N comme Négociantes, et autres professions reliées au commerce

Tenancières d’un hôtel restaurant

En généalogie, on cherche toujours de nouvelles informations alors que chaque jour, ou presque, de nouvelles ressources sont numérisées. Aussi, en apprenant que les Archives nationales venaient de mettre en ligne les registres répertoriant les contrats de mariage des commençants parisiens entre 1829 et 1934, j’ai décidé de partir à la recherche de mes ancêtres Guillaumant, Gamard et Boulet qui ont tenu commerce entre 1853 et 1908.

Au total, ce sont une quarantaine de registres qui ont été versés par la Chambre des notaires de Paris et qui sont accessibles dans la salle virtuelle des Archives nationales. La revue française de généalogie précise que « L’analyse de ces registres montre qu’ils touchent des corps sociaux bien plus larges que les seuls commerçants stricto sensu puisque sont aussi répertoriés des rentiers, propriétaires, employés, domestiques, naturalistes, géographes, militaires, etc. Un seul conjoint, en effet, doit jouir du statut de commerçant pour que le contrat de mariage nécessite cet enregistrement. Au total, la base d’images comprend 137 711 contrats de mariage qui concernent 275 422 individus. »

J’ai passé au peigne fin plus de trois mille annotations de contrats soit plus d’une demi-douzaine de registres. Jusqu’à présent, je n’ai trouvé que des parents éloignés comme ce cousin au 3e degré: Auguste Eugène Cuche fabricant de meubles marié en communauté d’acquêts avec Célestine Léontine Lépine. Celle-ci est la fille de Louis François Auguste Lépine, marchand de vins, qui s’est marié également sous le même régime matrimonial vingt-quatre ans plus tôt, soit en 1865.

No 82612 – page 37/199 Cotes : MC/CM//26
Cuche (Eugène), fabr. de porte-chapeaux et sable (sic) pour l’écriture (c.a.d. écritoires ou bureaux) pass. Stinville, 20,
Annuaire-Almanach du commerce, de l’industrie et de la magistrature – 1er janvier 1888 – Gallica
No 43935 – page 101/209 Cotes : MC/CM//13

Similairement, j’y ai trouvé le couple Daredare-Jacquemet (arrière-grands-parents d’un oncle par alliance) marié en communauté de biens, le 27 décembre 1838. Le registre (no9113) indique qu’Il était commis marchand et elle épicière. Une information qui ne figure pas sur les documents de l’état civil reconstitué.

Par contre, je sais que la plupart de mes ancêtres se sont mariés sans contrat de mariage, aussi j’ai peu d’espoir d’en trouver d’autres. Cependant, chemin faisant, j’ai pu faire plusieurs constats au sujet du travail des femmes qui était beaucoup moins limité qu’on pourrait le croire.

Marchande des quatre-saisons photographie de Louis Vert,
Paris années 1900, Musée Carnavalet

Ainsi plusieurs sont négociantes, commerçantes ou même fabricantes dans des secteurs pas toujours féminins. Certaines se déclarent entrepreneure de peintures, fabricante d’enseignes, de vélocipèdes ou d’instruments de chirurgie, loueuse de voitures, miroitière ou encore éditrice de musique sacrée, etc. La liste est longue et diverse.

La situation des veuves est particulièrement intéressante alors qu’elles ont soit créé leur propre entreprise, soit hérité de celle de leur mari dont elles ont repris les rênes. Ces veuves sont de tous âges allant de la trentaine à la cinquantaine. Leur nouvel époux est souvent leur employé ainsi qu’à peu près de leur âge ou plus jeune qu’elles.

exemples de régimes matrimoniaux
p. 160/201 Cotes : MC/CM/18

Les contrats de mariage sont surtout établis en communauté de biens ou en communauté d’acquêts. On retrouve quelques contrats en séparation de biens. Certains contrats ont servi à rétablir la communauté de biens ou au contraire à réduire une communauté de biens aux acquêts. De rares contrats sont encore établis selon le régime dotal selon lequel la veuve récupère la dot qu’elle a contribué au mariage alors que les enfants se partagent l’héritage de leur père.

exemple de régimes matrimoniaux
p. 41/199 Cotes : MC/CM/17

Plusieurs combinent le régime dotal avec celui de la communauté d’acquêts ou plus rarement celui de la communauté de biens.

