H comme Héritage : Inventaire

Intérieur de maison qui ressemble au mobilier de mes ancêtres mentionné à l’inventaire établi en 1807. La décoration des meubles peut varier selon la région mais les différents éléments sont similaires Salle des arts populaire – bibliothèque de Nancy

Précédemment, je vous ai parlé de la vente de droits successifs conclue le 27 septembre 1807 entre mes ancêtres de 6e génération Marie Jeanne Gervaise et Jean Charles Barthélemi Guillaument et leur frère et beau-frère Nicolas Joseph Gervaise peu après la mort de leur père Nicolas Gervaise. Cette vente se basait sur la valeur attribuée à la succession lors d’un inventaire établit quelques jours plus tôt. L’inventaire d’une dizaine de pages couvre l’ensemble des biens et se lit ainsi :

Document consulté aux archives départementales du Loiret à Orléans

10 Septembre 1807 Inventaire montant à 2005 f-70c Nicolas Gervaise Inventaire des meubles et effets immobilier, Argent Comptant, Déclaration des dettes actives et passiers, description des titres et papiers et autres renseignements dépendant de la Communauté d’entre feu le Sieur Nicolas Gervaise, vivant marchand charcutier en cette ville de Meung rue Porte d’Amont et Jeanne Cresset — son épouse, actuellement sa veuve. Par cette Communauté établie entre lesdits Sieur et Dame Gervaise d’après les bases de la Coutume d’Orléans sous l’emprise de laquelle leur contrat civil a été arrêté devant Me Filliaud (?) notaire à Meung le vingt sept décembre mil sept cent cinquante six, enregistré le cinq de janvier suivant.

Aujourd’hui Dix Septembre l’an mil huit cent sept à sept heure du matin, en une maison sise à Meung rue de la porte d’Amont en laquelle est décédé le vingt quatre août dernier ledit Sieur Gervaise. Il va être par devant nous Servain Alphonse Jouaneau Notaire Imperial à la Résidence de Meung sur Loire département du Loiret et autre confrère soussigné procédé à l’inventaire susdit.

Requête Présence et Consentement 1o De ladite Veuve Gervaise au vu de ses droits en ladite Communauté sous la réserve des qualités qu’elle prendra par la suite. 2e du Sieur Joseph Gervaise Petit, marchand boucher demeurant à Meung. 3 du Sieur Joseph Gervaise Rimbault, marchand tonnellier demeurant audit Meung quartier du port 4 et du Sieur Jean Charles Barthelemi Guillaument, scieur de long, demeurant audit Meung rue Porte d’Amont et Marie Jeanne Gervaise Guillaument sa femme qu’il autorise à cause d’elle,

Lesdits Nicolas Joseph Gervaise, Joseph Gervaise et femme Guillaument frères et soeur germains enfans dudit défunt Nicolas Gervaise et de laditte Jeanne Cresset … … et … héritiers chacun pour un tiers de leur père aussi sous la réserve expresse des qualités définîtes qu’ils … en ladite Communauté et … de leur dit père.

Pour donner une estimation (?) aux objets de ménage, les parties ont choisies et appellées Marie Grandineau (?) veuve de Jean Ruvaret (?), résidant (?) .. à Meung, laquelle ici présente a promis faire lesdites prisées et évaluations en son âme et conscience dans la valeur intrinsèque des choses et sans …

… sous toutes espèces de référence des droits des parties et sans aucunement leur amener (?) préjudice. Fait et passé à Meung à ladite maison, ledit jour et … les parties signé avec nous notaire lecture faite. Signatures : Jeanne Cresset; Nicolas Joseph Gervaise; Louis Joseph Gervaise; Marie Jeanne Gervaise; Jean Guillaument; Revaret (?); Gauturier (?) Jouaneau

Suivent ensuite trois pages d’inventaire détaillant les possessions du couple tel que constaté en leur demeure qui comprend une grande chambre basse, une deuxième chambre et un grenier, ces quelques pièces sont attenantes à une boutique donnant sur la rue. Il en est cependant exclu les biens personnels de Jeanne Cresset, veuve Gervaise qui sont marqués « sous réserve ». L’ensemble du mobilier et les objets de valeur du ménage sont organisés en une quarantaine de lots divers dont l’ensemble est évalué à un peu plus de 805 francs.

Dans la chambre basse s’est trouvés

1. Un bois de lit avec piliers garni de son fond et avec sa paillasse de G..sse (?) estimés ensemble la somme de vingt quatre francs… 24f 2. Un lit et un traversin de plume d’oye ayant chacun une taie de couty estimés ensemble la somme de quatre-vingt dix francs90f 3. Deux oreillés de plume d’oye entayée chacun de deux taies une de Couty et l’autre de … estimés ensemble la somme de quatorze francs14f 4. Une couverture de laine verte estimée neuf francs… 9f 5. Une housse de serge verte, avec neuf pièces ci-après les festons garnis de ruban jaune estimés ensemble la somme de quarante francs compris les verges de feu ou fer (?) … 40f 6. Un petit miroir cadré de bois doré estimé la somme de trois francs… 3f 7. Un bureau de bois de chêne à deux battants fermant à clef et deux tiroirs … estimé la somme de vingt francs20f Ouverture faite dudit bureau s’est trouvé 8. Trois paires de bas de … bleu et de laine estimé ensemble la somme de trois francs… 3f 9. Un habit et une culotte de filerie, une veste en … verte et une culotte de drap gris, un habit de coton bleu et un habit de … …, une culotte de drap noir et un gilet de … le tout à l’usage dudit défunt estimés ensemble la somme de vingt francs… 20f 10. Un chapeau et une paire de souliers estimés la somme de deux francs… 2f Le tout trouvé dans le bureau 11. Une armoire de bois fruitier à deux battans fermant à clef estimée la somme de trente-six francs36f Ouverture faite de ladite armoire il ne s’est trouvé que les habits, hardes et linge à l’usage de ladite veuve Gervaise ainsi que les parties en ont connaissance… pour réserve 12. Une table de bois de noyer sur quatre pieds tournés et une petite table de sapin sans chassis estimés ensemble la somme de cinq francs 5f 13. Une petite armoire à un battant fermant à clef de bois de noyer, sans tiroir, estimée la somme de douze francs12f total 278 francs

2e page de l’inventaire : 14. Ouverture faite de ladite armoire s’est trouvé neuf draps en toille de lin estimés ensemble la somme de quatre-vingt dix francs90f 15. neuf serviettes en toille de lin estimées ensemble la somme de douze francs12f 16. Quatre nappes en toille de lin estimées ensemble la somme de seize francs16f 17. Quatre taies d’oreiller carré en toille de lin estimées ensemble la somme de six francs6f 18. onze … en toille de lin à usage d’honneur (?) estimés ensemble la somme de vingt-quatre francs24f 19. Un gobelet de, six timbales, une tasse, une paire de boule (?) de soulier, une paire de boule (?) de jarretière estimés ensemble la somme de soixante dix francs compris huit francs pour les deux paires de boules (s) de soulier et jarretière … 70f 20. six chaises et un fauteuil en paille estimés ensemble la somme de sept francs70f

Vaisselle ancienne

Dans le grenier il s’est … trouvé 21. neuf kilogrammes d’étain commun ouvragé de différentes façons (?) estimé à raison de un franc quatre-vingt centimes le kilogramme ce qui revient à la somme de seize francs vingt centime 16f 20c 22. Un mortier à … farine garnis de son arbre de fer (?) estimés la somme de vingt-quatre francs24f 23. Un bois de lit avec piliers garni de son fond et de son plafond estimés la somme de quinze francs15f Les trois articles cy-dessus sont dans un cabinet à coté de leur … chambre (?)

lit avec piliers garni de son fond et de son plafond ainsi que d’un traversin comme dans l’inventaire Wikipedia

Dans une chambre 24. Une pelle, une pincette (?), une pierre (?) de chevrette (?) servant de chenet, un …, un fourneau, deux petits trois pieds, estimés ensemble la somme de quatre francs… 4f 25. Une petite table de bois de chêne estimée la somme de sept francs7f 26. Un vaisselier de bois de chêne estimés la somme de quatre francs… 4f total 568.20 francs

3e page de l’inventaire : 27. Quatre plats plats, trois jattes, dix-neuf assiettes, un pot à la farine, une salière estimés ensemble la somme de six francs… 6f 28. Deux grès de feu, un chandelier de feu, un centre de chandelier de …, une lanterne estimés trois francs cinquante centimes… 3f 50c 29. Une bassinoire de cuivre rouge estimée quatre francs… 4f 30. Une tourtière et son garde en cuivre deux paires de balance (?), un poêlon, une passoire, une cuillère, deux cuisinières, un … d’évier (?), une … …, trois chandeliers, une canne belle, un porte canne belle … de cuivre jaune estimés ensemble la somme de vingt francs… 20f 31. une herse de bois de chêne estimée la somme de deux francs… 2f 32. un … de bois de chêne estimé six francs… 6f 33. Un bois de lit avec piliers, garnis de son fond et de son plafond, et de sa paillasse, un lit de plumes d’oie et son traversin entayé d’une taie couty, deux oreillers de plume d’oye entayé chacun de deux taies de couty, … … …, une couverture de laine verte, une paire de rideaux de lumière … … … après les festures … …, estimé le tout ensemble la somme de cent vingt-quatre francs… 124f 34. Une armoire de bois de chêne à battant fermant à clef ayant un tiroir estimée seize francs... 16f Ouverture faite de laditte armoire il s’est rien trouvé qui mérite description. 35. Un petit lit de plume d’oie, un traversin de … entayé de colty et toille estimés ensemble la somme de trente francs… 30f 36. une petite couverture de laine blanche estimée la somme de sept francs… 7f 37. Une table sur quatre pieds, trois chaises deux autres chaises et un petit fauteuil empaillé le tout estimé la somme de sept francs… 7f 38. Un petit comptoir dans la boutique ayant deux battans et deux tiroirs estimé la somme de trois francs… 3f 39. Un billot, un … et quatre couteaux estimé la somme de trois francs… 3f 40. Une corde de pails (?) et sa chaine ou chaire (?) et une feuille estimés la somme de quatre francs… 4f 41. Une cuve (?) de fonte estimée la somme deux francs… 2f grand total 805.70 francs

42. Un cadre et une … estimés la somme de deux francs Ne se trouvant plus rien à estimer, la mission de ladite veuve Duvaret (?) demeure fermée, elle s’est retirée après avoir signé en cet endroit. Signé Duvaret (?)

Afin d’explorer ce que sont une canne belle, du couty ou des boules de jarretière, j’ai consulté, sur Gallica, la 13e édition du Dictionnaire universel de la langue française publié en 1851 et d’autres publications de l’époque. Cela m’a permis de préparer le petit lexique suivant:

Bassinoire : récipient en métal que l’on remplissait de braise ou d’eau chaude pour enlever l’humidité et réchauffer les lits avant d’aller se coucher. No 29

Extrait d’une recueil de textes publié par les presses Paris Sorbonne Etat et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles

Boules (de jarretières et de souliers) : Les jarretières servaient à attacher les bas qui montaient jusqu’au haut du mollet. Des boucles et boules en argent servaient d’éléments décoratifs. Il semble que le défunt en avait pour ses jarretières et ses souliers. No 19

Cannes et porte canne en cuivre

Canne belle et porte canne belle : Réfère à une cane au pommeau ouvragé et à son support. No 30.

Chenet et Chevrette : Selon la définition, une chevrette serait un petit chenet sans branche alors que ceux-ci sont des ustensiles servant à porter ou tenir le bois dans les cheminées. No 24

Coutil : (Prononcé couty car le l final est muet) C’est une toile solide en chanvre ou en lin dont on faisait les matelas de plume et les oreillers. Mentionné sous les numéros 2, 3 et 33.

Drap : Etoffe de laine qui a été employée pour faire des culottes d’homme No 9.

Feston : motif décoratif qui imite des branches ornées de fleurs et de fruits aussi point d’aiguille. No 5.

Feuille : il s’agit ici d’une lame fine qui sert à découper la viande. Compris dans le lot 40 avec divers outils de boucherie.

Filerie : le dictionnaire réfère à une filature de chanvre mais le terme peut avoir été employé plus généralement pour toutes sortes de filatures et même une manufacture de vêtements. Le No 9 parle d’une culotte de filerie.

Herse : Instrument de labour qui sert à ratisser la terre. No 31

Jatte : vase rond que l’on appellerai de nos jours un grand bol. No 27

Serge : Etoffe légère de laine ou de soie. Au No 5 de l’inventaire

Dans mes prochains articles je vais explorer les autres parties de cet inventaire qui comprend encore les dettes, le contrat de mariage ainsi que les terrains et immeubles.

H comme Héritage : Vente de droits successifs

Deuxième vue du vieux Meung-sur-Loire dédiée à la Marquise de Pilles Estampe – eau forte de 1773 – Charles Michel Campion (1734-1784)
https://www.cparama.com/forum/meung-sur-loire-t4515.html

Les documents légaux écrits par des avocats ou des notaires sont souvent difficiles à comprendre et interpréter pour le néophyte. Aussi que dire de documents vieux de plus de deux siècles, rédigés à la plume, difficiles à déchiffrer et référant à un code et à des lois d’une autre époque.

Rue du centre ville de Meung-sur-Loire

C’est là le défi que je me suis donné en décortiquant l’acte de vente de droits successifs rédigé suite à la mort de mon ancêtre direct de 7e génération, Nicolas Gervaise, charcutier de son vivant. Âgé de 74 ans, il est mort chez lui, le 26 août 1807, à Meung-sur-Loire à une vingtaine de kilomètres d’Orléans. 

Un mois plus tard, sa fille Marie Jeanne Gervaise et son époux Jean Charles Barthélémi Guillaument cédaient tout droits sur la succession à leur frère et beau-frère Nicolas Joseph Gervaise pour 2000 francs.

Le document de deux pages, établi devant notaires, résume la transaction.  Il est cependant accompagné d’un inventaire d’une dizaine de pages qui détaille ses biens meubles et donne une valeur monétaire à ses meubles et ses effets personnels. L’inventaire couvre aussi l’argent comptant et les dettes vis-à-vis des commerçants chez qui le défunt avait probablement un compte, son contrat de mariage passé en décembre 1756 soit la veille de son mariage avec Jeanne Cresset, ainsi que les titres et papiers concernant une demi-douzaine de terrains et propriétés auxquels est aussi attribuée une valeur nominale. 

L’acte de vente se lit comme suit : (les pointillés indiquent les mots que je n’ai pas réussi à déchiffrer et les points d’interrogation mes suggestions et hésitations)

Acte notariée enregistré par l’étude de Maitre Jouanneau- Copie de l’original aux archives départementales du Loiret

27 Septembre 1807 Vente de droits successifs mobiliers et immobiliers … … 2000 F N o 312

Pardevant Severain Adolphe Jouanneau et son confrère notaire … (?) à la Résidence de Meung-sur-Loire département du Loiret soussignés Furent présents Sieur Jean Charles Barthélemi Guillaument, scieur de long, demeurant à Meung et dame Marie Jeanne Gervaise sa femme qu’il autorise pour l’effet des présentes. Lesquels ont par les présentes conjointement vendu, … obligés solidairement…. de tous trouble, rente, dette, hypothèques, dot, douane … et autres …. généralement …. dès maintenant et pour toujours.

Au sieur Nicolas Joseph Gervaise, marchand boucher demeurant en cette ville de Meung, ici présent, acquéreur et acceptant pour lui … et ayant … Tous leurs droits successifs mobiliers et immobiliers de quelque nature qu’ils soient qui appartiennent à ladite femme Guillaument en sa qualité d’héritière pour un tier, de feu le Sieur Nicolas Gervaise son père vivant charcutier à Meung ainsi qu’il résulte de l’inventaire fait des dits biens mobilier et immobiliers de ladite succession et de ceux de la communauté avec Jeanne Creusset sa veuve, par acte devant Jouanneau notaire soussigné les dix et onze septembre mil huit cent sept document Registré le …. (blanc)

Pour ledit Sieur acquéreur jouir, faire et disposer desdits droits successifs mobiliers et immobiliers, en toute propriété de ce jour et en jouissance du moment du décès dudit Sieur Nicolas Gervaise père arrivé le vingt quatre août dernier, … la récolte de la présente année lui appartiendra. Les vendeurs lui consentant toute + (?).  Lesdits droits successifs mobiliers et immobiliers sont subdivisés entre les vendeurs, l’acquéreur et Louis Joseph Gervaise Rimbault leur frère et beau-frère avec lequel l’acquéreur s’arrangera comme bon lui semble pour en faire le partage.

Les clauses et conditions de la présente sont stipulées comme il suit: 1. L’acquéreur…. de faire… à la communauté desdits Sieur Nicolas Gervaise et Jeanne Cresset de la somme de douze cent francs dont lesdits Sieur et dame vendeurs sont en avance envers ladite succession ainsi qu’il est établi par ledit inventaire. 2. Il paiera au notaire soussigné les portions (?) des vendeurs… … audit inventaire, 3. Il paiera aussi la portion doit les vendeurs pour … … dans le … de la communauté, et de la succession…. audit inventaire, ensemble les droits dus au gouvernement, … de l’ouverture de la dite succession. Toutes lesquelles charges pouvant s’élever pour la portion des vendeurs à la somme de trois cents francs. Outre lesdites charges clauses et conditions, la présente vente est faite … et … la somme de cinq cent francs, laquelle somme, lesdits vendeurs reconnaissent avoir reçu avec (?) les présentes et … présence dudit Sieur acquéreur au profit duquel ils consentent quitance.

Joint …. aux frais dudit acquéreur Fait et passé… étude le vingt sept septembre mil huit cent sept et ont  les parties signé avec … après lecture faite. Signatures: Jean Guillaument; Marie Jeanne Gervaise; Nicolas Joseph Gervaise; Gatusier (?); Jouanneau 

Note en bas de page : 88 francs Enregistré à Meung le premier octobre 1807 … 33 VI 63, reçu quatre vingt huit francs signature illisible 

Code Napoléon promulgué en 1804

En 1807, Napoléon Bonaparte est au pouvoir et les Français sont soumis au nouveau Code civil promulgué en 1804 et nommé code Napoléon en 1807.

Plusieurs choses me frappent à la lecture de ce document comme le fait que Marie Jeanne devait avoir l’autorisation de son mari pour pouvoir vendre ses droits sur sa part de la succession. Il est dit que Marie Jeanne hérite pour un tiers. Selon la coutume, la veuve garde la moitié de la succession et les enfants se partagent l’autre moitié en parts égales. De plus, il est clair que la vente, basée sur la valeur de sa part établie grâce à l’inventaire, va permettre de préserver, au moins en partie, le patrimoine familial au lieu de le diviser et de le disperser lors d’une vente aux enchères ou privée.

D’ailleurs, la proposition de son frère Nicolas Joseph, qui en tant que commerçant a des fonds en argent comptant, semble les arranger. En 1807, Marie Jeanne a 36 ans et son époux Jean Charles Barthélémi, 45 ans. Des huit enfants qu’ils ont eus, six, trois garçons et trois filles sont encore vivants et âgés de 6 à 14 ans. Les deux mille francs dont ils viennent d’hériter sont probablement les bienvenus d’autant qu’ils ont déjà emprunté auprès du couple Gervaise-Cresset appelé la « communauté ». Cet arrangement leur permet, entre autres, de régler leur dette de 1200 francs, de payer le notaire ainsi que les taxes dues. Il leur restent encore cinq cent francs dont ils peuvent disposer.

Sceau apposé pendant l’empire sur les actes notariés

Enfin un mot sur le sceau de 25 cents de l’Empire Français apposé sur les actes notariés. Je suis surprise par cette image de femme presque nue portant une blouse en voile transparent qui ne couvre rien mais servant à marquer l’enregistrement de documents officiels.

Dans mes prochains articles, je compte explorer le contenu de l’inventaire de ses biens ainsi que le contrat de mariage de Nicolas Gervaise et Jeanne Cresset rédigé selon la coutume d’Orléans.

C comme Certificat de libération

Infanterie de ligne sous le Second Empire – source Wikipedia

Ces temps-ci, Il est fréquemment question dans les cercles généalogiques de l’état-civil reconstitué et récemment enrichi par les Archives de Paris grâce à la mise en ligne de nouveaux documents.

Fiche d’état civil reconstitué Archives de Paris

Il faut dire que de pouvoir passer d’une petite fiche manuscrite à un dossier plus ou moins complet ne peut qu’éveiller la curiosité de tout généalogiste professionnel ou amateur. Dans mon cas, j’ai pu rechercher et analyser une dizaine de dossiers tant du côté des naissances que des mariages ce qui m’a permis de corriger plusieurs erreurs et d’ajouter de nouvelles données. Les décès viendront plus tard car les dossiers ne sont pas encore en ligne. Les recherches entreprises plein d’espoir et de fébrilité se révèlent parfois riches en détails encore inconnus. Malheureusement, d’autres ne nous apprennent rien de nouveau.

Reconstitution des actes de l’état civil de Paris à partir des archives de la paroisse Ste Marguerite déposées au Secrétariat de l’Archevêché de Paris, Archives de Paris

Cette reconstitution de l’état civil parisien, ordonnée en 1872, s’imposait après la destruction par les flammes de l’Hôtel de Ville de Paris en 1871 qui, durant la Commune de Paris, avait entraîné la perte de milliers de documents antérieurs à 1860. La reconstitution a nécessité la contribution de nombreux intervenants incluant les familles, les diocèses et églises, les préfectures et municipalités et dans certains cas l’armée. C’est ainsi qu’en consultant ces nouvelles ressources, j’ai découvert plusieurs documents dont j’ignorais l’existence comme le Certificat de libération.

Celui qui m’intéresse faisait probablement partie des documents soumis par la famille en septembre 1874 comme preuve en appui à leur demande de reconstitution d’un acte de naissance. Remis, en 1852, à mon arrière-arrière-grand-père, Louis Frederic Guillaumant, le certificat se lit comme suit (les sections en gras et en italique correspondent aux informations manuscrites) :

Préfecture de la Seine RECRUTEMENT – 8e arrondissement de Paris – No 447 de Tirage Certificat de Libération Classe de 1851

LE SECRETAIRE GENERAL DE LA PREFECTURE DU DEPARTEMENT DE LA SEINE certifie que le Sieur Guillaumant Louis Frederic né à Paris Département de la Seine le 15 août 1831, fils de Charles Joseph Constant et de Gamard, Marie Félicité ayant la taille d’un mètre 635 millimètres, et exerçant la profession de fabricant de vernis Est inscrit au Tableau de recensement de la classe de 1851 du 8e arrondissement et que le numéro 447 qui lui est échu au tirage n’a pas été compris dans le contingent. Qu’en conséquence et aux termes de la loi du 21 Mars 1832, il est définitivement libéré du service militaire. Fait à Paris le 7 juillet 1852

Certificat de Libération de Louis Frederic Guillaumant, classe 1851, Archives de Paris
Extraits de la loi sur le recrutement de l’Armée du 21 mars 1832 https://jeanyvesthorrignac.fr/wa_files/Loi_20sur_20le_20Recrutement_20de_20l.pdf

Comme je n’avais jamais vu de certificat de libération et qu’ aucun motif ne justifiait cette libération à part une référence à la loi, j’ai voulu en savoir plus sur celle-ci. Il s’agit de la loi sur le Recrutement de l’Armée dite « Loi Soult » en l’honneur de Jean-de-Dieu Soult qui était alors ministre de la Guerre sous Louis-Philippe (dernier roi des Français qui régna de 1830 à 1848). Militaire de carrière, Soult s’était illustré durant les guerres de la révolution à la fin du 17e siècle et les campagnes napoléoniennes du début du 18e siècle. Il a réussi l’exploit de traverser avec succès six régimes politiques incluant deux révolutions.

L’objectif de la loi était, entre autres, d’accroitre les effectifs de l’armée française et venait compléter plusieurs autres lois touchant la réorganisation de l’armée.

« Louis-Philippe, …, le charge de réorganiser sans tarder l’armée de ligne. Soult rédige un rapport au roi, présenté… le 20 février 1831, dans lequel il fait la critique de la loi … de 1818 sur le recrutement … Il propose les grands axes d’une politique militaire visant à accroître les effectifs de l’armée, à résorber le surencadrement et à assurer l’approvisionnement en armes et en munitions. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-de-Dieu_Soult

Extraits de la loi sur le recrutement de l’Armée du 21 mars 1832 https://jeanyvesthorrignac.fr/wa_files/Loi_20sur_20le_20Recrutement_20de_20l.pdf

La loi Soult, votée le 21 mars 1832, confirme que le recrutement se fait par des appels et des engagements volontaires et encadre ces deux modes de recrutement à commencer par le processus d’établissement des listes de recensement des jeunes gens ayant 20 ans révolu dans chaque canton. Dans le cadre de la loi, chaque canton était supposé fournir un certain nombre d’appelés désignés par tirage au sort. Le jour du tirage, après avoir compté publiquement tous les numéros déposés dans l’urne et s’être assuré qu’il y en avait autant que de jeunes hommes présents, ceux-ci étaient appelés dans l’ordre du tableau préalablement établi et tiraient un numéro. La liste par numéro est établie au fur et à mesure du tirage et fournit l’occasion de mentionner au besoin les motifs d’exemption qui pourraient s’appliquer et qui seront examinés ultérieurement par un conseil de révision. Ces motifs peuvent être énoncés par les participants au tirage ou par leur famille.

