J comme Justice et faits divers

Lille : le palais de Justice, les prisons au quai de la Basse-Deûle
Lille : le palais de Justice, les prisons au quai de la Basse-Deûle
image extraite de l’article les prisons du Nord au XIXe siècle

Nombreux sont les généalogistes blogueurs qui profitent des thèmes proposés par Geneatech, en ce qui me concerne c’est une première mais comment résister à celui d’octobre sur nos ancêtres et la justice ? J’ai déjà consacré deux articles à Victor Judasse, un pauvre malheureux condamné sous la loi de la relégation à être déporté à la Guyane française, avant de parvenir à revenir en France.

Cette fois, je vais vous parler d’Étienne Griffart, un collatéral éloigné au 3e degré. Sa mère Armance (Ermance) Griffart était la soeur de mon arrière-arrière-grand-mère Séraphine Griffart. Étienne est né à Épinoy, fin 1855, de père inconnu. Armance est marchande de cordes et fait probablement les foires et les marchés pour vendre ses produits.

Seul recensement ou apparait le nom d’Étienne Griffart, fils naturel d’Ermance et vivant chez ses grands-parents
Recensement de 1856 Épinoy – Archives du Pas-de-Calais

Si Étienne a résidé chez ses grands-parents, Pierre Joseph dit Jean-Baptiste Griffart et Clotilde Vauchez, cela semble avoir été de courte durée. Alors qu’Il figure sur le recensement de 1856, on ne le retrouve ni sur celui de 1861, ni celui de 1866 alors que plusieurs de ses frères et soeurs y sont nommés. Sa mère aura cinq autres enfants, tous de père inconnu. Le recensement de 1871 manque surement en raison de la guerre de 1870-71 avec la Prusse. J’ignore donc où Étienne a grandi et passé son enfance. De toute façon en 1863, son grand-père, qui était cordier, décède. La famille, qui survivait déjà difficilement, est déclarée indigente et est assistée par la municipalité d’Épinoy.

Extrait du registre militaire d’Étienne Griffart 1 R 7015 – 1875
Archives du Pas-de-Calais

Étienne a probablement quitté tôt l’école pour travailler comme marchand ambulant. En décembre 1876, il quitte Bordeaux pour rejoindre le 21e régiment d’infanterie. J’ignore s’il était seulement de passage à Bordeaux ou s’il avait des liens dans la région. Sa fiche militaire le décrit comme mesurant un mètre soixante deux, les cheveux châtains et les yeux bruns. En attendant de passer dans la réserve en juillet 1881, il est démobilisé et renvoyé chez lui en novembre 1880.

Les villes du nord où Étienne Griffart a été arrêté ou condamné se trouvent
toutes dans un rayon de 100 kilomètres

Sa fiche militaire nous apprend également que c’est à partir de juillet 1881 que ses démêlés avec la justice semblent commencer. Plusieurs feuillets répertorient un total de 35 condamnations par différentes cours incluant une vingtaine administrées par le tribunal Correctionnel de Lille, trois du tribunal Correctionnel de Valenciennes, six de la Cour d’appel de Douai, une chacun des tribunaux Correctionnels de Lyon et de Douai, une du tribunal de Saint-Omer et une du Conseil de guerre permanent.

