S comme Simon Sauvignier

Capitaine d’artillerie à cheval 1824

Il y a longtemps que je désire rédiger une chronique sur Jean Simon Sauvignier. Je vous ai déjà parlé de lui et surtout de son rôle lors de la naissance, à Metz en 1803, de son neveu Prosper Judasse qui allait devenir mon ancêtre de cinquième génération.

Jean Simon aurait probablement été un exemple parfait pour mon article sur la reconnaissance parentale, mais comme son histoire personnelle vaut le détour, j’ai préféré lui consacrer tout un article.

carte postale ancienne de Septimoncel dans le Jura

Comme ses frères et soeurs, Jean Simon est né à Septmoncel, une petite bourgade du Jura. Membres d’une fratrie de quatre enfants comprenant deux garçons et deux filles. Jean Simon et Pierre Antoine sont nés en avril 1778 mais son frère jumeau mourra avant d’avoir seize mois. Leur père Nicolas Sauvignier est alors brigadier d’ordre des fermes du Roy qui sont les ancêtres des services des douanes. Un prochain article nous en dira plus sur le sujet.

On retrouve Jean Simon en 1819, alors qu’il est adjudant-major au régiment d’Auxonne. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Claudine Joséphine Gastinel. Lui a quarante ans et elle en a vingt-huit. Quelques mois plus tard, en février 1820, naît une petite fille prénommée Catherine Charlotte déclarée par « l’accoucheuse » sous le nom de Gastinel sans mention du père.

L’an mil huit cent vingt, le neuvième jour du mois de février, à dix heures du matin par devant nous Jacques Marie Lavalette, adjoint au maire et officier de l’état civil de la ville d’Auxonne, arrondissement de Dijon, département de la Cote d’Or. A comparu Geneviève Flachot, veuve de Pierre Lambert, accoucheuse, domiciliée audit Auxonne, âgée de quarante-sept ans, laquelle nous a déclaré que Claudine Joséphine Gastinel, âgée de vingt-huit ans, née en cette ville, fille de défunt Jean Jacques Ganistel, marchand et de Catherine Etiennette Maire est accouchée hier huit du présent mois, à quatre heures du soir au domicile de sa mère Place Royale section du Nord, d’un enfant du sexe féminin qu’elle nous présente et auquel elle a déclaré donner les prénoms de Catherine Charlotte. Lesdites déclarations et présentations faites en présence des sieurs Thibault Frounue (?), rentier âgé de soixante-quatorze ans et François Roupert, secrétaire … de la mairie, de quarante neuf ans et ont les témoins signés avec nous le présent acte après que lecture leur en ai été faite … qu’a la déclarante qui a déclaré ne savoir signer de ce requis.

Mais où est passé Jean Simon? Peut-être a-t-il déjà été réaffecté ailleurs. En tout cas, on retrouve sa trace à Perpignan dans les Hautes-Pyrénées quelques années plus tard.

Le quatorze mars 1823, à midi. Par devant nous adjoint à la mairie de Perpignan, officier de l’état civil par délégation de Mr le Maire, est comparu le Sieur Jean Simon Sauvignier, Capitaine d’artillerie, âgé de quarante six ans en garnison en cette ville, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né hier au soir à six heures, de lui déclarant et de la dame Claudine Joséphine Gastinel son épouse ; auquel enfant il a donné les prénoms de François Prosper. Les dites déclaration et présentation faites en présence des Sieurs François Sesmin, Lieutenant d’artillerie, âgé de cinquante ans et Claude Logerot, Garde d’artillerie, âgé de vingt-huit ans, en garnison en cette ville, lesquels avec le père ont signé avec nous le présent acte après que lecture en a été faite.

De toute évidence, Claudine Joséphine Gastinel l’a rejoint à Perpignan. L’année suivante, en mai 1824, Jean Simon déclare dans les mêmes termes la naissance de Julie Adélaïde Sauvignier. Bien qu’il reconnaisse ses deux enfants comme issus de son mariage avec Claudine Joséphine, dans les faits il n’en est rien. Aussi, quelques mois plus tard, soit en décembre 1824, Jean Simon et Claudine Joséphine finissent par se marier.