Extraits de la loi sur le recrutement de l’Armée du 21 mars 1832 https://jeanyvesthorrignac.fr/wa_files/Loi_20sur_20le_20Recrutement_20de_20l.pdf

Parmi les motifs d’exemption on retrouve la taille des appelés qui exclus d’office ceux qui mesurent moins d’un mètre cinquante-six et les personnes qui ont des infirmités les empêchant de servir ; l’ainé d’orphelins de père et de mère ; les fils uniques ou les ainés de fils et les petit-fils uniques ou ainés, ainsi que ceux dont le frère est déjà dans l’armée ou dont le frère a été tué ou gravement blessé en service, etc.

Extraits de la loi sur le recrutement de l’Armée du 21 mars 1832 https://jeanyvesthorrignac.fr/wa_files/Loi_20sur_20le_20Recrutement_20de_20l.pdf

D’autre part, six catégories de jeunes gens sont considérées comme ayant satisfait à l’appel et sont déduits du contingent à former. Il s’agit d’abord de ceux qui se sont déjà engagés volontairement et de ceux qui travaillent comme charpentier de navire, perceurs, voiliers ou calfats (ouvriers qui construisent des navires) ; s’ajoutent également les élèves de l’école polytechnique à condition de passer un temps égal dans les services publics ainsi que les membres de l’instruction publique qui se vouent à une carrière dans l’enseignement. On compte aussi les élèves des grands séminaires qui se destinent à une vie ecclésiastique et enfin ceux qui ont remporté de grands prix universitaires.

Extraits de la loi sur le recrutement de l’Armée du 21 mars 1832 https://jeanyvesthorrignac.fr/wa_files/Loi_20sur_20le_20Recrutement_20de_20l.pdf

Le conseil de révision de l’armée examine tous les cas soumis et a le dernier mot sur les exemptions, déductions, substitutions et remplacements.

Enfin ceux qui n’ont pas été retenu et dont le nom ne figure pas sur la liste finale sont définitivement libérés. Une déclaration est préparée et affichée dans chaque commune indiquant le dernier numéro compris dans le contingent.

Extraits de la loi sur le recrutement de l’Armée du 21 mars 1832 https://jeanyvesthorrignac.fr/wa_files/Loi_20sur_20le_20Recrutement_20de_20l.pdf

Une fois la liste finale de chaque canton établie, les noms inscrits sont proclamés. Ultérieurement, ils seront répartis entre les différents corps d’armée. Cependant, selon l’ordre des numéros tirés, les appelés sont divisées en deux classes. Les appelés de première classe sont mis en activité rapidement et doivent rejoindre leur régiment tandis que ceux de la deuxième classe sont renvoyés dans leur foyer en attendant d’être appelés sur ordre du roi.

La durée du service militaire est établie à sept ans et est calculée à partir du premier jour de l’année où ils sont appelés.

Comme aucune des exemptions figurant à la loi ne s’applique à mon ancêtre, j’en conclus que si Louis Frédéric a évité le service militaire et a été libéré de son obligation de servir, c’est essentiellement parce qu’il a eu la chance de tirer un bon numéro. Moins d’un an plus tard, alors qu’il a seulement 21 ans, il se mariera avec Jeanne Claude Boulet le 16 avril 1853 et reprendra l’entreprise familiale, trois mois plus tard, au décès de son père Constant Guillaumant en juillet 1853.

C comme Concierge

Rue du Dragon Robert Doisneau 1946

Tel que je le mentionnais dans un article précédent, Christine Frey, ma grand-mère paternelle, a travaillé comme concierge dans le milieu des années 30. Après le mariage et le départ de ses deux aînés, en pleine crise économique, les revenus de la famille s’étaient nettement amenuisés. Agée de 50 ans, elle vivait au 403 bis rue de Vaugirard dans une petite loge avec son fils cadet (mon père) qui allait bientôt partir pour le service militaire et probablement avec sa mère bien que celle-ci n’apparaisse pas au recensement de 1936. 

Recensement de 1936 : Leurs noms sont mal orthographiés mais, on retrouve Christine Frey épouse Guillaumant
et son fils André, dans le premier logis du 403 bis rue de Vaugirard – Sources Archives de Paris

Avant elle, sa mère Victorine Flore (qui se faisait appeler Aline) Judasse avait aussi travaillé comme concierge à quelques reprises. D’abord, de 1881 à 1882 ou 83, soit au tout début de sa vie de jeune mariée. 

Retronews : petites annonces pour des demandes de postes de concierge parues dans le Figaro du 12 juin 1895

Comme en témoignent ces petites annonces du journal le Figaro ce sont souvent des couples, pour la plupart sans enfants, qui en cette période de crise du logement, offrent leurs services. Souvent le mari exerce un autre métier mais surtout ça lui permet de seconder sa femme. Car il y a fort à faire pour tenir un immeuble de vingt ou trente logements habités par une centaine de locataires tel que le décrit cet extrait d’un article du magazine Regards du 9 décembre 1937 présentant une enquête d’Henriette Nizan sur les concierges de Paris.

RetroNews: Concierges de Paris, Regards du 9 décembre 1937 p. 15/19
Dans la photo ci-dessus de Robert Doisneau on peut voir que la concierge essaye de contrôler son environnement en indiquant sur le mur que la fontaine (qui est probablement dans la cour) est seulement ouverte de 5h du matin à 7h du soir et qu’il est interdit d’y laver son linge. Il est aussi interdit de stationner dans une section de la cour attenante à la loge et réservée à son usage.

« …La nuit obligation de tirer le cordon sans arrêt, car les enfants, devenus grands, sortent chacun de leur côté. Dans la journée, nous avons un défilé continuel de demandes de renseignements. Pour le courrier, comme il n’est pas monté chez les locataires, ceux-ci viennent le chercher à n’importe quelle heure. Pour le ménage, il y a deux escaliers avec du carrelage blanc et rouge ou blanc et gris, il faut les laver sans cesse, surtout lorsqu’il pleut, si bien que la concierge ne peut même plus faire son marché. Elle doit bien souvent payer une remplaçante pour faire ses achats car il ne faut pas que la loge reste sans surveillance… Donc, pas de repos la nuit et bien du travail le jour. Ne pourrait-on, au moins, adopter pour la porte le système automatique et renoncer à ce fameux cordon que l’on cherche dans un demi-sommeil et qui n’a jamais résolu la question de la sécurité d’une maison… » Vingt-quatre heures par jour, tel est le service que doit assurer un concierge parisien. S’il se fait remplacer, c’est toujours à ses frais et si, en son absence, survient quelque évènement imprévu, quelque accident, il en sera tenu pour responsable.

En réalité les responsabilités de la concierge sont beaucoup plus larges que ça. Ainsi, c’est souvent elle qui reçoit les livraisons ou les différents professionnels venus faire des réparations pendant que les locataires sont au travail. C’est elle aussi qui collecte les loyers et fait visiter les logements à louer. Elle s’occupe également de maintenir la paix et de régler les différends entre locataires.

Pour mes arrière-grands-parents, l’expérience de conciergerie fut donc de courte durée car lors de la déclaration de leur deuxième enfant en août 1883, le couple Frey-Judasse a abandonné la profession et déménagé à quelques rues sur la rue du Maine. En plus d’habiter dans un logement qui consiste souvent en une seule pièce servant à tout faire, le travail de concierge était probablement difficile sinon impossible à concilier avec les soins à apporter à un nourrisson et encore moins à une famille qui s’agrandit. 

Aline et Jean ne savaient pas que la profession allait bientôt connaître plusieurs changements importants. Quelques mois plus tard, soit en novembre 1883 et mars 1884, Eugène Poubelle, le tout nouveau préfet de la Seine, allait créer tout un émoi en émettant deux arrêtés : un imposant des bacs à ordures et l’autre instaurant la collecte  régulière des déchets domestiques comme nous le rappelle un article du Figaro du 12 juillet 2017.

« Les propriétaires sont tenus de fournir à leur locataire des récipients «de bois garnis de fer blanc» avec couvercle pour recueillir les déchets. Les bacs seront ensuite sortis dans la rue par les concierges juste avant le ramassage. Le préfet visionnaire, qui organisera également le tout-à-l’égout en 1894, prévoit même un tri sélectif des déchets. Deux boîtes supplémentaires doivent accueillir, l’une les papiers et les chiffons, l’autre les débris de vaisselle et de verre et les coquilles d’huîtres. Cette disposition vite abandonnée sera reprise plus d’un siècle plus tard. » https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2017/07/12/26010-20170712ARTFIG00265-quand-le-prefet-poubelle-donnait-son-nom-a-la-boite-a-ordures.php

Les petits métiers de Paris: les chiffonniers.
Carte postale début XXème siècle

Même s’ils n’étaient plus directement concernés, ils ont assisté au tôlé tant des propriétaires forcés de payer pour les bacs, que des concierges qui voyaient leur tâche s’alourdir, mais surtout à l’opposition désespérée des milliers de pauvres chiffonniers qui vivaient de la récupération de tout ce qui était encore réutilisable ou monnayable et qui voyaient leur gagne-pain disparaitre. Ils vont donc militer, chercher des appuis et s’attirer la sympathie de journaux comme la Lanterne qui le 23 janvier 1884 n’hésite pas à publier en éditorial que :

« L’ordure qu’il est urgent d’envoyer avant toutes les autres au dépotoir, c’est l’arrêté Poubelle. On y joindrait même son auteur, que nous n’y verrions aucun inconvénient. […] M. Poubelle nous paraît disposer avec une étrange désinvolture de ce qui appartient à tout autre qu’à lui. Ces détritus sont à nous, qui les avons payés quand on nous les a présentés sous forme de victuailles, d’étoffes ou de papier. Il nous plaisait de les abandonner aux chiffonniers ; mais s’il ne nous convient pas d’en faire profiter un entrepreneur désigné par le préfet, notre droit est absolu. »

Mais revenons à mon arrière-grand-mère qui, plusieurs années plus tard, rendue veuve et âgée d’une soixantaine d’année, va reprendre la charge d’une loge. Selon l’acte de mariage de son fils en septembre 1920, l’immeuble dont elle s’occupe est situé au 3 bis Boulevard Victor Hugo, à Neuilly-sur-Seine.

Extrait de l’acte de mariage de Robert Frey et Emilienne Tourte Archives de Paris (13M222)

J’ignore la nature de cet immeuble mais selon le recensement de 1921, il ne s’agit pas d’un immeuble d’habitation car l’adresse n’y apparait pas. Aline est plutôt déclarée comme habitant avec sa fille Christine, ses trois petits-enfants et sa bru au 5 Boulevard Victor Hugo. Là encore, sa position de concierge fut de courte durée car en 1926, la famille Guillaumant ainsi qu’Aline n’habitent plus à cette adresse. On les retrouve en 1931 à Paris, boulevard Garibaldi alors que les trois enfants Guillaumant travaillent pour le ferronnier Paul Kiss.

Recensement de Neuilly-sur-Seine de 1921 – Archives de la Haute Seine
Immeuble de 403 bis rue de Vaugirard ou ma grand-mère était concierge

Christine, cependant, semble avoir travaillé comme concierge dans le bel immeuble Haussmannien, sis au 403 bis rue de Vaugirard, dès le milieu des années 30 et jusqu’à la fin de la guerre en 1945. Elle va mourir quelques mois après le retour de son fils en décembre 45. Entre temps, la profession s’était syndiquée et les lois avaient changé protégeant mieux les concierges des exigences et du bon (ou mauvais) vouloir des propriétaires.

Christine ne s’est jamais remariée, elle y aurait perdu sa maigre allocation de veuve de guerre mais, son amoureux avait une petite chambre de bonne dans le même immeuble de la rue Vaugirard. J’imagine qu’il l’aidait autant qu’il pouvait. Elle avait rencontré Paul Poirrier aux studios Eclipse où elle travaillait comme couturière et lui comme régisseur. De nos jours, cet immeuble sert encore d’habitation, mais le 403, à côté, a été transformé en hôtel.

D comme Démobilisation

Arrivée en gare de Paris des prisonniers de guerre libérés

Rapatrié en France le 16 mai 1945, mon père André Guillaumant a été démobilisé le 22 juin 1945 après cinq années particulièrement éprouvantes en Allemagne. La guerre était finie depuis seulement un mois mais Paris, elle était libérée depuis août 1944. À l’été 1945, ils sont des milliers à revenir, comme lui, dans leurs familles.

Un retour qui connait son lot de frustrations, de difficultés et de déceptions comme en témoigne le site consacré par Sophie Le Hay à son père Jean Caille qui fut prisonnier de guerre :

Retour en France de milliers de prisonniers de guerre

Si certains, à l’image de R. Claudel se sentent envahis de bonheur en arrivant en France et dont les retrouvailles avec ce qu’il reste de leur famille parviennent à effacer « en une minute tant attendue, cinq années d’exil et de travaux forcés », ce n’est comme pour mon père (qui semble avoir beaucoup moins souffert que lui) loin d’être le cas de tous les prisonniers de guerre. Car lorsqu’ils rentrent dans leur pays en 1945, tout a changé : la France ne correspond plus à celle qu’ils ont quittée cinq ans auparavant et encore moins à celle qu’ils ont souvent idéalisée. Apres avoir vécu la bataille de France et son lot d’horreurs, la débâcle, le statut de prisonnier exile et de nombreuses maltraitances, les bombardements des Allies, la débâcle Allemande pour un certain nombre d’entre eux, un retour le plus souvent chaotique, des files d’attente dans des centres noyés sous l’afflux de rapatriés et manquant de moyens, les prisonniers de guerre sont a bout de nerfs et terriblement déçus par l’accueil qui leur est réservé. Pourtant de nombreux ex prisonniers se sont portés volontaires pour les aides dans ces Centres, mais les rapatries ressentent l’indifférence des Français … https://www.jeancaille-prisonnier-deguerre.fr/ le_retour_des_prisonniers_de_guerre.s.htm

Ainsi, alors qu’il devait quand même s’estimer chanceux d’en revenir vivant, à moins qu’il ait aussi souffert du syndrome de l’imposteur (pourquoi ai-je survécu quand tant d’autres sont morts ?), André rentrait prématurément vieilli, et fragilisé physiquement et mentalement. Entre temps, la vie avait suivi son cours. Alors qu’il avait perdu sa grand-mère, qu’il aimait tant, le 28 mars 1939, soit juste quelques jours après son rappel pour la guerre le 20 mars 1939, à son retour c’est sa mère qu’il a retrouvée mourante. Elle décèdera à la mi-décembre de la même année. Sa soeur Gilberte vivait également des jours difficiles alors que son mari était mort un an plus tôt dans un accident de travail et qu’elle avait quatre jeunes enfants.

Difficile de retrouver ses repaires quand tout a changé et qu’il faut tout reconstruire à commencer par soi-même. Aussi, moins d’un an après son retour et probablement à l’invitation de son frère Roger, André est parti pour les États-Unis.

Paquebot Oregon de la Compagnie des Messageries maritimes

Ayant obtenu son visa de séjour de l’Ambassade américaine le 16 août 1946, il embarque une semaine plus tard le 24 août 1946 au Havre sur le paquebot Oregon qui fait la liaison Le Havre-New York pour y débarquer le 4 septembre. À son arrivée, il se déclare ouvrier mécanicien. Son frère Roger et sa femme Hazel devaient l’attendre fébrilement sur le quai. À moins qu’Hazel n’ai pas pu venir, en ces premiers jours de septembre et de rentrée universitaire.

Manifeste du paquebot Oregon enregistré à son arrivée à New-York le 4 septembre 1946

Alors qu’Ellis Island a été le point d’entrée en Amérique pendant des décennies, au sortir de la guerre, l’ile est utilisée comme camp d’internement pour les prisonniers de guerre allemands, italiens et japonais tandis que l’infirmerie sert à soigner les soldats américains. À la suite de l’afflux de détenus militaires, l’administration a été transférée à Manhattan et les visiteurs étrangers sont accueillis au port de New-York.

Plus de 750 miles ou 1200 kilomètres séparent New-York de Valparaiso

Après être restés probablement un ou deux jours à New-York, il leur restait encore une longue route de plus de 1200 kilomètres à faire pour se rendre jusqu’à Valparaiso, une petite ville universitaire de l’Indiana au sud-est de Chicago. Un trajet qui a permis aux deux frères de reprendre contact, de faire le point et de parler de leur réalité respective après huit d’années de séparation. La dernière visite de Roger et Hazel remontait à l’été 1938, celui qui avait précédé l’entrée en guerre.

Annuaire de Valparaiso 1946

Roger et Hazel sont tous les deux inscrits au bottin téléphonique de 1946. Elle comme professeur à l’université de Valparaiso, lui comme soudeur (welder) chez Robert L Miller. Ils habitent alors au 813 Mound St à quelques minutes à pied du département de Français de l’université.

Mon père nous parlait rarement de son séjour en Amérique à part pour en noter la légèreté de la vie. Il avait été frappé, entre autres, de voir que les personnes âgées, les veuves surtout, n’étaient pas habillées tout en noir comme en France et qu’elles se teignaient les cheveux en rose ou en mauve. Ces commentaires semblent faire écho à un article sur des pilotes, navigateurs, mitrailleurs, etc., français formés aux États-Unis pendant la guerre.

« Les Français qui arrivent aux Etats-Unis … sont stupéfaits. Après la guerre et les privations, ils découvrent l’affluence, le Coca-Cola et les hamburgers, les drive-in et le boogie woogie. « Tout pour nous est sujet d’intérêt et d’étonnement », écrit l’un d’entre eux. « Les magasins regorgent de produits les plus divers, tout est neuf, resplendissant, un spectacle que nous n’avions pas connu depuis longtemps ! » https://france-amerique.com/fr/when-the-free-french-forces-trained-in-the-u-s/

Si le sentiment était tel pour des militaires, ce devait l’être tout autant sinon plus pour quelqu’un ayant connu la misère des camps de travail. D’autant que l’ensemble des pays européens, dévastés par les bombardements, amorçaient une lente reconstruction alors que l’Amérique, elle avait été épargnée.

Le manifeste de l’Oregon indique qu’André comptait rester trois mois. Son frère avait certainement l’espoir qu’il serait séduit et voudrait s’installer aux États-Unis mais probablement que le changement et l’effort d’adaptation nécessaires étaient trop grands. Il devait se sentir déconnecté de cette nouvelle réalité qui s’offrait à lui.

Repartir à zéro ; oui bien-sûr ! Comment faire autrement ! Cependant, il avait déjà 31 ans et après 10 ans consacrés à l’armée ou volés par la guerre, il rêvait d’être chez lui avec les siens. Pour vivre en Amérique, Il lui aurait fallu apprendre une nouvelle langue et trouver sa place dans cette société si différente qui l’attirait sûrement par bien des aspects mais dont il ne partageait pas les valeurs.

De plus, c’était un homme de la grande ville. Se retrouver dans une petite ville d’environ 10,000 habitants (incluant la population estudiantine) dont on fait vite le tour a dû lui être bien difficile. Le sentiment d’être dépendant des autres pour tout ne devait pas être facile à vivre non plus, surtout après une si longue captivité.

J’ignore tout de son retour mais il a dû repartir fin novembre ou début décembre, juste à temps pour passer les fêtes en famille avec sa soeur et ses enfants pour lesquels il ramenait des cadeaux. Probablement en meilleure santé physique et mentale, il avait décidé de refaire sa vie à Paris, sa ville natale.

K comme Kommandos de travail

Mes articles sur la deuxième guerre mondiale ont suscité beaucoup d’intérêt de la part de plusieurs lecteurs et lectrices et même des discussions parmi les « anciens » de ma famille. Entre autres, deux cousines de plus de 80 ans qui ont connu cette époque-là, ont assisté au retour de mon père André Guillaumant et qui peuvent encore témoigner de ce qu’elles ont vu et entendu. Ainsi, j’ai reçu récemment des témoignages qui m’ont amenée à explorer de nouvelles pistes. Mon cousin Louis m’a envoyé le 15 octobre dernier cette information qui était nouvelle pour moi :

« … Il était à DESSAU-ROSSLAU sur l’ELBE dans le Land Saxe-Anhalt. Les américains bombardent la ville qui est un centre de production aéronautique pour le compte de la Luftwaffe. Ils occupent la ville le 24/04/1945. André est métallurgiste et travaille comme prisonnier de guerre dans l’usine JUNKERS. »

Cela allait m’amener à revisiter la question complexe des kommandos qu’on a dénombré par milliers et qui ont été extrêmement divers tant dans les tâches et les types de travaux demandés que dans leur organisation et les conditions de vie qui y étaient associées.

Le plus grand nombre des prisonniers a été envoyé en kommandos. Certains grouperont plusieurs centaines d’hommes, logés dans des baraquements préfabriqués ou dans des hangars, ne disposant que d’un maigre éclairage, d’un chauffage incertain et de quelques commodités. Ils sont, dans les premiers mois, strictement gardés. La discipline y est rigoureusement militaire, la nourriture monotone et déficiente. Chaque jour, sous la conduite de soldats ou de civils portant brassard, des équipes, dont la composition tend à devenir régulière, se rendent au travail dans les usines ou les ateliers voisins. Dans d’autres kommandos, l’effectif se réduit à quelques prisonniers, surveillés bien vite avec désinvolture par un seul soldat, enfermés, le soir, dans une écurie, une soupente, le bâtiment annexe d’une ferme, une pièce isolée, aux fenêtres clouées, garnies de barbelés. A partir de 1942, des prisonniers logeront chez leurs employeurs, tel avec tous les privilèges possibles, tel autre dans des conditions pénibles. La typologie des kommandos est d’une grande complexité. http://www.histoire-en-questions.fr/vichy%20et%20occupation/prisonniers/kommandos.html

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Carte des stalags XI A et B
Dessau y est représenté au sud du Stalag XI A

Vérification faite, l’usine Junkers était bien située à Dessau à environ 40 kilomètres au sud du Stalag XI A qui était le Stalag le plus proche. Vu la distance et la dizaine d’heures de travail qui était exigée chaque jour, les prisonniers devaient vivre sur place. De plus, il semble que des prisonniers venaient également d’autres camps dont certains ont acquis une réputation bien pire que le Stalag XI A. Ainsi, l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos et le site Mémoires de guerre confirment qu’entre les années 1944 et 1945, il y a eu plusieurs kommandos de travail à Dessau et à l’usine Junkers dont deux au moins en provenance du camp de Buchenwald.

Dessau (Des) Kommando du KL Buchenwald
Deux Kommandos sont installés dans cette ville. Le premier est ouvert fin juillet 1944 dans les usines d’avions « Junkers und Motorwerke AG» et « Flugzeug Strammwerk Dessau ». Il est fermé en novembre 1944. Le second Kommando est créé le 26 octobre 1944 au sein de l’usine de wagons DWF. En janvier, il compte déjà près de 350 détenus. Après les bombardements de la ville du début du mois de mars 1945, les détenus doivent déblayer les décombres. Le Kommando est évacué le 11 avril 1945 par péniche vers les Sudètes.
http://memoiredeguerre.free.fr/lieux-dep/lieux-deport.htm

Ouverture du Kommando de Dessau 1: 25 juillet 1944; Fermeture : Novembre 1944; Effectifs : 50 hommes; Activités : Travail au sein des usines d’avions Junker und Motorwerke AG, et de l’usine Flugzeug Strammwerg Dessau. Ouverture du Kommando de Desau II : 26 octobre 1944 Évacuation : 11 avril 1945 Activités : Travail au sein de l’usine de wagons DWF (Dessauer Wagon Fabrik); Le kommando qui travaillait chez JUNKERS fonctionna du 23 juillet jusqu’au mois de novembre 1944. Dans la nuit du 7 au 8 mars, la ville de Dessau fut lourdement bombardée et quasiment détruite, à l’exception des baraquements des déportés du kommando DWF. Leur nouveau travail fut donc de déblayer la ville de ses décombres. Le travail en usine ne put jamais reprendre. La ville de Dessau et donc ses kommandos furent libérés par les Américains entre le 20 et le 22 avril 1945. https://asso-buchenwald-dora.com/le-kommando-de-dessau/

Vue aérienne des terrains de la société Junkers en 1935 https://www.forgottenairfields.com/airfield-dessau-385.html

Junkers est une société métallurgique allemande créée en 1895 par Hugo Junkers qui a construit en 1915 le premier avion entièrement en métal. Junkers a également une filiale Junkers Motorenwerke (Jumo) qui construit des moteurs d’avions. Vers 1923, Junkers qui connait des problèmes financiers vend la compagnie d’aviation au gouvernement allemand alors que Jumo devient une compagnie autonome.

Usine d’assemblage de moteurs Junkers https://www.pinterest.co.uk/pin/707698528918567730/

Bien sûr, durant la seconde guerre mondiale les deux entreprises faisaient partie de l’effort de guerre allemand. Alors que les entreprises Junkers ont déjà employé 38,000 personnes, j’ignore combien y travaillaient durant la guerre et quelle était la composition de la main d’oeuvre que côtoyait mon père. Les superviseurs étaient probablement allemands mais tous les travailleurs étrangers étaient-ils des prisonniers de guerre comme mon père ou encore des étrangers venant des territoires occupés et réquisitionnés sous le Service du Travail Obligatoire (STO) ? Employait-on aussi des ouvriers allemands trop âgés pour aller au front et des ouvrières allemandes ? De plus, j’ignore combien de temps il y a travaillé, son rôle et quelles étaient ses conditions de travail.

Ateliers Junkers à Dessau en 1938 https://www.forgottenairfields.com/airfield-dessau-385.html

Comme je l’ai mentionné, de tous les kommandos auxquels mon père a été affecté durant ses cinq ans de détention en Allemagne, celui à la ferme est celui qu’il avait préféré probablement car il avait de meilleures conditions de détention. Il y mangeait mieux, passait du temps à l’extérieur et retrouvait un environnement familial en côtoyant une famille allemande qui devait grandement lui manquer. En revanche, du point de vue de l’utilisation de ses compétences et des défis professionnels, je pense que les ateliers Junkers ont dû le convaincre de poursuivre dans le domaine car plusieurs années après son retour en France, il va être embauché par la compagnie métallurgique Rateau où il passera l’essentiel de sa vie professionnelle.

Mais revenons à ces bombardements qui ont tant impressionné mon père. Mon cousin Louis m’en parlait justement dans son courriel :

« Souvenir : il louait avec notre mère à Moisson une petite maison où il passait ses vacances avec nous. Nous étions dans la chambre. Un orage éclate. Ton père me prend dans ses bras, et prend Françoise et Michèle et il nous serre tous les trois dans ses bras. Michèle me dit, je le sentais trembler, très étonnée car ce n’était qu’un orage. C’est beaucoup plus tard que j’ai compris que des souvenirs de bombardements l’avaient envahi. Il y avait eu à Dessau un bombardement avec des bombes au phosphore et lorsqu’ils étaient sortis de l’abri où ils étaient, ils ont vu les gens en flammes courir dans les rues. Cela l’avait traumatisé et c’est vraiment le seul évènement dont il nous parlait.« 

Photo de repérage prise en 1944 IFA désigne les ateliers aéronautiques et Jumo l’usine de moteurs https://www.forgottenairfields.com/airfield-dessau-385.html

En 1944 et ce jusqu’à la victoire au printemps 1945, les bombardements alliés sur des cibles stratégiques comme des usines d’équipement et d’armement allemands s’étaient intensifiés. Dessau et ses installations stratégiques faisaient l’objet de repérage puis de bombardements même si on savait que des prisonniers de guerre y travaillaient. Ainsi en août 1944, la ville a été bombardée et même si les dégâts matériels rapportés par les manufactures sont mineurs, les hangars beaucoup plus vulnérables et les avions qu’ils abritent ont été détruits. Il y en a probablement eu plusieurs autres bombardements comme celui de début mars 1945 mentionné précédemment. Chacun générant un traumatisme engendré par l’angoisse et la peur de ne pas en sortir vivant surtout si sous leurs yeux des gens étaient transformés en torches vivantes. Quelle façon atroce de mourir !

Même si ça a dû le hanter pendant bien des années, je ne me souviens pas avoir déjà vu mon père trembler durant un orage. D’habitude, on se mettait à la fenêtre pour voir les éclairs déchirer le ciel, je ne me souviens pas s’il nous rejoignait mais il nous laissait faire. Par contre, je comprends mieux son intérêt pour le domaine de l’aviation. Il nous emmenait souvent au Salon international de l’aéronautique et de l’espace qui se tenait chaque année au mois de juin à l’aéroport du Bourget.


U comme Urgence! Urgences!

Période révolutionnaire : Eugène Béricourt, Repas fraternel en l’honneur de la liberté, Paris, 1794,
Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France

En généalogie, on rassemble tant de documents qu’il est bon de revisiter certains d’entre eux de temps à autre. C’est ainsi que je suis tombée sur cet acte de mariage de mes ancêtres directs de 6e génération : Jean Charles Barthélemy Guillauman et Marie Jeanne Gervaise datant du 28 août 1792. 

L’acte figurant au registre de l’église St Nicolas de Meung-sur-Loire se lit comme suit :

Archives départementales du Loiret – Meung-sur-Loire (paroisse Saint-Nicolas)
Baptêmes, Mariages, Sépultures : registres paroissiaux (1786-1792) page 185/214

M (Mariage) Jean Charles Barthelemi Guillauman Marie Jeanne Gervaise Le vingt huit août mil sept cent quatre vingt douze après la publication d’un ban seulement canoniquement faite dans cette paroisse sans opposition ou empêchement quelconque, dispense des deux autres obtenue par les parties intéressées, de monsieur l’évêque du département du Loiret en date du vingt sept des mois et an susdits, signé « sceptiec vie-epis » (?) et plus bas Voillaume fre (frère), les fiançailles célébrées immédiatement avant le mariage d’après la permission à nous accordée.

Archives départementales du Loiret – Meung-sur-Loire (paroisse Saint-Nicolas)
Baptêmes, Mariages, Sépultures : registres paroissiaux (1786-1792) page 186/214

Je prêtre vicaire, soussigné, vu le consentement du père de la future dont la procuration est cy jointe, duement contrôlée et enregistrée, ai pris le mutuel consentement de Jean Charles Barthélemy Guillauman, fils majeur de défunt Jean Guillauman et Marie Drapeau d’une part et de Marie Jeanne Gervaise, fille mineure de Nicolas Gervaise et Jeanne Cresset tous deux de cette paroisse d’autre part, puis les ai conjoins en légitime mariage par paroles de présent et leur ai solennellement donné la bénédiction nuptiale en présence du côté de l’époux de Marie Espérance Clessis belle-mère, de Marie Marguerite Guillauman soeur, de Mathieu Guillauman son oncle, de Joseph Bertin aussi oncle, André Bonté et Louis Chicoineau cousins issus de germains et de Anne Chapeau, tante. Et en présence du côté de l’épouse de Nicolas Gallard, fondé de procuration, de Jeanne Creuset mère, de Nicolas Joseph  Gervaise son frère, de Louis Joseph Gervaise aussi frère, de Marie Magdeleine Cresset tante et d’autres parents et amis dont plusieurs ont signé avec nous ainsi que l’époux et l’épouse.Signatures: J+B+C Guillaument, Marie Jeanne Gervaise, Nicolas Joseph Gervaise, Louis Joseph Gervais, Jeanne Cresset, Nicolas Gallard, Marie Madeleine Cresset, Marguerite Guillauman, François Letermes, André Bonté, Louis Chicoino, Festier vicaire. 

La procuration rédigée par le père de la mariée la semaine précédente et attachée au registre n’explique pas l’absence du père de la mariée qui a probablement eu recours à un notaire ou à un écrivain public. Les derniers mots écrits de sa main sont laborieux soit par manque d’instruction, soit peut-être à cause de la maladie. Il est alors âgé de cinquante-huit ans et vivra encore une quinzaine d’années.

Archives départementales du Loiret –
Meung-sur-Loire (paroisse Saint-Nicolas)
Baptêmes, Mariages, Sépultures : registres paroissiaux (1786-1792) page 184/214

Je soussigné Nicolas Gervaise, marchand chairtcutier (de nos jours charcutier) demeurant à Meung sur Loire paroisse de St Liphard donne pouvoir à Nicolas Gallard, cordonnier demeurant à Meung-sur-Loire paroisse de St Liphard, de pour moi et en mon nom assister à la célébration de mariage de Marie Jeanne Gervaise ma fille et de Jean Charles Barthélemy Guillauman scieur de long fils majeur de défunts Jean Guillauman vivant scieur de long audit Meung et de Marie Chapeau sa mère, qui aura lieu le 28 des présents mois et ans, de donner son consentement et de signer pour moi en vertu des présentes partout où besoin sera et généralement faire à ce sujet tout ce qui conviendra faire. A Meung le 20 août 1792. Et autographié par le signataire : approuvé d’écriture … Nicolas Gervaise  Dans la marge gauche on peut lire : registre à Meung le vingt six août 1792  … vingt sole ( probablement pour les frais d’enregistrement)

Donc, en ce mardi 28 août 1792, il y avait urgence au point d’obtenir une dispense pour deux des trois bans réglementaires, célébrer le mariage dès le lendemain de l’obtention de cette dispense et les fiançailles le jour du mariage au lieu de la veille selon la tradition régionale. Jean Charles Barthélemy a alors vingt-neuf ans et Marie Jeanne vingt ans et presque dix mois.

La raison de cette hâte nous est probablement révélée dans un autre acte enregistré exactement dix semaines plus tard alors qu’on apprend la naissance de leur fils aîné Louis Charles Joseph Guillauman le vendredi 9 novembre 1792.

Archives départementales du Loiret – Meung-sur-Loire (paroisse Saint-Nicolas)
Baptêmes, Mariages, Sépultures : registres paroissiaux (1786-1792)
page 197/214

B (Baptême) Louis Charles Joseph Guillauman Le neuf novembre mil sept cent quatre vingt douze a été par nous, soussigné, baptisé Louis Charles Joseph, né ce jour, sur cette paroisse, du légitime mariage de Jean-Charles-Brthelemi Guillauman et Marie-Jeanne Gervais. Le parain a été Louis Joseph Gervais, oncle de l’enfant et la Maraine Marguerite Guillauman, tante, qui ont signé avec moi. S. Marguerite Guillaument Louis, Josephe Gervaise, Maillot vic.

Mais revenons à ce mariage célébré fin août 1792. La mariée est à quelques semaines d’accoucher. On peut se demander ce qui justifie un tel retard. Il y a fort à parier que de nombreuses discussions et négociations ont pris place. Mais ça les registres ne le mentionnent pas. 

On sait cependant que toute femme non mariée était tenue de faire une déclaration de grossesse aux autorités. Instituée en 1556 par un édit d’Henri II, pour limiter les infanticides et abandons, cette déclaration formalisait une pratique datant du moyen-âge permettant aux femmes séduites d’obtenir sinon le mariage, à tout le moins le support financier du père de l’enfant consistant de frais de gésine pour les frais d’accouchement incluant la sage-femme ou le chirurgien et de frais de subsistance pour l’enfant.

Extrait, page 66, de l’article de Marie-Claude Phan : Les déclarations de grossesse en France (XVIe-XVIIIe siècles) : essai institutionnel Perséo 1975- 22-1 pp. 61-88

« Les coutumes en effet attestent – et de façon patent – la pratique de déclarations, mais d’une finalité bien différente. En vertu des anciennes règles « qui fait l’enfant doit le nourrir » et « duc vel dota », les filles grosses peuvent introduite une requête afin d’obtenir du séducteur, le paiement des frais de gésine ou l’entretien de l’enfant – les modalités de démarches variant selon les lieux. Le plus généralement, semble-t-il, une déclaration, faite sous serment par la fille enceinte oblige le père désigné à contribuer aux frais immédiats » …

Extrait, page 85, de l’article de Marie-Claude Phan : Les déclarations de grossesse en France (XVIe-XVIIIe siècles) : essai institutionnel Perséo 1975- 22-1 pp. 61-88

« …En revanche le recours contre le séducteur se révèle un moteur aussi puissant qu’universel, et dans de très nombreux cas manifestement, il justifie seul la démarche. Les déclarations faites à Carcassonne enseignent que souvent un laps de temps important s’écoule entre le moment ou la fille se reconnait enceinte et celui de la déclaration. Celui-ci en revanche suit, en généralement de peu, un évènement tel que fuite du séducteur, rupture, menaces diverses, fiançailles ou mariage de celui-ci avec une autre ; donc tant que les relations entre amants sont bonnes, que la fille espère obtenir ce qui lui a été promis – mariage, entretien -, elle ne fait aucune démarche ; survient un fait qui lui laisse peu ou pas d’espoir, et la voilà qui se présente devant le juge afin d’obtenir une provision, de décider un amant hésitant ou de fléchir des parents réticents. »

Dans le cas qui nous intéresse, Marie Jeanne a obtenu bien plus que des frais de subsistance pour son fils. Le couple aura huit enfants, quatre filles et quatre garçons sur une période de neuf ans. Au moins deux mourront en bas âge et une autre avant de pouvoir fêter ses dix-huit ans. À sa mort en mai 1828, Marie Jeanne n’a que cinquante-neuf ans et ils ont déjà onze petits enfants. Au total, ils en naitra pas moins de trente trois.

Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Quelques jours avant la naissance de Louis Charles Joseph, soit le mardi 23 octobre 1792, la famille était à nouveau réunie pour célébrer un nouveau mariage aux procédures quasiment identiques à celui du 28 août.