Marchande de meubles

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No 55944 – page 74/201 Cotes : MC/CM//17

Il y a souvent entre les époux un lien professionnel ou géographique évident, quand ce n’est pas les deux, comme pour Louise Émilie Marion, trente-huit ans, marchande de meubles au 89 rue de Cléry , qui a épousé Louis Adrien Barbier, quarante ans, fabricant de chaises dont l’atelier est sis au numéro 43 de la même rue. Les deux sont veufs et ils se sont mariés en communauté de biens.

Propriétaire, directrice d’établissement de bains

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No 56701 – page 125/201 Cotes : MC/CM//17
Affiche d’un bain public payant

Le vingt mai 1873, Agnès Pauline Severeyns, vingt-huit ans, épouse Antoine Thomas-Garnier, quarante-huit ans. Si selon son contrat de mariage, Agnès est propriétaire et directrice d’un établissement de bains, son acte de mariage la dit caissière. Son époux présenté comme ancien entrepreneur de bains apparaît sur l’acte de mariage comme maitre de bains (ancien titre des maitres-nageurs). Ils ont vingt ans de différence et se marient sous le régime de la séparation de biens. Lui est veuf de Marie Catherine Hubertine Severeyns, probablement une parente de sa nouvelle épouse, morte huit ans plus tôt. Plusieurs membres de leurs familles respectives travaillent dans l’entreprise familiale comme du côté d’Antoine son frère et son fils de vingt ans, qui est baigneur qui selon Geneanet est celui qui tient les bains publics. Du côté d’Agnès c’est sa soeur et son future beau-frère.

Marchandes de charbon

No 54527 – page 183/203 Cotes : MC/CM//16

En avril 1872, Henriette Cabrol, marchande de charbon, trente-neuf ans, épouse Jean Antoine Valat, vingt-neuf ans. Selon son contrat de mariage, il est porteur d’eau mais se dit charbonnier lors de son mariage, six jours plus tard. Ce sont des Auvergnats originaires de l’Aveyron. Si Jean Antoine est célibataire, Henriette est veuve depuis trois ans de Pierre Jean Calvet qui était aussi auvergnat et charbonnier. D’ailleurs, c’est une histoire de famille car le frère d’Henriette, est également charbonnier.

No 54851 – page 1/201 Cotes : MC/CM//17

Le même scénario se répète en juin avec le mariage de Marie Jeanne Saurel marchande de charbon auvergnate âgée de vingt-sept ans et de Pierre Barrié, porteur d’eau originaire de l’Aveyron, âgé de vingt-cinq ans. Il s’agit du second mariage de Marie Jeanne, son mari étant mort dix-huit mois plus tôt. Les témoins, surtout des parents sont soit porteurs d’eau soit charbonniers. Ils sont mariés sous le régime de la communauté de biens.

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Charrette à bras d’un bougnat pour livrer le charbon ou le vendre à la criée

La situation était assez courante comme nous le rappelle le site de l’hôtel du Lion d’Or. « La profession de porteur d’eau froide ou chaude périclitant les Auvergnats vont se reconvertir dans le charbon. Les marchands de charbon auvergnats seront bientôt connus sous le nom de « bougnats »… Mais surtout le charbon permet la reconversion progressive des porteurs d’eau dont la vente baissait en hiver alors que précisément celle du charbon augmentait. »

Fabricante d’instruments d’imprimerie

No 53940 – page 143/203 Cotes : MC/CM//16

Dans les derniers jours de décembre 1871, Joséphine Herber, trente-huit ans, fabricante d’instruments d’imprimerie a épousé, en communauté de biens, Émile Auguste Bouthor, trente et un ans, ouvrier menuisier. Selon leur contrat de mariage, ils demeurent déjà ensemble rue d’Arras. Joséphine a hérité de l’entreprise de son mari Charlemagne Dilly décédé en janvier 1871, à l’âge de soixante-huit ans. Elle était sa seconde épouse.

Boulangère

No 53867 – page 139/203 Cotes : MC/CM//16

Au moment de leur remariage, plusieurs veuves gèrent leur entreprise depuis déjà plusieurs années.

