T comme Tombe familiale

La tombe familiale des Frey au cimetière de Bagneux

Les tombeaux et caveaux de familles ont toujours été pour moi synonymes de richesse et de grande aisance financière. Ce qui n’est pas vraiment l’idée que je me faisais de ma famille Frey mais il semble qu’à une certaine époque c’était assez courant. C’est ainsi que le « caveau de famille » est une des premières choses dont on m’a parlé quand j’ai commencé à poser des questions sur mes ancêtres. Ma grand-mère Christine Frey et ses parents y sont, entre autres, enterrés. Bien sur, j’ai profité de mon dernier séjour à Paris pour aller le voir au cimetière de Bagneux lors d’une sortie entre cousins.

Ce cimetière fait partie des six cimetières extra-muraux, donc situés en dehors des limites de Paris, gérés par la ville de Paris. Ils ont été créés au milieu du 19e siècle pour répondre aux besoins grandissants de la population de Paris.

L’avenue principale du cimetière de Bagneux

Le lieu est agréable, les grandes allées sont longées d’arbres, chaque allée étant bordée d’une essence différente. Le site du cimetière le décrit ainsi : « Le cimetière parisien de Bagneux a ouvert en 1886. Il s’étend sur 62 hectares sur lesquels sont plantés 5 912 arbres de 49 essences différentes : cyprès, sophoras, marronniers d’Inde, noisetiers de Byzance, tilleuls de Hollande … » Les noms des allées appelées « avenues » sont d’ailleurs très évocateurs : Avenue des Ormes de Pumila, Avenue des Pommiers à fleurs, Avenue des Micocouliers, etc.

Fichier:Cimetière de Bagneux.gif

Les tombes sont disposées en une centaine de lots de tailles plus ou moins égales. Vu la taille du cimetière qui compte plus de 83000 concessions, le plan ainsi que la division, le numéro exact de la concession se sont révélés des renseignements essentiels pour retrouver la tombe que l’on cherchait.

Comme le Nouvel Observateur l’explique dans son article sur les cimetières parisiens de 2017, « L’emplacement d’une tombe est une concession, ce qui dit bien que le particulier n’en est pas vraiment propriétaire (le terrain appartient toujours à la commune), mais a des droits dessus : le concessionnaire peut, évidemment, être enterré dans la concession, il peut y faire inhumer qui il veut (même des personnes avec lesquelles il n’a pas de lien de parenté) ; il peut aussi transmettre ses droits sur la tombe, mais il ne peut ni vendre ni louer l’emplacement. »

Extrait du répertoire annuel des inhumations du cimetière de Bagneux p. 10/31 – Année 1907- Archives de Paris
Extrait du registre journalier d’inhumations du cimetière de Bagneux – février 1907- Archives de Paris

La tombe des Frey est ce qu’on appelle une concession perpétuelle ; à ce titre elle est encore intacte ce qui est loin d’être le cas des sépultures de tous mes ancêtres. Alors que j’ai pu en retrouver plusieurs sur les registres de la ville, leurs corps ont depuis été exhumées. Faute d’avoir reconduit les concessions qui avaient été acquises par leur famille ou la ville, leurs ossements ont en effet été placés dans des fosses communes afin de faire de la place pour de nouvelles tombes.

Le caveau familial consiste en une pierre tombale horizontale de pierre grise avec une croix en bas-relief. Le nom des personnes enterrées sont gravées sur le dessus et les cotés. Avec le temps, la mousse et le lichen ont recouvert la pierre. Cela lui donne un certain charme mais plusieurs inscriptions sont maintenant presque illisibles. Je me suis donc tourné vers l’administration du cimetière pour avoir la liste des personnes qui y étaient enterrées. On me l’a refusée car je ne fais pas partie de la liste des ayants droit et on m’a redirigée vers les archives départementales de Paris qui conserve les listes des vingt cimetières administrés par la ville de Paris.

Depuis peu, les archives départementales de Paris avaient mis à la disposition du public les noms des personnes inhumés dans les cimetières de Paris entre 1804 et 1968. Je connaissais déjà ces listes pour les avoir consultées lors de mes recherches. Comme elles sont disponibles en ligne, j’ai donc entrepris un inventaire exhaustif. J’y ai trouvé :
Jean Adam Frey mon arrière-grand-père, enterré le 9 février 1907. Comme le caveau de famille a été établi quelques mois plus tôt, tout porte à croire qu’il était très malade et que sa mort était anticipée depuis déjà quelques mois. J’ai déjà parlé de lui, né en Lorraine, il avait choisi la France et était venu s’installer à Paris après la cession de l’Alsace et de la Lorraine à l’Allemagne en 1871. Il travaillait comme menuisier et frotteur à faire des planchers. Il est mort jeune, à l’âge de cinquante-deux ans.

Aline Judasse veuve Frey enterrée le 31 mars 1939, la femme de Jean Adam et mon arrière-grand-mère dont j’ai souvent mentionné l’importance dans les familles Frey et Guillaumant. Originaire de Pargny-Filain dans l’Aisne, elle a eu sept enfants (cinq filles et deux fils). Avec son mari, elle a tenu une loge de concierge à son arrivée à Paris, avant la naissance de ses enfants. Devenue veuve à quarante-six ans, elle est morte à soixante-dix-neuf ans, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.

Certaines inscriptions sont difficiles à lire

Christine Guillaumant née Frey en 1883 et enterrée le 19 décembre 1945 est ma grand-mère paternelle. Son prénom est omis sur le registre mais encore lisible sur la tombe. Elle a eu trois enfants et son mari Édouard Guillaumant est mort durant la Première Guerre mondiale. Elle a travaillé aux studios Eclipse comme couturière-habilleuse alors que son mari est machiniste. Elle continuera à y travailler sans doute jusqu’à la fermeture de la compagnie.

Enfin quatre noms, qui ne se trouvent pas sur le site des archives car ils sont trop récents, pouvaient être déchirés plus ou moins aisément sur la tombe. Il s’agit de mes deux grands oncles et de leurs épouses:
Jean Frey (1900-1980) et Émilienne Augustine Frey, née Tourte, (1897-1979) ainsi que Jean-Pierre Frey (1893-1996) et sa femme Marie Thérèse Guiard (1903-2006). Il est remarquable que Jean-Pierre et Marie Thérèse aient tous deux vécu jusqu’à 102 ans. 

Décoration de chevalier de la Légion d’Honneur déposée sur le tombeau des Frey

La légion d’honneur placée sur la section centrale de la tombe appartient probablement à Jean-Pierre Frey. Il a fait partie du millier d’anciens combattants de la Grande guerre qui ont été élevés au rang de Chevalier de la Légion d’honneur le 11 novembre 1995. Il avait alors 102 ans et allait décéder deux mois plus tard. Le journal Libération du jour en rend témoignage en ces termes : « L’hommage aux «poilus» de 14-18 se voulait solennel. Il y a 75 ans, le cercueil du Soldat inconnu était installé sous l’Arc de Triomphe. Pour cet anniversaire et 77 ans ans après l’armistice, le gouvernement avait décidé «un dernier témoignage de reconnaissance de la Nation» en nommant chevaliers de la Légion d’honneur, samedi, 1 355 combattants survivants de la Grande guerre. Le nombre des poilus vivants est estimé à trois mille environ. Le plus jeune a 94 ans, le plus âgé, 107. »

Sur la tombe, il y a aussi deux hommages personnels sous forme de petites tablettes en marbre (voir la première photo). L’une en marbre noir, posée sur un socle, indique « Mon profond respect pour le président signé Martine ». Sur l’autre, en marbre blanc, on peut lire « A ma chère Marraine ». Si la première, provenant sans doute d’une assistante dévouée, concerne probablement Jean-Pierre Frey qui était chef d’entreprise, il est difficile de dire à qui s’adresse la deuxième. On peut supposer qu’au moment où elles ont été commandées les personnes ignoraient qu’elles seraient déposées sur une tombe familiale.

Tombeau de la famille Touchard – cimetière de Bagneux

Nous avons profité de la visite pour nous promener. Ainsi, j’ai vu dans une section adjacente la tombe de la famille Touchard qui sont des cousins par alliance. La tombe en marbre noir avec les noms gravés en or, refaite récemment va probablement bien résister au temps et les noms devraient rester bien lisibles pour de nombreuses années.

Tombe familiale juive au cimetière de Bagneux

Dans une autre partie du cimetière de Bagneux, il y a une section juive où j’ai vu des tombes familiales très intéressantes. Certaines tombes comportent des sculptures ou des œuvres d’art. Souvent, elles listent les noms de toutes les personnes qui y sont inhumées. La plupart sont accompagnés d’un médaillon avec leur photo. Quel dommage que cette tradition n’existe pas chez les chrétiens. J’aimerais tellement pouvoir mettre un visage sur les noms de mes ancêtres et de leur famille.

Ressource terminologique : https://www.laculturegenerale.com/difference-tombe-tombeau-mausolee-sepulture-cenotaphe-crypte/

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

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