M comme Meung-sur-Loire

Armoiries de la ville

« Min », on dit « Min-sur-Loire » madame! Voilà ce qu’on m’a expliqué à deux occasions en mai 2019 alors que je profitais d’un passage en Orléanais pour visiter un peu la région. Merci beaucoup pour le renseignement ! Car à première vue, la raison pour laquelle l’épellation « eung » devrait se prononcer « in » n’est pas évidente !

Vieille rue de Meung-sur-Loire
Carte du département du Loiret

Meung-sur-Loire est une petite ville du Loiret à environ 15 kilomètres au sud-ouest d’Orléans. C’est de là qu’est parti Constant Guillaumant, mon arrière-arrière-arrière-grand-père, pour s’installer à Paris vers 1827 ou 1828. Né en 1797, pendant la Révolution française, il avait donc environ 30 ans. À l’époque, Meung-sur-Loire comptait entre 4500 et 5000 habitants.

Il quittait une petite ville prospère où son propre ancêtre venu de St-Georges-en-Couzan, une commune au pied du Massif Central entre Lyon et Clermont-Ferrand, avait élu domicile. En effet, un siècle plus tôt, deux frères, Mathieu et Pierre Guillauman*, tous deux scieurs de long et au début de la trentaine, avaient marié des filles du bourg ou de la région et décidé de s’y établir. Mathieu avait été le premier en 1711 suivi dix ans plus tard par Pierre.

Le métier de scieur de long était souvent transmis de père en fils et tout comme un de ses frères, ce fut probablement la profession de Constant jusqu’à son départ pour Paris. Ainsi, à partir des années 1780 et probablement jusqu’à sa mort, son propre père Jean Charles Barthélémy Guillaumant (1762-1833) fut scieur de long et marchand de bois à Meung-sur-Loire.

Scieurs de long débitant des planches

Métier très ancien qui remonte à plusieurs millénaires, il est reconnu comme une profession à part entière depuis le XVe siècle. Le travail consiste à débiter avec une scie des troncs d’arbres dans leur longueur afin d’obtenir des poutres, planches et chevrons. C’est un travail très physique. Les troncs d’arbres sont montés sur un genre échafaud tandis que les scieurs travaillent par pair avec le « chevrier » installé sur le tronc alors que le « renardier », situé au sol en contrebas, tire la scie. Ensemble, les scieurs alternent en tirant la scie à travers le tronc d’arbre.

Les scieurs de long dont la plupart venaient d’Auvergne dans le Massif central, avaient l’habitude de s’exiler plusieurs mois par année surtout en hiver pour compenser les maigres récoltes et gagner un peu d’argent pendant les longs mois d’hiver. Cependant, en quittant St-Georges-en-Couzan qui comptait environ un millier d’âmes et en s’installant à Meung-sur-Loire, une ville cinq fois plus grosse dans une région prospère, mes ancêtres ont pu avoir assez de travail pour rester proches de leurs familles.

Si le scieur de long avait des terres et que le bois qu’il taillait lui appartenait, il est logique qu’il en ait fait aussi le commerce soit au gros soit au détail auprès des charpentiers et ébénistes. Il semble que ça ait été le cas de Jean Charles Barthélémy Guillaumant (père de Constant), au moins pour quelque temps vers la fin de sa vie, car un seul document en fait mention. Sur tous les autres on le désigne uniquement comme scieur de long.

Collegiale St-Liphard

Avec un château imposant qui fut la résidence des évêques d’Orléans, une abbaye et un monastère moyenâgeux, Meung-sur-Loire était un chef-lieu qui avait été le théâtre d’une bataille contre les Anglais, menée par Jeanne d’arc en juin 1429, durant la guerre de cent ans. 

 

Château des archevêques d’Orléans, seigneurs de la région


Située aux confluents de la Loire et des Mauves, la ville a littéralement les pieds dans l’eau.  Ainsi, dans la partie basse de la ville, de nombreuses maisons sont seulement accessibles par un petit pont. Ce sont les évêques d’Orléans, seigneurs de la commune, qui ont encouragé le drainage des Mauves pour en faire trois cours d’eau principaux qui se jettent dans la Loire.

Vestige d’un des 28 moulins que comptait la ville

C’est sur ces cours d’eau qu’ont été battis des moulins à farine, et à pâte à papier, des moulins pour le salpêtre utilisé dans la fabrication de munitions et des moulins pour faire du tanin à partir d’écorce de chêne et utilisé dans la teinture des cuirs. Avant la révolution, la ville comptait 28 moulins de tous genres. 

Un des lavoirs installés sur les Mauves
Autre lavoir à l’arrière d’une maison

C’est aussi sur les Mauves que j’ai vu quelques anciens lavoirs où mes ancêtres ont probablement lavé leur linge ou encore celui des autres. Car bien qu’aucune n’ait été lavandière certains actes d’état civil mentionnent des lingères ce qui était peut-être la même chose. D’autres enfin étaient couturières.

Toute cette activité économique est propice aux Guillaumant qui comme scieurs de long, charpentiers ou encore tanneurs participent au développement de la ville. Cependant, si mon ancêtre est probablement un des premiers à avoir quitté la région, il est loin d’être le seul car après un pic de 5065 habitants en 1856, la population de Meung va décroître progressivement pour s’établir à moins de 3000 en 1921 perdant ainsi 40% de sa population en une soixantaine d’années.

Au fil des ans et des générations, les Guillaumant ont fait de bons mariages. Pour la plupart, leur prospérité n’a fait que croître et ils se sont étendus aux communes environnantes comme Orléans, Cléry St-André et Baule.  Cependant, dès le milieu des années 1800, il ne reste plus qu’une seule famille Guillaument dans la région du Loiret. Elle est installée à Baule. Ainsi Jean Joseph Guillaument (1826-1878), un petit neveu de Constant Guillaumant (1797-1853), scieur de long et charpentier, a eu quatre enfants : trois filles et un garçon Joseph Guillaument (1857-1893). Celui-ci épousera une vigneronne de la région et en adoptera le métier. C’est aussi lui qui assurera la continuité des Guillaument dans la région alors qu’il aura trois fils.

Les autres branches se sont éteintes ou se sont établies à Paris. Toutefois, après la relative tranquillité de Meung, ça a dû être tout un choc d’arriver dans un Paris grouillant, sale et puant et d’emménager dans le Faubourg-St-Antoine. Mais, ça c’est le sujet d’une autre histoire.

*Comme l’épellation des noms était faite de façon phonétique, l’orthographe pouvait varier grandement d’un document à l’autre. Ainsi à St-Georges-sur-Couzan, on écrivait Guillomen, à Meung-sur-Loire on préférait utiliser Guillauman ou Guillaumen. Plus tard, le « t » apparaît à la fin des deux versions pour donner de façon interchangeable Guillaumant ou Guillaument car des frères vont choisir l’une ou l’autre des orthographes.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

7 commentaires sur « M comme Meung-sur-Loire »

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