F comme Familles Foraines : Miodet, Gauthier, Lafont, Prudhomme, Lecaillon

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Carte postale ancienne d’un campement de forains
sur un terrain adjacent à un hôtel à Noyers en Loir et Cher
On y dénombre trois femmes et trois hommes ainsi que sept enfants.

Dans mon dernier article, j’ai exploré le parcours des sept filles de la famille Miodet et plus particulièrement les mariages de quatre d’entre elles avec des enfants de forains. Mais qu’en est-il des garçons Miodet et de leur potentielle descendance ?

Joseph Miodet et Séraphine Griffart ont eu quatre fils Benoit (1869-), Jules François (1871-72), Joseph (1878-79) et Jean (1881-1946). Nous verrons ici les parcours de Benoit et de Jean, les deux seuls parvenus à l’âge adulte et ayant également marché dans les traces de leurs parents.

Le couple Miodet-Gauthier : Benoit Miodet (1869-), le fils ainé, est dit cultivateur au moment de son service militaire. D’autres documents le disent marchand ambulant ou voyageur. Après moins d’une année d’exercices militaires de novembre 1890 à septembre 1891, il est exempté en tant qu’ainé de sept enfants. Il sera ensuite réformé tant en 1901 qu’en 1914, pour raisons de santé puis libéré complètement du service militaire en 1918.

On lui connait deux unions dont une avec Marie Eugenie ou Marie Émilie Gauthier née à Neuilly-sur-Seine. J’ai pu retracer une Marie Gauthier née en septembre 1874, à Neuilly. Son père est facteur et sa mère domestique. Même si un doute persiste, c’est probablement la bonne personne.

Le couple Miodet-Gauthier a eu quatre enfants dont trois ont survécu: Séraphine, Adrienne et Benoit. L’ainée Séraphine, née en 1899, aura un fils Ernest Miodet de père non dénommé avant d’épouser, en 1921 à St-Maur-des-Fossés, Marien Anselme Lafont qui est marchand de bazar forain. À son mariage, il se dit chaudronnier, son épouse ouvrière d’usine et ses beaux-parents (Benoit Miodet et Marie Eugénie Gauthier) respectivement cantonnier à Clermont Ferrant et journalière à St-Maur-des-Fossés.

La parade des Hercules -Foire de Paris

Née en 1902 à St-Jean-des-Ollières, Adrienne est marchande foraine en 1919 lors de son mariage avec George Joseph Prudhomme qui, au fil du temps, est dit acrobate et marchand forain. Il est lui-même fils de forains : son père Joseph Marie Prudhomme est tour à tour marchand forain, acrobate, lutteur et Hercule tandis que sa mère est marchande foraine.

Benoit (fils), né en septembre 1904 à Clermont Ferrant et déclaré comme enfant naturel, est inscrit sous le nom de Gauthier avant d’être reconnu par sa mère Marie Gauthier « célibataire, âgée de trente ans, marchande foraine, native de Neuilly-sur-Seine, sans domicile fixe » puis par son père Benoit Miodet quelques jours plus tard. Il sera marchand ambulant comme ses parents.

Benoit Miodet (père) et Marie Eugénie Gauthier se sont probablement séparés vers 1905. Marie Eugénie a épousé en 1909, à St-Maur-des-Fossés, un monsieur Courtois sans rapport apparent avec le monde forain.

Le couple Miodet-Legout : Benoit, lui a entamé une relation avec Hortense Aimée Legout de douze ans sa cadette et sans lien apparent non plus avec le monde forain. En 1906, celle-ci donnera naissance à St-jean-des-Ollières, à une petite Hortense Legout déclarée par Benoit qui la reconnaitra comme sa fille quelques jours plus tard. En 1916, le couple accueille Albert Miodet qui décèdera avant ses dix ans. Je ne leur connais pas d’autres enfants. Alors qu’Hortense Langoux (sic) est déclarée comme « gendresse » sur le recensement de 1906, j’ignore si Benoit et elle se sont officiellement mariés, mais j’en doute.

