cannes et porte canne en cuivre

Canne belle et porte canne belle : Réfère à une cane au pommeau ouvragé et à son support. No 30.

Chenet et Chevrette : Selon la définition, une chevrette serait un petit chenet sans branche alors que ceux-ci sont des ustensiles servant à porter ou tenir le bois dans les cheminées. No 24

Coutil : (Prononcé couty car le l final est muet) C’est une toile solide en chanvre ou en lin dont on faisait les matelas de plume et les oreillers. Mentionné sous les numéros 2, 3 et 33.

Drap : Etoffe de laine qui a été employée pour faire des culottes d’homme No 9.

Feston : motif décoratif qui imite des branches ornées de fleurs et de fruits aussi point d’aiguille. No 5.

Feuille : il s’agit ici d’une lame fine qui sert à découper la viande. Compris dans le lot 40 avec divers outils de boucherie.

Filerie : le dictionnaire réfère à une filature de chanvre mais le terme peut avoir été employé plus généralement pour toutes sortes de filatures et même une manufacture de vêtements. Le No 9 parle d’une culotte de filerie.

Herse : Instrument de labour qui sert à ratisser la terre. No 31

Jatte : vase rond que l’on appellerai de nos jours un grand bol. No 27

Serge : Etoffe légère de laine ou de soie. Au No 5 de l’inventaire

Dans mes prochains articles je vais explorer les autres parties de cet inventaire qui comprend encore les dettes, le contrat de mariage ainsi que les terrains et immeubles.

H comme Héritage : Vente de droits successifs

Deuxième vue du vieux Meung-sur-Loire dédiée à la Marquise de Pilles Estampe – eau forte de 1773 – Charles Michel Campion (1734-1784)
https://www.cparama.com/forum/meung-sur-loire-t4515.html

Les documents légaux écrits par des avocats ou des notaires sont souvent difficiles à comprendre et interpréter pour le néophyte. Aussi que dire de documents vieux de plus de deux siècles, rédigés à la plume, difficiles à déchiffrer et référant à un code et à des lois d’une autre époque.

Rue du centre ville de Meung-sur-Loire

C’est là le défi que je me suis donné en décortiquant l’acte de vente de droits successifs rédigé suite à la mort de mon ancêtre direct de 7e génération, Nicolas Gervaise, charcutier de son vivant. Âgé de 74 ans, il est mort chez lui, le 26 août 1807, à Meung-sur-Loire à une vingtaine de kilomètres d’Orléans. 

Un mois plus tard, sa fille Marie Jeanne Gervaise et son époux Jean Charles Barthélémi Guillaument cédaient tout droits sur la succession à leur frère et beau-frère Nicolas Joseph Gervaise pour 2000 francs.

Le document de deux pages, établi devant notaires, résume la transaction.  Il est cependant accompagné d’un inventaire d’une dizaine de pages qui détaille ses biens meubles et donne une valeur monétaire à ses meubles et ses effets personnels. L’inventaire couvre aussi l’argent comptant et les dettes vis-à-vis des commerçants chez qui le défunt avait probablement un compte, son contrat de mariage passé en décembre 1756 soit la veille de son mariage avec Jeanne Cresset, ainsi que les titres et papiers concernant une demi-douzaine de terrains et propriétés auxquels est aussi attribuée une valeur nominale. 

L’acte de vente se lit comme suit : (les pointillés indiquent les mots que je n’ai pas réussi à déchiffrer et les points d’interrogation mes suggestions et hésitations)

Acte notariée enregistré par l’étude de Maitre Jouanneau- Copie de l’original aux archives départementales du Loiret

27 Septembre 1807 Vente de droits successifs mobiliers et immobiliers … … 2000 F N o 312

Pardevant Severain Adolphe Jouanneau et son confrère notaire … (?) à la Résidence de Meung-sur-Loire département du Loiret soussignés Furent présents Sieur Jean Charles Barthélemi Guillaument, scieur de long, demeurant à Meung et dame Marie Jeanne Gervaise sa femme qu’il autorise pour l’effet des présentes. Lesquels ont par les présentes conjointement vendu, … obligés solidairement…. de tous trouble, rente, dette, hypothèques, dot, douane … et autres …. généralement …. dès maintenant et pour toujours.