Archives départementales du Loiret – Meung-sur-Loire (paroisse Saint-Nicolas)
Baptêmes, Mariages, Sépultures : registres paroissiaux (1) (1786-1792) page 193/214

M (Mariage) Urbin Félix Marquis et Marie Marguerite Guillauman Le vingt trois octobre mil sept cent quatre vingt douze après la publication d’un ban canoniquement faite tant dans cette paroisse que dans celle de St Georges l’Homme diocèse de Tours, dispenses des deux autres obtenues de Mr l’évêque du département du Loiret en date du vingt deux du courant signé « sceptiec vie-epis » (?) et plus bas Voillaume fre (frère) pour la future et également pour le futur de Mr l’évêque d’Indre et Loire en date du onze du présent mois signé + Saboir (?) évêque sans empêchement ni opposition quelconque comme il compte par le certificat du fre curé de St Georges l’Hommes en date du huit du présent mois et au porté sur la dispense de Mr l’évêque de Tour, les fiançailles célébrées immédiatement avant le mariage d’après la permission à nous accordée. Je prêtre vicaire soussigné vu la procuration de la mère du futur cy jointe dument contrôlée et enregistrée le neuf du présent mois et an ai pris le mutuel consentement de Urbin Félix Marquis boulanger, fils mineur de défunt René Marquis et de André Defaix de fait de cette paroisse et de droit de celle de St Georges d’Hommes d’une part, et de Marie Marguerite Guillauman fille aussi mineure de défunts Jean Guillauman et de Marie Drapeau de fait et de droit de cette paroisse d’autre part, puis les ai conjoins en légitime mariage par paroles de présent et leur ai donné solennellement la bénédiction nuptiale en présence du côté de l’époux de Guillaume Meunier fondé de procuration de Nicolas Gaillard et Pierre François Pougon amis, du côté de l’épouse en présence de Jean Charles Bartelemi Guillauman son frère, de Louis Chicoineau cousin, de Marie Espérance Clessis sa belle-mère, de Marie Jeanne Gervais, de Marguerite et Marie Anne Croyer et d’autres parents et amis qui sont les soussignés ont dit ne le savoir de ce enquis. Signé : Marguerite Guillaumant, Guillaume Meunier, J+C+B Guillaument, Louis Chicoineau et ? Gallard, François Pougon, Marie Anne Gervaise, Marie Esperance Clesis, Marguerite Croyez, Marieanne Croyer, Sestier ou Festier (?) Vicaire

LE 10 AOÛT 1792. Gerard, Baron François (1770-1837)
© Photo RMN-Grand Palais – J.-G. Berizzi

Toutefois, à moins que la mariée ait fait une fausse couche dans les jours et semaines ayant suivi, l’urgence semble tout autre. Car en 1792, on est en pleine période révolutionnaire et bien des choses changent très rapidement. Ainsi quelques mois plus tôt, soit le 10 août 1792, la monarchie française est tombée, le roi et sa famille ont été arrêtés et emprisonnés après une émeute sanglante. Le 22 septembre, la république a été proclamée. La France connaît aussi des changements au niveau légal avec l’adoption de nouvelles lois civiles et pénales concernant, entre autres, le droit de la famille incluant le divorce, les héritages et les droits des enfants nés hors mariage.

Le mariage d’Urbin et de Marie Marguerite sera un des derniers célébrés à l’église St Nicolas et le baptême de Louis Charles Joseph Guillauman sera le dernier acte enregistré au registre par le curé vicaire.

Archives départementales du Loiret – Meung-sur-Loire (paroisse Saint-Nicolas)
Baptêmes, Mariages, Sépultures : registres paroissiaux (1786-1792) page 197/214

13-9-1792 Arrêté Le présent registre arrêté par nous maire de la ville de Meung au … de l’inventaire fait de la totalité des registres de la … … … … de Saint Liphard…, Par nous accompagnés du greffier ord. de la ville, ce treize novembre mil sept sent quatre vingt douze, l’an premier de la République pour être déposé conformément à la loy du 20 septembre dernier. Les officiers publics nommés par procès-verbal du 13 novembre 1792 sont les Citoyens Dubois Thevanne de Meung – Louis Allard du Bardon – et Jean Agou de la Nivelle.

Dès la mi-novembre 1792, les registres faisant état des baptêmes, mariages et sépultures sont réquisitionnés par les autorités civiles. À partir de ce moment l’administration de l’état civil en France devient la responsabilité des maires et de leurs adjoints. On ne parle plus de baptêmes mais de naissances, ni de sépultures mais de décès. Avec l’emphase maintenant mise sur l’identification précise des individus, les déclarations se formalisent et commencent à fournir beaucoup plus d’informations sur les parties prenantes.

Z comme de Zéphirin à Aline

Saint Zephirin, pape et martyr
Sainte Aline


Depuis le début de ma recherche et de mon blogue, j’ai reçu plusieurs commentaires sur tous ces prénoms anciens dont certains ont complètement disparu alors que d’autres sont revenus à la mode. Je me suis donc prêtée à l’exercice de les répertorier pour voir si je pouvais avoir des correspondances pour chaque lettre de l’alphabet.

J’ai commencé par mes ancêtres directs indiqués en italique et en gras (dans le tableau ici-bas) mais comme plusieurs lettres manquaient, j’ai élargi l’éventail pour répertorier l’ensemble des prénoms de ma famille. Le seul critère étant d’apparaître sur une des nombreuses branches ascendantes de mon arbre généalogique. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’on y retrouve plusieurs prénoms étrangers soit d’origine allemande pour mes ancêtres lorrains, italienne pour les aïeuls de ma branche maternelle ou encore anglais pour les ancêtres d’origines irlandaise, écossaise ou anglaise des familles américaines ou canadiennes.

Il s’en dégage aussi une grande variété de prénoms correspondant souvent à des modes régionales ou périodiques. Ainsi, certains prénoms sont spécifiques à certains lieux. Par exemple, les huit Barbe de ma famille viennent toutes du nord-est de la France et ont vécu vers la fin du 17e ou le début du 18e siècle; les deux Catarne sont du Loiret enfin les cinq Scholastique ou Scolastique ont surtout vécu dans les années 1800 et dans le Nord-Pas-de-Calais. Il en va de même pour des prénoms comme Eudonie, Clotine, Preuve ou Lievin surtout populaires dans le Nord de la France.

Ces concentrations dans des régions spécifiques sont souvent représentatives de vogues liées à un individu comme Mesmin qui fut le premier abbé du diocèse d’Orléans ou Ottilia, patronne de l’Alsace. D’ailleurs plusieurs prénoms répertoriés sont nettement à caractère religieux comme Vincent de Paul, Esprit, Célestin et Archange ou référent à des prélats de l’église comme Urbain qui fut pape ou Vrain qui était évêque.

D’autres prénoms sont très populaires à travers les différentes régions de France. Ainsi, pour les femmes, Marie et Anne (associés ou séparés) sont si répandus qu’ils ont été, au moins en partie, à l’origine de la Marianne républicaine de la révolution française qui est aussi symbole de liberté, un principe cher aux révolutionnaires. S’il y a trop de Marie et trop de Anne pour que je puisse les compter, cinq de mes ancêtres directs et une trentaine de parentes plus ou moins éloignées portent ces deux prénoms.

Illustration de Jeanne d’Arc créée en 1754 donc trois siècles après sa mort

Similairement, le prénom Jeanne est probablement attribuable à l’immense popularité de Jeanne d’Arc qui perdure depuis le 15e siècle. Encore de nos jours, presque chaque ville de France a sa statue de Jeanne d’Arc. Ce prénom est porté par plus d’une vingtaine de mes ancêtres directes, sans parler des autres parentes éloignées. Quant à Françoise, prénom féminin que l’on retrouve également à travers l’ensemble de la France, s’il n’a cessé de baisser en popularité du 17e siècle jusqu’au début du 19e, il n’en est pas moins porté par une quarantaine de mes parentes ainsi que par onze de mes ancêtres directes.

La même tendance se remarque du côté des hommes. Si Joseph et Jean sont de loin les plus populaires ; d’autres comme Nicolas, Jacques, Baptiste et Claude se retrouvent également sur l’ensemble du territoire. Ainsi, dix-neuf de mes ancêtres directs ainsi qu’une bonne vingtaine d’autres parents s’appellent Nicolas ; j’ai aussi compté vingt-six Jacques dont cinq ancêtres directs et six Jacob (équivalent allemand) dont deux ancêtres directs ; une vingtaine se prénomment Jean Baptiste incluant sept ancêtres directs.

Certains prénoms portés par les hommes comme par les femmes sont particulièrement populaires comme Claude qui est aussi associé à Jean et à Marie. Sur une trentaine de Claude dix sont des ancêtres directs masculins ainsi que deux Jean-Claude. Pour les femmes, j’ai répertorié quatre Claude incluant deux ancêtres directes ainsi que quatre Marie Claude dont deux ancêtres directes, sans compter les nombreux dérivés comme Claudette, Claudine, Clotine, Clotilde, etc.

De plus, il n’est pas rare de retrouver la même personne prénommée de façons différents au fil des actes. Parfois, il s’agit d’un diminutif comme Isabelle et Isabeau, parfois d’un autre prénom donné à la naissance comme Marie Anne qui peut apparaître comme Marie ou Anne selon les actes. D’autre fois, il s’agit d’un surnom adopté par la personne comme pour Victorine Judasse qui se faisait appeler Aline, probablement en l’honneur d’une enfant perdue.

Portraits de Napoléon par Dabos (Apsley House, London) et de Joséphine par Gros (Musée national du Château de Malmaison)

D’autres prénoms bénéficient clairement de la faveur du jour ou de l’époque ainsi quand les princes et souverains sont prénommés Auguste et Louis ou encore Napoléon on est assurés de retrouver ces prénoms en grand nombre sur les baptistères ou actes de naissance.

Le prénom Louis, qui fut si longtemps celui des rois de France, est presque aussi populaire dans sa forme féminine que masculine. En tout, j’ai répertorié une cinquantaine de Louise dont douze ancêtres directes et environ une centaine de Louis dont dix ancêtres directs.

Napoleon III (1808-1873) et
son épouse la princesse Eugenie (1826-1920)

En ce qui concerne le prénom Napoléon qui a connu son apogée vers les années 1808, sa popularité s’est maintenue durant tout le 19e siècle, avec non seulement Napoléon Bonaparte mais aussi Napoléon III (1808-1873). Il est finalement tombé en désuétude au début du 20e siècle. C’est justement vers 1807-08, qu’il a été attribué à deux de mes ancêtres qui portent ce prénom.

Il en est de même pour les prénoms associés à des reines ou princesses comme Adelaïde, Eugénie, Joséphine et Antoinette. Cet engouement était encore plus évident quand il y avait un lien avec la région. Voici, par exemple, un extrait intéressant d’un article au sujet du Chemin des Dames long d’une vingtaine de kilomètres et situé dans l’Aisne, non loin des villages de mes ancêtres soit Pargny-Filain, Monampteuil, Crouy, Pancy-Courtecon ou Bouconville-Vauclair.

Portrait de Madame Adelaïde
Anonyme Français XVIIIe
Musée des Beaux-arts
de la ville de Reims.
Photo : C. Devleeschauwer

« …le Chemin des Dames porte un nom associé à la douceur de vivre. Les dames en question, deux filles du roi Louis XV, se sont promenées à la fin du XVIIIe siècle, sur cette voie au sud-est de Soissons. Elles rendaient visite à une ancienne favorite de leur père – une duchesse qui avait à peu près leur age. L’aînée de ces princesses s’appelait Adelaïde et la cadette… Victoire! » https://www.caminteresse.fr/histoire/a-quelles-dames-fait-allusion-le-chemin-des-dames-11120320/

J’ai pu répertorier dans ma famille élargie quatre Adelaïde dont deux spécifiquement de la région ainsi que six Victoire et sept Victorine incluant mon arrière-grand-mère. Une fois le prénom donné, il était souvent transmis de mère en fille ou de père en fils.

Autre particularité à noter, certains prénoms qui de nos jours sont clairement identifiés comme étant soit masculins, soit féminins étaient autrefois portés par les deux sexes comme Joseph et Josephe ou comme Marie ou Ludovic qui sont donnés aux hommes comme aux femmes.

De plus, il y a ces prénoms qui référent à des qualités comme Aimable, Clémence, Fidel, Honoré, Modeste, Pacifique ou Prudence ou encore à des souhaits comme Aimée, Bien Aimé, Dieudonné et Espérance. Que dire quand, comme c’est le cas de ce parent par alliance, on donne justement à l’enfant les prénoms de Bien Aimé Dieudonné ? Ont-ils pour but de le protéger et de servir de porte-bonheur ? Sont-ils donnés en reconnaissance de la concrétisation de nombreuses et ardentes prières ? Peut-être bien les deux !

Si on examine la popularité des prénoms en fonction de l’alphabet, on constate que si les prénoms commençant par les dernières lettres de l’alphabet sont plutôt rares, ceux commençant par un A sont définitivement les plus populaires avec 41 différents prénoms féminins et 34 masculins. Viennent ensuite les prénoms en E avec 30 prénoms féminins et 18 masculins suivis de ceux en C avec 31 prénoms féminins et 12 masculins, puis viennent les M avec 20 prénoms féminins et 14 masculins et les L avec 16 prénoms féminins et 14 masculins.