Extrait du registre militaire d’Étienne Griffart
concernant ses multiples condamnations
Archives du Pas-de-Calais
  • 1881 : Condamné le 8 juillet 1881 à un mois de prison pour vagabondage par le tribunal Correctionnel de Lyon
  • 1883 : Condamné le 11 août 1883 à deux mois de prison pour filouterie par le tribunal Correctionnel de Lille
  • 1884 : Condamné le 4 février 1884 par le tribunal Correctionnel de Lille à deux mois de prison pour outrage à agent et tentative d’évasion par bris de prison
  • 1885 : 16 mai 1885, condamné par défaut à un mois de prison et à 300 francs d’amende pour ivresse manifeste en nouvelle résidence correctionnelle par le tribunal Correctionnel de Lille
  • 30 mai 1885 même peine (probablement pour une offense différente)
  • 17 septembre 1885 : Condamné à un mois de prison pour ivresse et à 300 francs d’amende pou rébellion et outrage à agent.
  • 1886 : Déclaré ins…nés (?) le 29 mai 1886. Condamné 4 fois soit le 3 février, le 27 mars, le 23 juin et le 17 juillet pour des délits de rébellion, outrage à agent et ivresse. À chaque fois, il a reçu des peines allant de 15 jours à 2 mois de prison et de 5 à 300 francs d’amende du tribunal Correctionnel de Lille.
  • 1887 : 25 mai: Condamné à un mois de prison et 16 francs d’amende pour filouterie et vagabondage.
  • 20 juillet : Condamné par la Cour d’appel de Douai à 3 mois de prison et 5 francs d’amende pour rébellion, outrage à agent et ivresse par le tribunal Correctionnel de Lille
  • 20 octobre: Arrêté par la police de Douai et condamné le 12 novembre à 3 mois de prison pour insoumission à la loi sur le recrutement des armées en temps de paix par le Conseil de guerre permanent séant à Lille
  • 1889 : Condamné à un mois de prison pour outrage à agent par le tribunal Correctionnel de Lille
  • 1890 : Deux condamnations soit les 6 juin à 1 mois de prison pour mendicité en feignant des infirmités et le 11 juillet à 3 mois pour filouterie d’aliments et outrage à agent, tribunal Correctionnel de Valenciennes.
  • 1891 : Incarcéré suite à une condamnation de 1 mois pour rébellion et outrage le 17 mars 1891 à la maison d’arrêt de Lille.
  • 1892 : Condamné à six mois de prison pour filouterie à l’auberge, outrage à agent et ivresse le 27 mai par le tribunal Correctionnel de Valenciennes.
  • 1893 : Condamné à six mois de prison pour mendicité, violences et outrage à agents le 22 mars par le tribunal Correctionnel de Douai.
  • 1894 : Deux condamnations les 2 juillet et 20 décembre par la Cour d’appel de Douai
  • 1895 : Deux condamnations soit les 11 mars à 3 mois de prison pour mendicité et ivresse par le tribunal Correctionnel de Lille et le 24 août à 2 mois pour outrage à agent et ivresse par la Cour d’appel de Douai.
  • 1896 : Deux condamnations soit les 15 juillet à 24 heures de prison pour ivresse et le 19 septembre à deux mois de prison pour violence et outrage à agent et ivresse par le tribunal Correctionnel de Lille
  • 1897 : Trois condamnations soit deux par la cour d’appel de Douai les 26 avril pour coups et outrage à agent (2 mois de prison) et 18 septembre pour rébellion, outrage à agent et ivresse (3 mois de prison).
  • Une condamnation à 3 mois de prison le 13 décembre par le tribunal Correctionnel de Lille pour filouterie d’aliments, rébellion, outrage à agent et ivresse.
  • 1898 : Trois condamnations soit deux par la Cour d’appel de Douai les 26 avril pour coups et outrage à agent (2 mois de prison) et 18 septembre pour rébellion, outrage à agent et ivresse (3 mois de prison).
  • Une condamnation à 3 mois de prison le 13 décembre par le tribunal Correctionnel de Lille pour filouterie d’aliments, rébellion, outrage à agent et ivresse.
  • 1899 : 10 mai: Condamné par le tribunal de Saint-Omer pour mendicité en récidive
  • 1er juin: Condamné à 6 mois de prison pour mendicité, vol et filouterie d’aliments et 2 mois pour bris de conditions du jugement du 28 juillet 1998.
  • 1901 : Condamné à deux mois de prison et 5 francs d’amende pour mendicité avec menace, bris de clôture et ivresse par le tribunal Correctionnel de Lille.

De 1881 à 1901, Étienne Griffart participe à plusieurs périodes d’exercices, entre autres en 1882 et 1884. Après ses 3 mois de prison pour insoumission à la loi sur le recrutement des armées en temps de paix en 1887, il est réintégré à l’effectif et accomplit une période d’exercices en février 1888. En novembre 1901, Étienne est définitivement démobilisé et l’armée cesse de s’informer à son sujet. Cependant, comme cela fait au moins vingt ans qu’Étienne se fait arrêter et passe plusieurs mois par an en prison, il serait bien étonnant qu’il ait cessé d’avoir des démêlés avec la justice.

Je pense qu’Étienne Griffart vivait dans la plus extrême pauvreté et était incapable de subvenir à ses besoins. De plus, il avait développé un problème d’alcool qui le rendait violent car il a été condamné pour ivresse et outrage à agent une trentaine de fois, sinon c’était pour menace, rébellion et violence environ quinze fois, mendicité et vagabondage sept fois et huit fois pour vol et filouterie soit le plus souvent des vols d’aliments.

La prison de Loos : « les nouvelles prisons cellulaires »
Loos (près de Lille) les nouvelles prisons cellulaires
image extraite de l’article les prisons du Nord au XIXe siècle

À la fin du 19e siècle, le système carcéral français était en pleine transformation et se dirigeait lentement vers les cellules individuelles. « l’année 1875 est marquée par « un fait considérable » [qui] « consiste dans le vote, le 5 juin, de la loi sur l’emprisonnement individuel, aboutissement de quarante années de luttes » … « Au début des années 1890, la population de la maison d’arrêt de Lille, dont la capacité est passée de 300 à 350 places, continue de croître irrésistiblement, jusqu’à atteindre 650 détenus (alors que les gardiens sont au nombre de… 8)« … « Août 1894, Le conseil général abandonne définitivement son projet d’un établissement entre Lille et Douai et son regard se pose avec insistance sur le site de Loos. Cette fois, il y a urgence, car, en 1893, le typhus a frappé cruellement et sans crier gare les pensionnaires de la vieille maison d’arrêt. L’inspecteur général Puirabaud fait le voyage de Lille et conclut qu’il faut construire non pas une maison de correction supplémentaire mais remplacer carrément l’ancienne maison d’arrêt par une nouvelle. »… « Finalement, dans sa session d’août 1894, le conseil général du Nord finit par décider de la construction, sur le site de Loos, d’une nouvelle prison cellulaire. » Extrait de l’article Les prisons du Nord au XIXe siècle par Christian Carlier, dans Crimino Corpus en 2012.

Étienne Griffart a certainement séjourné dans plusieurs établissements carcéraux des villes du Nord. En 1893, il était à Douai et a échappé à l’épidémie de typhus. Bien sûr, c’était loin d’être un environnement idéal mais, au moins, il y était logé, nourri et habillé ce qui était mieux que d’être à la rue et de mourir de faim ou de froid. Ce qui pourrait cependant lui être arrivé alors que j’ignore tout de la date et du lieu de sa mort.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

2 commentaires sur « J comme Justice et faits divers »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :