O comme Objets de famille

Ayant émigré au Canada, je possède très peu d’objets dits « de famille ». Je parle de ces objets qui sont légués de génération en génération.  Ma mère avait bien de beaux verres de couleur que j’aimais particulièrement. On les gardait en principe pour les grandes occasions et donc on ne les utilisait jamais. J’aurais bien aimé les avoir en souvenir d’elle mais, je n’ai jamais osé les lui demander. Dommage ! Rétrospectivement, je suis sûre qu’elle me les aurait donnés. 

Photo prise à la sortie de mon baptême à l’église de
l’Assomption à Rabat-les-Trois-Seigneurs en Ariège.
Parents, grands-parents et cousins étaient
tous réunis pour l’occasion

J’ai quand même gardé quelques objets pour me rappeler mes liens familiaux. Ils sont rattachés à un événement de mon enfance qui a probablement été une belle fête de famille comme peuvent en témoigner de nombreuses photos mais dont je n’ai personnellement aucun souvenir : mon baptême.

Mes parents ont eu trois enfants. Je suis l’aînée de la fratrie et la seule à avoir été baptisée. Sans doute, une concession faite à mes grands-parents maternels et à la famille de mon père.

D’ailleurs, selon ce qu’on m’a raconté, dès ma naissance à la clinique de maternité, ma cousine Françoise aurait demandé à être ma marraine. Ce qui lui fût accordé. Cette demande démontre bien ce désir et même cette attente, au sein de la famille, de m’inscrire symboliquement dans la tradition catholique. 

Je dis une concession car bien qu’ayant grandi dans des familles catholiques pratiquantes, mes parents n’étaient ni l’un, ni l’autre croyants. Pour mon père qui avait vu l’horreur des camps de travail en Allemagne nazie ou pour ma mère qui avait passé son enfance dans un pensionnat tenu par des religieuses, il n’y avait là rien à convoiter ou rechercher pour mon avenir.

Cependant, ces objets, liés à mon baptême, qu’on m’a donné et que j’ai conservé, font partie des objets traditionnels offerts en France à cette occasion comme en témoigne cet article de de Magfemmes intitulé « Baptiser son enfant ».

« Autrefois la tradition voulait que la marraine offre au bébé sa robe de baptême, ainsi qu’un cadeau en argent comme une timbale pour boire. Le parrain, de son côté, était chargé d’offrir les dragées. Il devait les acheter non seulement pour les invités sous forme de petits cornets mais aussi en offrir une très belle boîte à la marraine et à la jeune maman. Le parrain offrait également à l’enfant ses couverts en argent. »

Timbale en argent gravée de mon prénom

Le fait d’offrir des objets d’usage courant comme une timbale, une cuillère ou un rond de serviette en argent était une marque de statut et d’aisance financière. On avait les moyens de s’offrir ce genre de luxe. C’est d’ailleurs à l’origine de l’expression « Naître avec une cuiller d’argent dans la bouche ».

J’ai bien reçu une timbale en argent (poinçons faisant foi) très sobre gravée à mon nom. Je pense qu’elle m’a été offerte par mon grand-père qui était mon parrain. 


Coquetier et cuillère en argent
Le coquetier est orné d’un dessin
illustrant une des fables
de Jean de la Fontaine

De ma marraine, je pense avoir reçu un très joli coquetier avec une petite cuillère en argent. Le coquetier est gravé d’une frise avec un renard et une cigogne illustrant la Fable de Jean de la Fontaine du même nom.

Cela semble avoir été un thème très populaire et à titre de rappel voici la fable en question :


Le Renard et la Cigogne 

Page titre du recueil de Fables de Lafontaine de 1814
publiées pour la première fois
entre 1668 et 1694
par Jean de Lafontaine

Compère le Renard se mit un jour en frais,
et retint à dîner commère la Cigogne.
Le régal fût petit et sans beaucoup d’apprêts :
Le galant pour toute besogne,
Avait un brouet clair ; il vivait chichement.
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La Cigogne au long bec n’en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la Cigogne le prie.
« Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie. « 
A l’heure dite, il courut au logis
De la Cigogne son hôtesse ;
Loua très fort la politesse ;
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit surtout ; Renards n’en manquent point.
Il se réjouissait à l’odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.
On servit, pour l’embarrasser,
En un vase à long col et d’étroite embouchure.
Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d’autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un Renard qu’une Poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l’oreille.
Trompeurs, c’est pour vous que j’écris :
Attendez-vous à la pareille.

Dans ma recherche, j’ai trouvé plusieurs exemples de cadeaux de baptême en argent décorés d’une fable de la Fontaine. Pour les versions plus contemporaines, il s’agit le plus souvent, de celle du Corbeau et du Renard. 


Dans ma robe blanche de baptême et âgée de cinq mois, je joue avec les dragées

Enfin, les dragées étaient en abondance comme en témoigne la belle boîte qu’on peut voir à côté de moi jouant justement dans les dragées.

Pour moi, cela reste donc une belle fête de famille où, fait rarissime, les deux côtés de la famille, paternels et maternels, étaient réunis. De plus, cela se passait à Rabat-les-trois-seigneurs. Un charmant village des Pyrénées où plus tard j’ai passé quelques étés et où je me souviens avoir chassé les chats pour les baigner dans une des nombreuses fontaines du village.

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Le village de Rabat-les-Trois-Seigneurs dans les Pyrénées ariégeoises

Mais revenons à ce quatre août, journée justement de la St Dominique, où j’ai été baptisée. Étant née un treize février, ce jour-là, j’ai déjà plus de cinq mois. On est bien loin de ces baptêmes qui sous l’ancien régime, celui d’avant la révolution de 1789, se célébraient le jour même où au plus tard le lendemain ou surlendemain de la naissance. Bien sûr, en ces temps où la mortalité infantile était importante, on craignait que l’enfant erre pour l’éternité dans les limbes et ne puisse pas accéder au paradis. D’ailleurs, l’Église puis l’État, par Déclaration royale de 1698, exigeaient qu’un nouveau-né soit baptisé dans les 48 heures suivant sa naissance. Les buts principaux étant d’éviter les infanticides et de responsabiliser les parents en faisant entrer l’enfant dans la communauté.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

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