Enfin, j’ai jeté un coup d’oeil à l’ensemble des prénoms donnés aux jeunes de ma famille de moins de 40 ans donc nés dans les dernières vingt années du 20e et les vingt premières du 21e siècle. On retrouve des prénoms qui reviennent à la mode ainsi que ceux qui ne se sont jamais démodés ou encore des régionaux et des originaux. Les constatations émises plus tôt au sujet des préférences pour les prénoms en A et C se confirment une fois de plus. Les voici en ordre alphabétique, mais toujours en remontant l’alphabet et en marquant en italique et en gras ceux partagés avec nos ancêtres. Ainsi, j’ai trouvés parmi les enfants, petits enfants, petits neveux et petits cousins de mon arbre : Zoé, Zacharie, Valentin, Timothée, Skye, Sara, Sacha, Raphaël, Pierre, Olivia, Maude, Mathieu, Lachlan, Kana, Gabriel, Ève, David, Corto, Clotilde, Clark, Claire, Célian, Cantin, Baptiste, Axel, Aurélien, Aurélie, Arthur, Amélie, Alexis, Alexandre, Alexander, Ainsley, Agathe.

ZF
M
Zoé, Zélie, Zénaïde
Zacharie, Zéphir, Zéphirin
YF Yvonne
XM Xavier
WM William
VF
M
Victorine, Valantine, Véronique, Vertu, Victoire, Virginie
Valérien, Victor, Vincent de Paul, Vrain
UF
M
Uranie, Ursule
Urbin, Ursin
TF
M
Thoinette, Thérèse
Théobald, Thiebault, Thomas, Toussaint, Théodule, Théodore Théophile, Trustum
SF
M
Séraphine, Simonne, Solange, Sarah, Scholastique, Séraphine, Sidonie, Sophie, Stella, Stéphanie, Susan, Susanna, Suzanne
Sébastian, Sébastien, Samule, Séraphin, Servais, Séverin, Sidney, Simon, Solomon, Stanislas, Stephen, Sulpice
RF

M
Rosalie, Rose, Rebecca, Reine, Régina, Regnier, Rémy, Renée, Rolande, Roze, Ruth
Robert, Raymond, Rémi, Rémy, Renaut, René, Roger, Romain, Rollen
QM Quentin
PF
M
Pironelle, Prudence, Pascaline, Pasque, Pauline, Pélagie, Phanie, Philippine, Phebe, Pironne, Polly, Preuve
Paquet, Pierre, Pieter, Philippe, Prosper, Pacifique, Pascal, Paul, Paulin, Patrick, Peter, Philibert, Philogone, Placide
OF
M
Ottilia, Octavie, Olga
Olivier, Octave, Omer, Onésime
NF
M
Nicole, Noëlle, Nancy, Nicolarde
Nicolas, Napoléon, Narcisse, Nichol, Nickel, Nicolaus, Noël
MF

M
Madeleine, Magdalena, Magdeleine, Magdlen, Marguerite, Maria, Marie, Martine, Marcelle, Marcelline, Marianne, Margreth, Marjorie, Mathilde, Maude, Mauricette, Mélanie, Michèle, Michelle, Mildred
Marcel, Martin, Matthieu, Maturin, Michel, Marc, Marcellin, Maurice, Mathias, Mesmin, Mike, Modeste, Moïse, Moritz
LF
M
Lola, Louise, Laurence, Laure, Lazarette, Léa, Léontine, Lilianne, Lisa, Loïs, Louison, Louyse, Lucie, Lucienne, Ludovic, Lydie
Louis, Laurent, Leonard, Lorentz, Lorenz, Lazare, Léon, Léopold, Lievin, Lorenzino, Louys, Lucien, Ludovic
KM Kaspar
JF
M
Jacqueline, Janine, Jeanne, Joseph, Josephe, Joséphine, Jean, Julia, Julie, Julienne, Juliette, Justine, Juvence
Jacob, Jacques, Jean, Johann Johannes, Joseph, Julien, James, Joachim, Joh, John, José, Jost, Jules
IF
M
Izabelle, Irène, Isabelle, Isaie
Ignace, Ildephonse, Iréné, Isaac, Isidore
HF

M
Hélène, Henriette, Hannah, Hazel, Hersilie, Heuphrosine, Honorine, Hortense, Huguette
Hans, Henry, Hippolite, Heinrich, Henri, Honoré, Hubert
GF
M
Gabrielle, Geneviève, Gertrude, Georgette, Gerardine, Germaine, Gilberte, Ginette, Gisèle, Guylaine
Gaspard, Georges, Gilles, Gobert, Gustave, Gabriel, Georg, Gérard, Germain, Ghislain, Grégoire, Guillaume, Guy
FF
M
Félicité, Flore, Florentine, Florette, Françoise, Fedora, Félicie, Fernande, Fideline, Florence, France, Frances
Félix, François, Frédéric, Friedrich, Ferdinand, Fernand, Fidel, Florentin, Fobes, Francis, Franklin, Fritz
EF

M
Élie, Elisabetha, Élisabeth, Élise, Étiennette, Éva, Edmée, Éléonore, Élisa, Ella, Ellen, Elnora, Eloïse, Élouasine, Émilia, Emélie, Émilie, Émilienne, Emmanuelle, Ermance, Ernestine, Espérance, Estelle, Esther, Etiennette, Eudonie, Eugénie, Eulalie, Euphémie, Euphrosine
Edmé, Édouard, Eloi, Éloy, Esposito, Estienne, Étienne, Earl, Edmond, Edward, Elias, Elie, Elisée, Émile, Emmanuel, Erman, Ernest, Esprit, Eugène
DF
M
Danièle, Dauphine, Delphine, Denise
Denis, Dietrich, Dana, Daniel, Darius, David, Désiré, Dieudonné, Dominique, Duane
CF



M
Catharina, Catherine, Célestine, Charlotte, Chrestienne, Christina, Christine, Claude, Claudine, Clotilde, Clotine, Camille, Carol, Catarne, Cathleen, Cécile, Célina, Céline, Césarine, Christiane, Claire,Clarisse, Clauda, Claude, Claudette, Clémence, Clémentine, Colette, Constance, Corinne, Crépine
Charles, Christophe, Claude, Constant, Casimir, Célestin, César, Charlemagne, Clarence, Cléomène, Constantin, Crépin
BF
M
Barbara, Barbe, Brigitte, Batilde, Benoite, Bernardine, Bernice, Bertha, Berthe, Blanche
Baptiste, Bastian, Barthelemy, Benoit, Blaise, Basile, Barthelemis, Bartholomé, Bélizaire, Benjamin, Bernard, Bien Aimé, Brice
AF


M
Agnès, Aline, Ane, Anna, Anne, Antoinette, Augustine, Adélaïde, Adèle, Adeline, Adelphine, Adie Adrienne, Agathe, Aglaé, Aimée, Albertine, Alexandrine, Alphonsine, Amanda, Amandine, Anaïs, Anastasie, Andréa, Angèle, Angélique, Ann, Annette, Annie, Appoline, Archange, Armance, Arsenne, Aseline, Athanaïs, Aubertine, Audrey, Augustine, Aurélie, Azeline, Azenia
Abraham, Adam, Adrien, André, Annet, Anthny, Antoine, Aaron, Abram, Achille, Adolphe, Aimable, Aimé, Alain, Albani, Albin, Alcide, Aldebert, Adolphe, Alexandre, Alexis, Alfred, Ali, Alphonse, Ambroise, Amédée, Anatole, Andrew, Anselme, Armand, Arsène, Arthur, Auguste, Augustin
Liste de tous les prénoms d’ancêtres du 17e, 18e, 19e de du début du 20e siècles apparaissant dans mon arbre généalogique les noms en gras sont ceux de mes ancêtres directs

P comme Pupille de la Nation

Comme je l’ai déjà mentionné dans D comme Décédé à l’ambulance, mon grand-père Édouard Guillaumant est mort près de Bouchavesnes dans la Somme, mi-septembre 1916. Il est âgé de 35 ans.  Sa veuve Christine Frey n’a alors que 33 ans et trois enfants à charge dont l’aînée va bientôt fêter ses 12 ans et deux garçons de 9 ans et presque 18 mois.

Carte individuelle d’alimentation délivrée par le ministère de l’agriculture et du ravitaillement

Ils vivent à Neuilly-sur-Seine, au 5 boulevard Victor Hugo dans un immeuble qui de nos jours n’existe plus. Même si Neuilly est loin du front, la guerre fait partie de leur quotidien avec, entre autres, des cartes individuelles de rationnement qui sont accompagnées d’un calendrier indiquant leurs rations hebdomadaires. Ainsi tout manque mais heureusement, les prix sont fixés par le gouvernement pour éviter la spéculation.

« En 1917, l’essence destinée à l’usage quotidien (chauffage et électricité) est limitée à un litre par ménage et par quinzaine, sur présentation d’un bon de consommation. Le prix des denrées alimentaires est réglementé dès 1916 pour éviter la spéculation. Commerçants et clients sont informés des tarifs par affichage. Les agents de police veillent à leur bonne application. Une commission de distribution du lait est prévue dès août 1914 pour le cas où le lait viendrait à manquer. Celui-ci serait alors distribué en priorité aux malades, aux enfants en bas âge et aux personnes âgées. Le sucre est rationné avant 1917 tandis que le pain et la farine sont limités à partir de 1918. » https://www.neuillysurseine.fr/le-ravitaillement-et-rationnement

De plus, ils croisent probablement de nombreux blessés rapatriés du front alors qu’à 300 mètres de chez eux se trouve l’hôpital militaire 113, au 27 boulevard Victor Hugo. Pas loin de là, les locaux du lycée Pasteur ont été transformés en hôpital auxiliaire où on soigne les soldats aux frais de l’Hôpital Américain.

« Les lieux de soins se multiplient dès le début de la guerre. En août 1914, le ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts donne son accord pour l’affectation du lycée Pasteur de Neuilly à un hôpital auxiliaire organisé par les soins et aux frais de l’Hôpital Américain. La Maison de Santé Protestante pour homme ouvre ses portes aux militaires sans distinction de culte. Un citoyen propose son hôtel particulier familial pour l’accueil des malades et des convalescents. » https://www.neuillysurseine.fr/hopitaux-et-ambulances-militaires

Plus encore, ils connaissent les sirènes qui annoncent les bombardements et doivent sans doute se mettre à l’abri dans les caves et autres refuges. Mon père qui n’était alors qu’un bébé n’avait probablement qu’une idée très diffuse du danger, mais il en était tout autrement pour les autres membres de la famille.

« Dès 1915, la Ville prend des dispositions pour protéger les populations (ce qu’on appellera plus tard la défense passive). Les 20 et 21 mars 1915, Neuilly-sur-Seine connait sa première alerte (48 sur toute la durée de la guerre). Des zeppelins allemands lâchent des bombes sur la ville. » https://www.neuillysurseine.fr/files/neuilly/decouvrir/archives/articles-historiques/2018_11_14_18_dommages.pdf

Christine travaille peut-être encore comme tapissière à la compagnie cinématographique Éclipse mais les studios de Boulogne-Billancourt vont bientôt être réquisitionnés pour l’effort de guerre. Enfin, ils peuvent compter sur la solde d’Édouard qui lui est versée. Mais tout ça va changer avec sa mort. Deux mois plus tard, fin novembre 1916, on lui accorde une indemnité de secours immédiat de 150 francs.

Registre militaire d’ Édouard Guillaumant, matricule 1452, Archives de Paris

Près d’un an et demi plus tard, soit le 17 avril 1918, Christine reçoit par décret une allocation de veuve de guerre de 563 francs par an, rétroactive au 18 septembre 1916. Cette pension est la même pour toutes les veuves de soldats de deuxième classe tandis que les veuves de sous-officiers et d’officiers reçoivent une pension supérieure en fonction du grade de leur mari décédé.

Cependant, il y a fort à parier que durant ces 19 longs mois entre la mort de son mari et l’allocation de sa pension de veuve, Christine a dû non seulement recourir à l’aide de sa famille, qui était probablement bien modeste, mais aussi à une ou plusieurs oeuvres de charité qui venaient en aide aux veuves et aux orphelins. Leur sort est loin d’être unique alors que la France, qui a perdu près de deux millions de soldats, compte quelque 700 000 veuves de guerre et plus de 900 000 orphelins.

D’ailleurs, les oeuvres de guerre étaient de plus en plus nombreuses. On en a recensé plus de 300, à travers toute la France. Bien que certaines aient une mission restreinte aux familles d’une région ou d’un département spécifique, les plus importantes s’étaient donné un mandat national comme l’oeuvre des Bons Enfants (située sur la rue des Bons Enfants) qui avait des allégeances catholiques et fonctionnait à travers la Société de St-Vincent-de-Paul et les paroisses. D’autres, étaient des associations militaires comme l’Association d’aide aux veuves de militaires de la Grande Guerre ou appartenaient au monde de l’éducation laïque. Ensemble ces organisations ont secouru des milliers de familles.