Vingt trois décembre mil huit cent vingt quatre à six heures du soir à l’hôtel de la Mairie par devant nous adjoint à la mairie de Perpignan, officier de l’état civil par délégation de M. le maire sont comparus le sieur Jean Simon Sauvignier capitaine en second à la 4e Compagnie des Canonniers sédentaires en garnison en cette ville et y résidant depuis deux ans et demi, Chevalier de l’ordre royal et militaire de St. Louis, âgé de quarante-six ans, né à Septmoncel, département du Jura le vingt-sept avril mil sept cent soixante dix huit. Célibataire domicilié de droit à Paris, fils du Sieur Nicolas Sauvignier, receveur des Douanes retraité domicilié à la dite ville de Paris et de Dame Anne Marguerite Sauvignier, née Chalot, décédée … le contractant du consentement dudit sieur son père, comme il conste de l’acte ci-joint reçu par Me Alexis Davin et son collègue notaire audit Paris le vingt quatre novembre dernier, enregistré le même jour, et en vertu de l’autorisation de … Ministre Secrétaire d’Etat de la guerre, comme il conste de la permission ci-jointe datée du quatre octobre dernier. Et demoiselle Claudine Joséphine Gastinel, âgée de trente quatre ans, née à la ville d’Auxonne, Cote d’or le dix neuf octobre mil sept cent quatre vingt dix, résidant à Perpignan, depuis plus de deux ans, fille majeur de feu Sieur Jean Jacques Gastinel, décédé à ladite ville d’Auxonne le seize Termidor de l’an dix et de la Dame Catherine Étiennette Maire, veuve Gastinel, domiciliée en ladite ville d’Auxonne et consentante au présent mariage comme il conste de l’acte ci-joint reçu le vingt juin mil huit cent vingt par Me Garnier et son collègue notaires royaux à la résidence de dite ville, enregistré le vingt-un du même mois…

… avons demandé au futur époux et à la future épouse s’ils voulais se prendre pour mari et pour femme, chacun d’eux ayant répondu séparément et affirmativement avons déclaré, au nom de la Loi, que les dits Sieur Jean Simon Sauvignier et demoiselle Claudine Joséphine Gastinel sont unis par le mariage. Et aussitôt les dits époux ont déclaré qu’il est né d’eux trois enfans dont l’un de sexe féminin né de la dite ville d’Auxonne le huit février mil huit cent vingt, inscrit sur les registres de dite ville le neuf du même mois sous les prénoms de Catherine Charlotte comme étant né de la contractante. L’autre du sexe masculin né en cette ville le treize mars mil huit cent vingt trois, inscrit sur les registres de la ville de Perpignan le quatorze du même mois sous les prénoms de François Prosper comme étant né d’eux contractants selon la déclaration et la présentation que en furent faites par le contractant. Et le troisième du sexe féminin né aussi en cette ville le dix neuf mai mil huit cent vingt quatre et inscrit sur les registres de naissance le vingt du même mois sous les prénoms de Julie Constance Adelaïde, comme étant aussi né d’eux contractants sur les déclaration et présentation qui en furent faites par le contractant ; lesquels enfans ils reconnaissent pour leur fils et filles.

Croix de l’Ordre de St-Louis

Ainsi, cette autorisation de la mère de la mariée nous révèle que des discussions de mariage se tenaient depuis plus de quatre ans et probablement depuis la première grossesse de Claudine Joséphine. Et si on peut probablement attribuer leur union à la naissance de leur dernier enfant, je pense que Jean Simon avait une autre bonne raison de vouloir se marier. Grâce à son acte de mariage, on apprend que Jean Simon est Chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Ordre auquel il a été nommé le vingt aout 1823. Il devait lui être de plus en plus difficile de prétendre vivre dans la foi catholique et agir « en tout comme un bon, sage, vertueux et vaillant chevalier » tout en vivant en concubinage et en mentant aux représentants officiels de l’état civil.

Créé en 1693 par Louis XIV, l’ordre de Saint-Louis avait été supprimé après la révolution mais il fut réinstauré de 1814 à 1830 pendant la période de la restauration de la monarchie en France.

… « Une fois nommée, le candidat recevait une lettre d’avis. Muni de celle-ci, il devait être reçu par le roi ou un membre de l’Ordre agréé par lui. Au cours de la cérémonie, il jurait de vivre et mourir dans la religion catholique, de rester fidèle au roi, de défendre ses droits et ceux de la Couronne, et conformément à l’éthique chevaleresque médiévale, de se comporter « en tout comme un bon, sage, vertueux et vaillant chevalier ». Puis le roi ou son représentant frappait le chevalier d’un coup de plat de son épée sur chaque épaule, lui donnait l’accolade en prononçant la phrase ; « Par Saint-Louis, je vous fais chevalier », et enfin lui remettait la croix. Au terme de la cérémonie, une mention spéciale était inscrite sur le repli de la lettre d’avis, qui faisait alors office de brevet. Les diplômes avec encadrement et armoiries imprimées n’apparurent que sous la Restauration (ordonnance du 22 mai 1816). L’ordre de Saint-Louis, gage de services éclatants et fidèles, est la première manifestation d’un changement dans la philosophie des ordres princiers. A ce titre, il est à l’origine d’une évolution qui, après la tourmente révolutionnaire, permettra la création d’un ordre de mérite universel, et moderne, capable de traverser l’histoire pour être aujourd’hui encore la principale référence en matière de distinction : la Légion d’honneur. » Extrait du site sur l’ordre royal et militaire de Saint-Louis 1814-1830

Par leur mariage, Jean Simon et Claudine Joséphine ne formalisent pas seulement leur situation mais viennent régulariser le statut de leurs trois enfants qui étaient âgés de quatre ans et dix mois pour Catherine Charlotte ; vingt et un mois pour François Prosper et sept mois pour Julie Constance Adélaïde. Il lui aura fallu bien du temps pour se rendre à l’évidence!

Quelques années plus tard, le couple accueille deux autres enfants. D’abord Léon Léopold Sauvignier qui naît à Perpignan en 1827 puis Élisabeth Clémentine qui voit le jour à Donnemarie-en-Montois en Seine-et-Marne, en 1834. C’est d’ailleurs dans cette commune que Jean Simon a vécu le reste de sa vie et est décédé début novembre 1840, à l’âge de soixante-deux ans. Deux ans plus tôt, dans la même commune, il a pu assister au mariage de sa fille ainée Catherine Charlotte avec son cousin germain, Charles Nicolas Gerard dit Léon Suby ; le fils de sa soeur ainée.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

5 commentaires sur « S comme Simon Sauvignier »

  1. C’est étrange cette résistance au mariage qui se vérifie dans quelques unes de tes chroniques. Cela plaçait les femmes et les enfants dans une situation insécure et en marge de la société. Ou bien était-ce si répandu que la société ne s’en formalisait pas, comme aujourd’hui?

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    1. Dans les familles religieuses, à un certain moment elles l’étaient presque toutes, ce n’était vraiment pas bien vu. En ce qui concerne Jean Simon, en tant que militaire, ses affectations l’ont amené à beaucoup voyager. C’est un peu comme les marins avec une femme dans chaque port. Aussi pour se marier, il lui fallait non seulement l’accord de ses parents mais aussi celui de l’armée. Cependant, il était très conscient des questions de réputation comme il l’a prouvé au moment de protéger sa soeur Rose. De plus, c’était après la révolution et la période napoléonienne, même si on était revenu à la monarchie sous la Restauration, beaucoup de choses avaient changé.

      Dans les autres histoires, quand le mariage s’est fait très tardivement, c’était sans doute à cause du refus des parents ou encore d’un problème de dote.

      De nos jours, beaucoup d’hommes et probablement de femmes se sentent encore plus ou moins obligés de se marier à cause d’une grossesse. Ils le font souvent plus pour l’enfant ou pour la famille que pour eux-mêmes. Mais au Québec c’est différent, c’est un des endroits où il y a le plus d’union libres. En France, ils ont le Pacte. Les gens se disent pactés. Ils vivent officiellement en couple avec quelqu’un.

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    1. Merci beaucoup Sylvie pour votre support. Les informations que vous avez sur Geneanet m’ont été d’un grand secours pour le relier à la grande famille des Sauvignier. C’est en préparant un nouvel article que j’ai eu la chance de trouver tout votre travail si bien documenté.

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