S comme San-Remo

Illustration tirée de l’ouvrage
« Le monde pittoresque et
monumental sur l’Italie du Nord »
par G de Leris, Gallica

Parmi mes projets pour cette année 2020, je comptais aller en Italie et visiter les endroits où mes ancêtres italiens ont vécu comme l’île de Pantelleria en Sicile qui semble être le point d’origine de la plupart des Ferreri, ou à Forli et San-Remo d’où viennent les Campo et les Forastieri.

Malheureusement, la pandémie m’oblige à remettre ces projets à plus tard mais je n’ai aucune idée quand ce sera possible. Cet article est un peu un avant-gout pour me mettre dans l’ambiance de l’époque en préparation pour mon voyage.

Dans toutes les descriptions de San-Remo que j’ai lues, on parle abondamment de fleurs. De plus, cette région de Ligurie se nomme la Riviera du Pontant ou Riviera dei fiori (Riviera des fleurs) pour sa production de fleurs qui étaient exportées dans toute l’Europe continentale. Voici donc les termes dans lesquels la petite ville de San-Remo est décrite en 1889 par G de Leris dans son ouvrage « Le monde pittoresque et monumental sur l’Italie du Nord » :

« Quelle merveilleuse situation que celle de San-Remo et combien est pittoresque l’aspect de la vieille ville dont les ruelles, les escaliers étroits et sombres grimpent et zigzaguent entre les hautes maisons si curieusement étayées les unes aux autres par des arcades sous lesquelles passent les voies de la ville ! Le petit port a un commerce assez actif. San-Remo compte 15,00 habitants, et il n’est question, bien entendu, dans ce chiffre, de la population nomade, des étrangers qui viennent, l’hiver, louer des appartements dans les maisons situées prés de la mer ou les villas construites sur ce merveilleux coteau couvert de vignes, d’oliviers, de palmiers, de citronniers et de figuiers. Des promenades garnies de palmiers, d’eucalyptus, de poivriers, d’aloès ont été établies dans la ville neuve ; le jardin public, le corso Mezzogiorno, le giardino dell’ Imperatrice sont chaque jour le rendez-vous de la foule cosmopolite qui a élu San-Remo pour une de ses stations favorites… Des villas, admirablement situées en amphithéâtre, perdues dans les oliviers et les massifs de lauriers-roses, s’aperçoivent dans toutes les directions, ayant à leurs pieds la masse confuse de la ville, la foret d’oliviers qui s’étend au fond de la baie comme un tapis de velours et, au delà, les flots bleus de la mer qui miroitent sous le soleil et viennent mourir dans le port si bien garanti des gros vents.« 

Carte postale de San-Remo

Or, c’est exactement l’époque et l’endroit où Janne Carlotta Campo, mon arrière-grand-mère italienne, est née un 23 novembre 1883, suivie un an plus tard par son frère Lorenzino. Leurs parents venaient probablement de Forli, situé à plus de 500 kilomètres, proche de la côte Adriatique et où leur mère, Maria Forastieri était née en 1859.

Si à l’origine, la région de San-Remo était rurale et paysanne, vers 1860 la ville avait commencé à développer une vocation touristique. La région était associée à la Riviera française dont Menton et Nice étaient alors les principales destinations et dont la réputation était internationale. Devenue un centre de villégiature, elle attirait, pour son climat exceptionnel, tant les lords anglais que les aristocrates russes en quête de chaleur, de repos et de tranquillité à l’écart de l’agitation qui caractérisait la Côte d’Azur. Bien que connaissant un boom économique et un accroissement rapide du prix des terrains, la vie y était aussi nettement plus abordable que du côté français.

Extrait de l’article « Contribution à une histoire et des transformations territoriales
Le cas de la Riviera du Pontant » par Emanuela Duretto
Publié en 1979 par le Centre de documentation des Archives des Alpes-Maritimes

L’augmentation rapide et progressive du coût des terrains faisait dire en fait, à un administrateur local de l’époque: « C’est un grand dérangement, une révolution économique et agricole qui est en train de s’accomplir dans ces villages, le résultat final en sera de tripler, pour le moins, la valeur de la propriété rurale dans son ensemble ». (Monterimici, Notizie stitistiche, geografiche ed agricole sul Circondario di San Remo, San Remo, 1881)

Carte postale de San Remo avec ses avenues bordées de palmiers et de grands hôtels

La région était donc en plein essor et sa population augmentait rapidement. La construction du chemin de fer, en 1872, allait encore accélérer les choses alors que les publicités vantaient sa proximité de Paris (toute relative selon nos critères actuels), après au moins 13 heures de train.

Extrait de l’article « Contribution à une histoire et des transformations territoriales
Le cas de la Riviera du Pontant » par Emanuela Duretto
Publié en 1979 par le Centre de documentation des Archives des Alpes-Maritimes

« Les privilégiés qui s’embarquent à Paris sur le Rapide-Côte d’Azur, se voient, en effet, transportés en quelques heures (13 heures à peine) dans un pays de rêve et de féerie! Plus de brouillard, de pluies, de gel ni de frimas sur des plaines que l’hiver a lamentablement dépouillées de toute parure… A gauche, les maisons émergent, comme des nids multicolores, au milieu de la pourpre des roses, de l’or des mimosas, de l’émeraude des orangers et des lauriers, des eucalyptus et des palmiers sous les rayons d’un soleil irradiant de lumière et d’allégresse une coupole d’éternel azur » Riviera Guide, 1913, annuaire complet publié sous la direction de Giacomo Gandolfi, San Remo)

D’ailleurs, les palmiers, dont il est question dans toutes les descriptions, seraient un cadeau de l’impératrice de Russie Maria Alexandrovna qui lors de sa première visite à San-Remo durant l’hiver 1874-75 fut accueillie en grandes pompes dans la toute nouvelle gare. Parmi les dignitaires présents on comptait le prince de Savoie (dont la région dépendait avant d’être cédée à l’Italie en 1861), le préfet, le consul de Russie, toute l’élite locale ainsi qu’une foule nombreuse. Le séjour et le climat furent si bénéfiques à sa santé qui était fragile, qu’en signe de gratitude, elle offrit plus de 1000 palmiers qui furent plantés, entre autres, le long de la promenade bordant la mer.

Photo d’Alfred Noack prise à San Remo en 1880
trouvée sur Invaluable.com

On peut imaginer qu’avec les riches italiens et étrangers venus passer l’hiver et profiter de la température clémente, les circonstances étaient particulièrement favorables pour le père Ignazio Campo, qui était musicien. Car en plus des fêtes privées dans les jardins et villas, il devait aussi y avoir les cafés et hôtels où il pouvait se produire seul ou en groupe.

Si la région était décrite, dans le matériel promotionnel, comme un endroit de rêve, il y avait cependant à San-Remo deux communautés aux réalités bien différentes. D’une part, il y avait la communauté des étrangers installée principalement dans les grands hôtels proches du littoral ou dans les belles villas. D’autre part, il y avait la population locale ou italienne qui était plus en retrait dans les villages avoisinants ou dans la partie ancienne de la ville. C’est parmi cette dernière, nettement plus pauvre, que vivaient mes ancêtres.

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Tremblement de terre et tsunami de 1887
Cartographie des courbes décroissantes publiée par Camille Flammarion

Je ne sais pas combien de temps, la famille Campo est restée à San-Remo, ni où ils se sont installés par la suite car on ne retrouve Janne Charlotte que 18 ans plus tard à Paris. Cependant, leur désir de changement a peut-être été motivé par le tremblement de terre dont l’épicentre se trouvait à quelques kilomètres de San-Remo, suivi d’un tsunami qui le 23 février 1887 a déferlé sur la côte de la Ligurie et la Côte d’Azur. Ils avaient alors une petite fille de trois ans et un bambin de deux ans. Le séisme a affecté des milliers d’individus, dévasté des quartiers entiers de San-Remo et causé la mort et blessé de centaines personnes dans la seule région de Ligurie.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

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