« Les demandes de subvention, admises après enquête, ne sont renouvelées qu’après justification de l’emploi des subventions précédentes et, en vue d’éviter les doubles emplois (autrement dit que deux associations touchent des subventions pour une même victime), les familles secourues doivent remplir une fiche nominative qui précise l’œuvre par laquelle la subvention a été demandée.  Parmi les 313 œuvres affiliées au comité, quatorze se distinguent par la somme des subventions dont elles ont bénéficié entre 1915 et 1924, somme toujours supérieure à 700 000 francs et pouvant s’élever jusqu’à 2 800 000 francs – alors que pour les autres œuvres, elle n’excède jamais 560 000 francs. » https://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2016-1-page-68.htm

Enfin, par jugement du tribunal civil de la Seine, ses trois enfants : Gilberte, Roger et André Guillaumant vont devenir pupilles de la nation le 10 mai 1918.

Orphelins de Fr

Créé par la loi du 27 juillet 1917, en réponse à l’hécatombe des champs de bataille, le gouvernement, par l’entremise de l’Office national des pupilles de la Nation, ne voulait pas se substituer aux familles mais bien les épauler en reconnaissance du sacrifice accordé. Ainsi, l’introduction de l’affiche annonçant la nouvelle loi se lit comme suit :

FRANÇAISES, FRANÇAIS, La loi du 27 juillet 1917, sur les Pupilles de la Nation, votée à l’unanimité par la Chambre des Députés et par le Sénat, est une loi de liberté, de fraternité et de respect mutuel, de concorde et de solidarité sociale. Elle sera appliquée dans cet esprit.

« Quand le jugement est prononcé en faveur du pupille, l’Office départemental des anciens combattants et victimes de guerre ouvre un dossier au nom de la famille, dans lequel on retrouve toutes les pièces relatives à cette famille, ainsi que les dossiers individuels des enfants concernés. Les pupilles de la Nation peuvent alors prétendre à différentes subventions : entretien (habillement, nourriture, loisirs…), frais de maladie (en complément de l’aide médicale gratuite pour les frais d’optique ou d’orthodontie par exemple), vacances, études. Ces subventions sont attribuées en complément des aides du droit commun (allocations familiales, bourses d’études par exemple). » http://87dit.canalblog.com/archives/2014/03/09/29394868.html

Pupille de la nation
Affiche pour la Manifestation Nationale en l’honneur des Pupilles de la Nation de 1919

L’Office national des pupilles de la Nation organise même des manifestations nationales comme le montre cette affiche pour le 2 novembre 1919 sur laquelle on peut lire ce qui suit :

« La France adopte les orphelins dont le père, la mère ou le soutien de famille a péri au cours de la guerre de 1914 victime militaire ou civile de l’ennemi… La Nation affirme son devoir de sollicitude et de protection envers les Pupilles : elle leur accorde en cas de besoin des subventions d’entretien, d’apprentissage et d’éducation. »

Carte de pupille
Exemple de carte d’identité qui était remise à chaque pupille de la nation http://87dit.canalblog.com/archives/2014/03/09/29394868.html

D’un point de vue plus pratique, chaque enfant pupille de la nation recevait une carte qu’il lui fallait présenter pour avoir accès gratuitement ou à moindre coût à certains services et activités. J’imagine que mon père ainsi que sa soeur et son frère ont pu en bénéficier.

Cependant, et bien qu’étant un très bon élève qui aurait pu continuer a étudier gratuitement, cela ne l’a pas l’empêché d’abandonner ses études vers 1931 soit à 15 ou 16 ans pour aller travailler chez le ferronnier d’art Paul Kiss. Il est alors le seul et dernier soutien pour sa mère et sa grand-mère qui doivent prendre en charge une loge de concierge. La France, dont l’économie tourne au ralenti, est alors rattrapée par le krach économique de 1929. Néanmoins, ce choix d’abandonner ses études et de s’initier au travail des métaux, aura des répercussions sur toute la vie de mon père, tant au niveau de son affectation militaire que de sa carrière professionnelle.

Z comme Zacharie et Zoé

Lettre Z décorée XVIIIe siècle
https://www.meubliz.com/definition/lettre_z/

Bien sûr, la lettre Z me faisait un peu peur! Mais, ayant commencé cet abécédaire par A comme Aline, j’ai décidé d’explorer les prénoms commençant par un Z et surprise, j’en ai trouvé plusieurs qui m’ont permis de découvrir quelques destinées qui m’étaient inconnues mais aussi de boucler la boucle et de faire le lien avec le présent. Ainsi, je me suis intéressée aux prénoms Zoé et Zacharie, deux prénoms qui ont traversé le temps et qui sont portés par des jeunes de mon entourage.

Ma petite fille Zoé, qui est presque toujours de bonne humeur, est un vrai rayon de soleil. Elle n’est cependant pas la première Zoé de la famille, même si son homonyme a vécu il y a bien longtemps.

Il y a aussi un Zacharie qui fait partie de ma famille élargie. Je le croise régulièrement et je m’intéresse à lui car je le trouve bien déterminé et courageux. Il vient d’avoir 22 ans et c’est le fils de mon ex-mari qui est un grand admirateur du chanteur acadien Zacharie Richard. Là aussi, j’ai pu retracer trois Zacharie parmi mes ancêtres :

Ancienne carte postale de Pancy-Courtecon
Carte de Pancy avec Monthenault au nord ; Courtecon
au sud ; Colligis à l’ouest et Chamonille à l’est
Extrait de la monographie de Pancy réalisée fin 19e
Archives départementales de l’Aisne

Mon ancêtre direct de sixième génération, Jean Baptiste Zacharie Labre a vécu de 1770 à 1821 dans l’Aisne, à Pancy, qui plus tard est devenu Pancy-Courtecon en s’associant à la commune voisine.

Jean Baptiste Zacharie était menuisier et s’est marié fin avril 1802 à l’âge de 30 ans avec Marie Louise Marly, une fille du village de 25 ans après avoir obtenu une dispense de publication pour deux des trois bans annonçant leur mariage. Six mois plus tard, soit début novembre, ils accueillaient une petite fille prénommée Ernestine (bien qu’écrit Herestine au registre des naissances). Au total, ils auront quatre enfants incluant mon ancêtre Marie Louise Flore, leur seconde fille née en 1807, suivie un an plus tard par leur fils Louis Zacharie Napoléon Labre puis d’un autre fils Louis Idelfonse né en 1814. Pancy, situé dans la vallée de l’Airelle, était alors un village d’environ 150 habitants et Jean Baptiste Zacharie a passé toute sa vie dans la région. Ainsi, il vivra ses dernières années à Monthenault, le village limitrophe situé au nord de Pancy.

Jean Baptiste Zacharie et sa famille ont probablement eu une vie assez frugale comme en témoigne les monographies de Pancy et Monthenault.

Extrait de la monographie de Monthenault pour 1884
Archives départementales de l’Aisne

« Le régime alimentaire est des plus simples : les productions de la terre en forment la base; la viande de boucherie : boeuf, veau mouton y apparaît rarement – on pourrait dire dans les circonstances exceptionnelles. Le porc élevé dans presque tous les ménages, tient la place d’honneur, sans oublier le lapin traditionnel. Le pain est en grande partie fabriqué à la maison avec la farine de méteil. La boisson habituelle est le cidre ; peu de vin, peu de bière, si on excepte la consommation restreinte faite au cabaret.« 

Alors que la population générale jouit d’une excellente longévité, Jean Baptiste Zacharie est décédé chez lui à quelques semaines de ses cinquante ans. Malheureusement, comme c’est souvent le cas pour les actes de décès français, le document ne donne aucun détail sur les causes de sa mort bien qu’on puisse penser qu’à un si jeune âge, il s’agit probablement d’un accident ou d’un malaise quelconque.

Acte de décès de Jean Baptiste Zacharie Labre
Archives départementales de l’Aisne

« L’an mil huit cent vingt et un le quinze avril par devant nous Gervais Riquet adjoint de la commune de Monthenault … sont comparu Derosiers Charles Louis charon et Henry Nicolas propriétaire tout deux demeurant audit Monthenault lequelle nous onte déclarée que le quatorze du présent à douze heure du soir étoit décédé Labre Baptiste Zacharie âgé de quarante neuf ans et deux mois née à Pancy et il étoit fils de Nicolas Labre et de Marie Josephe Lahaigue et il étoit mariée avec Marye Louise Antoinette Marlye décédé à sa maison au moulin de Monthenault… »

À la mort de son père, Louis Zacharie Napoléon, le deuxième Zacharie de cet article, n’a que 12 ans.

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Le taillandier : Tableau d’après nature pour l’instruction de la jeunesse
Extrait de la base numérique du patrimoine d’Alsace sur les vieux métiers
 Photo et coll. de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg.

On le retrouve à 20 ans, en 1729, au mariage de sa soeur Ernestine puis, dix ans plus tard, au mariage de son frère Ildephonse où il est témoin. À chaque occasion, Il déclare vivre au village de Monthenault et être taillandier. Un métier qui se définit comme suit : « De la pelle au compas de précision en passant par le sécateur et la lime, le taillandier forge les outils tranchants et pointus à partir de plaques ou de barres de fer. Les manches sont en bois ou en laiton. »

Louis Zacharie Napoléon se mariera en 1839, avec Marie Françoise Rambourg une fille d’Oeuilly dans l’Aisne où ils s’établiront. Au fil des actes d’état civil, sa situation professionnelle évolue et il se dit maréchal en 1835, manoeuvrier en 1856, cultivateur en 1859 et propriétaire en 1877 alors qu’il est âgé de 67 ans. Avec son épouse, ils auront quatre enfants deux garçons et deux filles dont la dernière est décédée âgée de quelques mois. Selon mes recherches, les trois autres se sont mariés mais je n’ai trouvé de descendants que pour Louis Henri leur fils cadet; établi à Lierval situé à cinq kilomètres de son village natal, il aura quatre fils dont deux décéderont en bas âge.

Le troisième Zacharie de mon arbre genealogique est Jean Zacharie Laire (1807-1887). C’est un parent par alliance qui a vécu à Crouy, aussi dans l’Aisne. De son premier mariage, il a eu quatre enfants deux garçons et deux filles mais seules les filles ont survécu, se sont mariées et ont fondé famille. En 1857, sa fille Louise Eugénie a épousé le frère de mon arrière-arrière-grand-père Prosper Victor Judasse.

Avec les nombreux mariages et remariages, les familles recomposées étaient choses courantes au 19e siècle. Ainsi, en 1869, à l’âge de soixante et un ans, Jean Zacharie s’est remarié avec une veuve dont il était le troisième mari. Ce faisant, il accueillait chez lui non seulement sa nouvelle épouse mais aussi les enfants dont elle avait la charge, incluant une fille de celle-ci, issue de sa première union et qui s’est très bien intégrée dans sa nouvelle famille. Il hébergeait aussi le fils du second mari de son épouse, orphelin de père et de mère et dont elle s’occupait. Malheureusement, quelques années plus tard, l’enfant âgé de 16 ans, allait décéder chez lui. Nous n’en connaissons pas la cause.

Image d’émouleurs travaillant en atelier.
Comme en fait foi cette photo,
certains commençaient le métier très jeunes

Jean Zacharie était émouleur, un autre métier particulièrement pénible et dangereux. Ce qui ne l’empêcha pas de vivre jusqu’à soixante dix-neuf ans. Les émouleurs travaillaient en atelier et fabriquaient les lames des couteaux. Les rémouleurs étaient en boutique ou sur la route et réaiguisaient les lames des couteaux et autres outils tranchants. « Ce sont des émouleurs, qui travaillent toute la journée couchés à plat-ventre, aiguisant des pièces de coutellerie sur une petite meule placée au-dessous de leur tête. » Goncourt, Journal, 1893, page 412.

Atelier dans une école professionnelle où on apprend à faire des corsets

Quant à mon ancêtre nommée Zoé, elle est aussi une parente par alliance. Zoé Joséphine Ducloz, qui est née à Paris était corsetière. Un métier qui pouvait s’apprendre soit directement dans l’industrie soit après un programme de deux ans
dans une école spécialisée surtout offert dans les grands centres comme Paris.

Zoé Joséphine est la seconde épouse de Louis Langlois dont la mère Marie Julie Guillaumant est la soeur de mon ancêtre direct Charles Joseph Constant Guillaumant. Zoé et Louis se sont mariés à Paris en 1900, après une dizaine d’années de vie commune et avoir donné naissance à trois filles entre 1890 et 1897 qu’ils ont légitimées lors de leur mariage. Elle avait alors trente-huit ans et lui en avait soixante et huit. Alors que son père était tanneur, Louis Langlois a préféré suivre la tradition de sa branche maternelle, les Guillaumant, et travailler comme sculpteur sur bois.