Au sieur Nicolas Joseph Gervaise, marchand boucher demeurant en cette ville de Meung, ici présent, acquéreur et acceptant pour lui … et ayant … Tous leurs droits successifs mobiliers et immobiliers de quelque nature qu’ils soient qui appartiennent à ladite femme Guillaument en sa qualité d’héritière pour un tier, de feu le Sieur Nicolas Gervaise son père vivant charcutier à Meung ainsi qu’il résulte de l’inventaire fait des dits biens mobilier et immobiliers de ladite succession et de ceux de la communauté avec Jeanne Creusset sa veuve, par acte devant Jouanneau notaire soussigné les dix et onze septembre mil huit cent sept document Registré le …. (blanc)

Pour ledit Sieur acquéreur jouir, faire et disposer desdits droits successifs mobiliers et immobiliers, en toute propriété de ce jour et en jouissance du moment du décès dudit Sieur Nicolas Gervaise père arrivé le vingt quatre août dernier, … la récolte de la présente année lui appartiendra. Les vendeurs lui consentant toute + (?).  Lesdits droits successifs mobiliers et immobiliers sont subdivisés entre les vendeurs, l’acquéreur et Louis Joseph Gervaise Rimbault leur frère et beau-frère avec lequel l’acquéreur s’arrangera comme bon lui semble pour en faire le partage.

Les clauses et conditions de la présente sont stipulées comme il suit: 1. L’acquéreur…. de faire… à la communauté desdits Sieur Nicolas Gervaise et Jeanne Cresset de la somme de douze cent francs dont lesdits Sieur et dame vendeurs sont en avance envers ladite succession ainsi qu’il est établi par ledit inventaire. 2. Il paiera au notaire soussigné les portions (?) des vendeurs… … audit inventaire, 3. Il paiera aussi la portion doit les vendeurs pour … … dans le … de la communauté, et de la succession…. audit inventaire, ensemble les droits dus au gouvernement, … de l’ouverture de la dite succession. Toutes lesquelles charges pouvant s’élever pour la portion des vendeurs à la somme de trois cents francs. Outre lesdites charges clauses et conditions, la présente vente est faite … et … la somme de cinq cent francs, laquelle somme, lesdits vendeurs reconnaissent avoir reçu avec (?) les présentes et … présence dudit Sieur acquéreur au profit duquel ils consentent quitance.

Joint …. aux frais dudit acquéreur Fait et passé… étude le vingt sept septembre mil huit cent sept et ont  les parties signé avec … après lecture faite. Signatures: Jean Guillaument; Marie Jeanne Gervaise; Nicolas Joseph Gervaise; Gatusier (?); Jouanneau 

Note en bas de page : 88 francs Enregistré à Meung le premier octobre 1807 … 33 VI 63, reçu quatre vingt huit francs signature illisible 

Code Napoléon promulgué en 1804

En 1807, Napoléon Bonaparte est au pouvoir et les Français sont soumis au nouveau Code civil promulgué en 1804 et nommé code Napoléon en 1807.

Plusieurs choses me frappent à la lecture de ce document comme le fait que Marie Jeanne devait avoir l’autorisation de son mari pour pouvoir vendre ses droits sur sa part de la succession. Il est dit que Marie Jeanne hérite pour un tiers. Selon la coutume, la veuve garde la moitié de la succession et les enfants se partagent l’autre moitié en parts égales. De plus, il est clair que la vente, basée sur la valeur de sa part établie grâce à l’inventaire, va permettre de préserver, au moins en partie, le patrimoine familial au lieu de le diviser et de le disperser lors d’une vente aux enchères ou privée.

D’ailleurs, la proposition de son frère Nicolas Joseph, qui en tant que commerçant a des fonds en argent comptant, semble les arranger. En 1807, Marie Jeanne a 36 ans et son époux Jean Charles Barthélémi, 45 ans. Des huit enfants qu’ils ont eus, six, trois garçons et trois filles sont encore vivants et âgés de 6 à 14 ans. Les deux mille francs dont ils viennent d’hériter sont probablement les bienvenus d’autant qu’ils ont déjà emprunté auprès du couple Gervaise-Cresset appelé la « communauté ». Cet arrangement leur permet, entre autres, de régler leur dette de 1200 francs, de payer le notaire ainsi que les taxes dues. Il leur restent encore cinq cent francs dont ils peuvent disposer.

Sceau apposé pendant l’empire sur les actes notariés

Enfin un mot sur le sceau de 25 cents de l’Empire Français apposé sur les actes notariés. Je suis surprise par cette image de femme presque nue portant une blouse en voile transparent qui ne couvre rien mais servant à marquer l’enregistrement de documents officiels.

Dans mes prochains articles, je compte explorer le contenu de l’inventaire de ses biens ainsi que le contrat de mariage de Nicolas Gervaise et Jeanne Cresset rédigé selon la coutume d’Orléans.