Recensement de St-Jean-des-Ollières – 6 M 7052 – 1906 – p. 16- Archives du Puy-de-Dôme
Ancienne carte postale d’un campement de vanniers ambulants dans le Rhône. On y voit
deux hommes, quatre femmes dont deux âgées , sept ou huit enfants et un chien.

Jean Miodet (1881-), né à Varzy dans la Nièvre est le fils cadet et cinquième enfant du couple Miodet-Griffart. Je pense l’avoir retracé en 1909. Âgé de vingt-huit ans, il est dompteur, mercier marchand forain fréquentant une vannière. Le site de Geneanet « Romanes » qui répertorie près de 59 000 individus tant du monde forain que gitan, lui prête une liaison avec Fifi Hoffman Doerr avec qui il aurait eu un enfant. Un garçon nommé Georges Miodet, né à Thiers dans le Puy-de-Dôme, en 1920. On le retrouve avec son père sur le recensement de 1921 où ils sont, à tort, identifiés comme des cousins.

Recensement de St-Jean-des-Ollières – 6 M 7054 – 1921 – p. 17 – Archives du Puy-de-Dôme

Adulte, Georges aurait travaillé avec son père dans le cinéma ambulant et se serait marié avec Catherine Hoffmann, fille de vanniers ambulants. Malheureusement, il m’est impossible de vérifier l’information sans me rendre aux archives départementales.

Toujours selon le site « Romanes », Fifi Hoffmann Doerr serait le pseudonyme de Georgette Alphonsine Yvonne Lecaillon, née à l’Hôtel-Dieu de Reims en juin 1889, fille d’étameurs ambulants. Un document la dit marchande de dentelles.

Les années de naissance proposées pour mesdames Hoffmann Doerr (1889-1946) et Lecaillon (1889-1972) concordent, et il en va peut-être de même pour leur date de décès alors que je n’ai encore trouvé aucun document officiel ou autre au nom de Hoffmann Doerr.

Annonce parue dans L’Auvergnat de Paris du 9 mars 1949.
https://www.retronews.fr/journal/l-auvergnat-de-paris/09-mars-1946

Georgette Lecaillon a bien été déclarée morte en 1946, comme en témoigne l’annonce parue dans L’Auvergnat de Paris du 9 mars 1949. Cependant, cette annonce est erronée à plus d’un égard d’une part elle semble établir un lien marital avec Jean Miodet qui serait déjà décédé. Georgette Lecaillon s’est bien mariée trois fois mais jamais à Jean Miodet. Enfin, il est précisé en marge de l’acte de naissance de Georgette Lecaillon, que l’acte de décès du 24 février 1946, établi à Brioude en Haute Loire, a été annulé par jugement du tribunal de Brioude, le 28 aout 1951. Des recherches sur Gallica pour Fifi Hoffman Doerr et pour Georgette Lecaillon sont restées infructueuses.

Les différentes familles foraines voyageaient souvent ensemble. Cela facilitait l’entraide tant au niveau du montage des stands que de la garde des enfants, des tâches ménagères ou même de la sécurité. De plus, lors des naissances et décès, alors que les forains préféraient faire appel à des notables de la ville où ils étaient de passage, il leur arrivait également de demander à leurs parents de leur servir de témoins quand ils allaient à la mairie. Ainsi, on retrouve sur plusieurs actes d’état-civil les noms des hommes des différentes familles associées aux Miodet.

En tout, j’ai compté trente-neuf petits-enfants au couple Miodet-Griffart, dont plusieurs ont maintenu le mode de vie dans lequel ils avaient grandi et qui sont, à leur tour, devenus forains. Malheureusement, les dates se rapprochent et les délais requis par la loi m’empêchent d’en savoir plus sur ces cousins éloignés.

