E comme Échalassier

Vignes fichées d’échalas à flan de montagne sur la cote-rôtie, en Bourgogne

Comme mentionné dans d’autres articles (voir E comme Entreprise Guillaumant, F comme Frotteur et M comme Meung-sur-Loire) un grand nombre de mes ancêtres ont eu des métiers reliés au bois et travaillaient à tous les niveaux de sa production et de sa transformation.  Plusieurs pratiquaient des métiers qui ont plus ou moins disparu incluant certains dont je n’avais jamais entendus parler comme celui d’échalassier.

Extrait de l’acte de naissance de mon arrière-grand-père. Archives du Puy-de-Dôme

Le terme, que je n’ai pas pu retrouver ailleurs, apparaît sur l’acte de naissance de mon arrière-grand-père maternel, né en 1883. Son père Jean Gourcy qui demeure dans le Puy-de-Dôme se dit alors échalassier.

A l'intérieur du Clos Saint-Jacques, les échalas qui serviront à soutenir les précieux pieds de vigne.
En champagne, échalas prêts à être plantés

Si le métier d’échalassier m’était totalement inconnu, je connaissais le qualificatif de “grand échalas” utilisé couramment pour décrire une personne grande et mince. Je savais aussi que les échalas étaient des supports utilisés pour les vignes et certains arbres fruitiers.

“La méthode de cultiver la vigne, soutenue avec des échalats, est moins un usage qu’une nécessité commandée par la température locale. L’échalat appartient aux pays froids où la vigne a besoin de toute la chaleur du climat…” André Michaux, Echalats, paisseaux et lattes remplacés par des lignes de fils de fer mobiles, Paris, 1845, p. 14. BnF Gallica.

Alors que la France produit du vin depuis des siècles, l’Europe traversait depuis le 14e siècle ce qu’on a appelé le petit âge glaciaire avec une période de froid particulièrement intense de 1815 à 1860.

Carte postale sur la fabrication d’échalas

Le rôle de l’échalassier ou fabricant d’échalas consiste donc à tailler des branches de la longueur, grosseur et solidité recherchées ainsi qu’à les nettoyer en enlevant les feuilles et l’écorce.

Un peu plus à l’ouest, dans le Limousin où on trouve surtout des châtaigniers, ces travailleurs sont appelés des feuillardiers. Ils travaillent le plus souvent pour des marchands de bois. En plus des échalas, ils produisent également des lattes et autres piquets de bois. Dans les deux cas, ce sont des métiers rudes et d’appoint pour suppléer aux faibles récoltes.

Vignerons champenois s’apprêtant à ficher des centaines d’échalas

Ce sont les vignerons qui s’occupaient d’installer ou “ficher” les échalas en prenant grand soin de ne pas abîmer les racines de la vigne ou de l’arbre mais assez profondément pour soutenir correctement les branches portant les fruits.

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C’est le vigneron ou la vigneronne qui s’occupe du fichage des échalas

“Si on a une nouvelle vigne à garnir d’échalats ou de paisseaux neufs, la première chose à faire c’est qu’ils soient aiguisés à un des bouts pour faciliter l’entrée en terre: c’est un travail facileFichage ou piquage des échalats, c’est un travail fatiguant et même pénible surtout si la terre est durcie par la sécheresseil n’y a que les hommes forts et robustes qui entreprennent de ficherDans quelques parties de la Bourgogne et de la Champagne, ce sont les femmes qui sont chargées de ce travail pénible…” André Michaux, Echalats, paisseaux et lattes remplacés par des lignes de fils de fer mobiles, Paris, 1845, p. 24. BnF Gallica.

Le fichage des échalas aussi appelé « ficherie » dans certaines régions est un travail très pénible

Voici ce que l’on peut lire à ce sujet dans Le Calendrier du vigneron champenois, publié en 1877 : Autrefois les femmes seules fichaient… La ficheuse plaçait le haut bout du bâton dans le talon du plastron qu’elle portait sur la poitrine et elle appuyait dessus de tout le poids de son corps afin de faire entrer le bâton dans la terre. Cette monstrueuse besogne faisait refluer les seins vers le cou, ébréchait parfois la peau et brisait la poitrine. Par contre, la taillerie, pourtant moins fatigante, était réservée aux hommes ; un préjugé très ancien ne reconnaissait pas à la femme l’intelligence suffisante pour tailler la vigne. https://maisons-champagne.com/fr/encyclopedies/histoire-du-champagne/premiere-partie-histoire-du-champagne/chapitre-4-le-xixe-siecle

Les échalas sont ébouillantés pour prévenir les infestations de chenilles et d’insectes nuisibles

La qualité du bois détermine la longévité des tuteurs et donc leur prix. L’acacia est souvent privilégié car il est imputrescible et résiste bien aux insectes et à la moisissure. Pour les autres bois, il faut les ébouillanter pour tuer les larves que les insectes auraient pu pondre dans les fissures du bois.


Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

2 commentaires sur « E comme Échalassier »

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