Ainsi, en décembre 1871, la boulangère Françoise Eugénie Pichon, veuve Serre, a épousé, sous le régime de la communauté de biens, François Pierre Riguet qui travaillait probablement déjà à sa boulangerie sise au 11 avenue de la porte d’Orléans. Selon leur acte de mariage, elle est veuve depuis plus de neuf ans et est âgée de quarante et un ans tandis que lui a vingt-cinq ans.

Voiturière

No 54186 – page 160/203 Cotes : MC/CM//16

Début février 1871, Jeanne Girault, voiturière épouse Charles Léopold Gustave Harmant. Les deux sont veufs et dans la cinquantaine. Jeanne, veuve depuis deux ans, est selon leur acte de mariage entrepreneur de transports tandis que Charles est représentant de commerce. D’autres documents le disent camionneur. Ils sont mariés sous le régime de la séparation de biens et Charles a un fils de vingt-deux ans.

Appareilleuse à gaz

No 54451 – page 178/203 Cotes : MC/CM//16

Il en va de même pour Hélène Rose Joseph Derval, appareilleuse à gaz et Étienne Arsène Clapin, plombier. Ce sont deux veufs qui se remarient en avril 1872 en communauté de biens. À quarante et un ans, elle est veuve depuis deux ans et demi tandis que lui a trente-cinq ans. Leurs deux professions sont souvent associées et peuvent, selon les registres, être exercées par la même personne. Un appareilleur à gaz est la personne chargée de la fabrication et de l’installation des appareils de distribution du gaz.

Dans la plupart des cas de remariage alors qu’elles sont propriétaires d’entreprises, les femmes se marient sous le régime de la séparation de biens ou de la communauté d’acquêts. Cela leur permet de garder le contrôle sur l’entreprise dont elles ont hérité soit en leur nom propre soit au nom de leurs enfants encore mineurs.

Marchande de vins et cafetière

No 57241 – page 161/201 Cotes : MC/CM//17
Café et débit de tabac et de vin https://www.20th.ch/anciennes_enseignes.htm

À l’été 1873, Flore Davenne, veuve Heulle, tient un commerce de vin et de café, à l’île St-Denis. Son mari Pierre Joseph Glorieux, marinier, vit à Condé dans le département du Nord. Ils sont mariés selon le régime de la communauté d’acquêts.

Dénombrement de 1891, l’Ile St-Denis p. 14/37

Je ne suis pas parvenue à retrouver leur acte de mariage mais la famille Glorieux-Davenne-Heulle apparait au recensement de l’île St-Denis, de 1891. On y retrouve Pierre Joseph Glorieux âgé de cinquante-six ans, devenu marchand de vins ainsi que Flore âgée de cinquante-deux ans et ses trois fils : Henri Heulle, ving-huit ans, architecte ; Jules François Pierre Heulle, vingt-quatre ans, travaille avec ses parents comme marchand de vins et Eugène Glorieux, douze ans. La mère de Flore et une autre parente vivent avec eux. Lors de leur mariage, Pierre Joseph avait quarante-huit ans, Flore trente-quatre ans, ses deux fils de son premier mariage dix et six ans.

Certaines de ces femmes d’affaires se sont mariées plusieurs fois
No 48731 p.3/50 Cotes : MC/CM//15

Plusieurs de ces femmes indépendantes se sont mariées deux, trois ou même quatre fois. Lorsqu’on met ensemble les pièces du puzzle, on peut apprécier les parcours de ces négociantes qui se comptent par milliers et dont je n’ai donné ici que quelques exemples. Des parcours probablement semblables à ceux de mes ancêtres qui se sont lancées en affaires avec leur mari comme couturière, vernisseuse ou tapissière.

Cette nouvelle ressource donne un aperçu de la diversité et la multiplicité des entreprises menées par des femmes au 19e siècle. À mon avis, elle prend tout son sens en la recoupant avec d’autres documents comme ceux de l’état civil qui permettent d’apprécier l’unicité de chaque situation.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

5 commentaires sur « N comme Négociantes, et autres professions reliées au commerce »

  1. Bravo quel travail de compilation 🤩
    J’ai justement retrouvé beaucoup de commerçants et commerçantes dans mes collatéraux parisiens et je ne m’étais pas encore attardée sur ce fond. Cela ouvre des perspectives de recherche, un grand merci.

    Aimé par 1 personne

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