De nos jours, on compte encore plus de 150 mille professionnels répartis en 25 000 entreprises foraines. La plupart des familles que j’ai citées dans mes deux articles comptent encore des forains comme en témoignent ces extraits de journaux qui ne sont que quelques exemples parmi bien d’autres:

Les Lombardo : « Depuis 1983, les Lombardo tiennent le manège du plan d’eau de Saint-Yrieix et celui de Frégeneuil. De père en filles, et aujourd’hui petit-enfants, la famille distrait les enfants et restaure les parents. » Extrait de l’article Les Lombardo font tourner les têtes de François Goubault, publié le 15 août 2016 dans le journal Charente Libre. ou encore dans l’article Il restaure leur matériel : Richard Lombardo l’artiste des forains paru dans Le Progrès du 16 oct. 2013.

Les Prudhomme: Les Prudhomme, forains de père en fils « La famille Prudhomme est présente sur la fête foraine de Pontivy depuis quatre générations. Une tradition qui n’est pas prête de s’arrêter. C’est un rendez-vous immuable à Pontivy. Chaque hiver, la foire s’installe sur la Plaine à Pontivy. Et chaque hiver, la famille Prudhomme y installe ses stands… « Avant, on l’appelait la foire aux jeunes. Les agriculteurs de toute la région y amenaient leurs jeunes employés pour qu’ils trouvent une compagne » , raconte Paul. Et dans des temps encore plus anciens, elle fut la foire aux gages, où les commis agricoles se rendaient pour se louer (« se gager ») aux fermiers. » Publié dans le journal Ouest-France le 17 février 2019

Les Miodet : « Mercredi a vu s’installer les forains. Les familles Hinderchied (restauration) Miodet et Bouillon, présents et fidèles depuis des décennies (tirs et jeux divers), Fernandez (jeux), des petits nouveaux : la famille Benlian (autos tamponneuses de très grandes tailles)… » sur Estivareilles – fête patronale paru dans Le Progrès du 3 aout 2018.

Les Glaudio : Dominique Glaudio forain dans les gènes et dans l’âme « C’est une affaire familiale, depuis plus de 2 générations : la présence sur les fêtes foraines de la région, une trentaine par saison, avec toujours l’envie d’amuser et de faire sourire ses jeunes publics. Dominique Glaudio aura parcouru des centaines de kilomètres mais toujours connu un seul univers : celui des fêtes foraines. »… »Le métier de forain est particulier, on y vient rarement par hasard. Et en effet, le fait de grandir dans une famille de forains et de voir son père monter son attraction tous les week-ends pousse à la vocation! « Mon papa avait un manège enfantin tout en bois, que mon frère a repris après sa disparition, en 1978… « Il se souvient des bons moments et n’a jamais regretté son métier. « J’ai toujours été motivé par le contact humain, on rencontre des gens détendus, des familles qui viennent passer un bon moment, on retrouve de vieux copains qui nous amènent leurs petits-enfants! » Sa fille, qui a comme lui baigné dans le monde des forains, a elle aussi suivi ses traces. »… »Pour vivre pendant la trêve hivernale et arrondir ses fins de mois, le forain a enchaîné des occupations complémentaires. « Mon père était représentant de commerce, moi j’ai fait plusieurs petits boulots, boulanger, chauffeur. Mais toujours pressé de retrouver ma remorque, pour « être de la fête »! » Extraits de l’article publié dans NORD ISERE économie fév N 93 pour la 18ème cérémonie de remise des Trophées Nord Isère.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

4 commentaires sur « F comme Familles Foraines : Miodet, Gauthier, Lafont, Prudhomme, Lecaillon »

    1. Merci. Pour moi aussi, c’est la découverte de tout un monde qui m’a demandé pas mal de recherche pour en découvrir les règles. Je suis sûre qu’il m’ en reste encore beaucoup à apprendre. J’ai également lu sur la Pique sans pouvoir relier le phénomène à ma famille ni à des notables du village.

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