L comme Légionnaire : Tout un parcours

Légion d'honneur - LAROUSSE
Prestation de serment par les membres de la Légion d’Honneur
en l’église des Invalides le 26 Messidor an 12 (15 juillet 1804)

Dans mon dernier article, on a vu le parcours militaire de Pierre Miodet appelé à servir dans l’armée de Napoléon. Pierre est fait Chevalier de la Légion d’honneur le 28 novembre 1813. La Légion d’honneur est une distinction créée en mai 1802 par Napoléon Bonaparte alors Premier consul dans le but de reconnaitre et de récompenser le mérite individuel du soldat sans égard à son origine, sa classe sociale ou sa fortune.

Jean Simon Sauvignier, dont je vous ai parlé récemment est un autre collatéral, ayant également fait les guerres napoléoniennes mais comme militaire de carrière. Il a été fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis en aout 1823 et a aussi reçu la légion d’honneur en janvier 1835.

On a la chance de pouvoir consulter les dossiers des récipiendaires de la légion d’Honneur sur le site Leonore des archives nationales. Leur étude nous informe sur les procédures et le fonctionnement de la grande chancellerie de l’ordre royal de la légion d’honneur. Je vous propose donc d’examiner les dossiers de ces deux militaires pour analyser leurs parcours respectifs.

Pierre Miodet

Le dossier de Pierre Miodet récapitule sa vie et ses états de service de sa naissance à la campagne de Belgique en 1815 sans oublier son arrivée au 81e régiment le 15 messidor an 13 de la république (le 7 juillet 1805) et son passage dans la garde impériale en 1811. On le décrit comme mesurant un mètre 69, châtain aux yeux gris. On y apprend aussi que pendant ses dix ans de service, il est resté simple soldat. Probablement parce que seuls les soldats étant passés par une école militaire pouvaient monter en grade. Ses « actions d’éclat » sont ses multiples campagnes et ses deux blessures.

Etats de service de Jean Miodet recapitulant les différentes campagnes auxquelles il a participé

Il est reçu Chevalier le 28 novembre 1813. Cependant, le brevet qui lui est envoyé quelques jours plus tard comprend une erreur. Son nom est écrit Miode et non Miodet. Une erreur dont il ne se préoccupera que plusieurs années plus tard alors qu’il demande un duplicata probablement en préparation pour son mariage en mars 1819 avec Marguerite Blanchard une jeune femme de Billom, dans le Puy-de-Dôme où il est retourné vivre.

En tout cas, Pierre Miodet quitte l’armée à trente-deux ans, en novembre 1815 et intègre la légion du Puy-de-Dôme. On y apprend qu’il est mort à cinquante-huit ans, le 5 avril 1842, à Billom.

Brevet de la Légion d’honneur de Pierre Miodet

Afin d’obtenir un nouveau brevet corrigé, l’administration lui demande de soumettre plusieurs documents incluant une copie de son certificat de naissance ; un procès-verbal d’individualité complété par le maire de la ville selon le témoignage de deux personnes se portant garants de son identité : son notaire et Charles François De Laboulaye, lieutenant de dragons à la retraite et membre de la Légion d’honneur. On lui demande également de prêter serment en jurant d’être fidèle au roi, à l’honneur et à la patrie. Un nouveau brevet lui est émis en juin 1822.

En 1842, à la suite du décès de son époux et après plus de vingt quatre ans de vie commune, Marguerite fera aussi affaire avec une administration tatillonne. Leur seul revenu étant la pension de légionnaire de Pierre, sa veuve devra batailler pendant des mois pour obtenir qu’on lui verse les arrérages allant du 1er janvier au 5 avril 1842 et s’élevant à 65,95 francs.

Lettre de Marguerite Blanchard à la Chancellerie de la Légion d’honneur
Extrait de dossier de Pierre Miodet

Billom le 25 aout 1842 Blanchard Veuve Miodet Pierre A monsieur le grand Chancelier de l’Ordre royal de la Légion d’honneur

Monsieur, Pour parvenir à la liquidation de l’encouru du traitement de Chevalier de la légion d’honneur de mon mari Miodet Pierre décédé sans enfants à Billom le 5 avril dernier; j’ai l’honneur de vous adresser : 1. copie de l’acte de décès; 2. un certificat du notaire qui a reçu notre contrat de mariage; 3. une déclaration de ma part constatant que, de son vivant, mon mari ne jouissait d’aucun autre traitement sous quelque dénomination que ce soit. Veuillez me croire avec le plus profond respect. Votre humble servante. Signé Blanchard veuve Miodet

À cette fin, on lui demandera de certifier que le couple est sans enfants, qu’il n’y a pas d’autres héritiers et que Pierre Miodet ne recevait aucune autre pension. Curieusement, je n’ai pas retrouvé cette dernière demande dans les autres dossiers consultés. Cependant, l’information a été vérifiée plusieurs fois tant auprès de la veuve que par d’autres moyens ainsi on a fait certifier les signatures de tout un chacun par le maire de Billom avec tampons de la mairie à l’appui, bien sûr. De toute évidence, en cette période tumultueuse, on se méfiait des fraudes et des usurpations d’identité. Le règlement du dossier a pris plus d’un an.

Sa veuve a probablement hérité d’un peu plus que des quelques francs de sa pension de légionnaire alors que Pierre Miodet possédait probablement des terres ou une maison. Certains actes d’état civil où il apparaît comme témoin le disent propriétaire. De plus, en 1848, à cinquante-quatre ans celle-ci va se remarier avec un autre propriétaire de trente ans son cadet.

Jean Simon Sauvignier

Contrairement à Pierre Miodet, Jean Simon Sauvignier est militaire de carrière. Né en 1778, il entre au bataillon de l’école de Metz en novembre 1798 et commence par près de quatre ans de formation au maniement des armes et à la guerre. On est alors en pleine période révolutionnaire.

« Le commandant d’école avait autorité sur le régiment (ou précédemment bataillon) qui tenait garnison dans la même ville, et qui changeait tous les deux ans. Dans ces écoles l’instruction était à la fois théorique (mathématiques, avec leur application à l’artillerie) et pratique (manœuvres, écoles à feu, simulacres de sièges). Vallière avait prescrit de faire suivre cette instruction par tous les officiers subalternes. »… » Une disposition était particulière à l’artillerie : le commandant de l’école pouvait admettre à suivre l’instruction (celle des cadets et aspirants) les bas-officiers, et même les soldats, qu’il jugeait aptes à en profiter. Cette mesure valorisait le corps des bas-officiers. » https://artillerie.asso.fr/basart/article.php3?id_article=1956

Détails des états de service de Jean Simon Sauvignier -Dossier de la Légion d’honneur

Tout comme pour Pierre Miodet, le dossier comprend les documents d’état-civil d’usage avec toutes les vérifications nécessaires ainsi qu’un compte-rendu très détaillé des états de service de Jean Simon Sauvignier. On y apprend qu’en 1802, il a été affecté au 5e régiment d’artillerie comme artificier puis fourrier. Il y restera près de dix ans et combattra dans l’armée du Rhin avant d’être rattaché à la grande armée d’Allemagne.

Lors de son passage à l’artillerie du Grand Duché de Berg il est nommé adjudant puis deuxième lieutenant. Sa carrière progresse au sein de la Grande Armée durant les campagnes de Russie, de Saxe et de France alors qu’il est nommé premier lieutenant. Trois ans après être passé au 4e régiment comme lieutenant, il est nommé capitaine adjudant-major. En 1822, il rejoint les canonniers sédentaires et est fait chevalier de St Louis le 8 aout 1823.

La bataille d’Austerlitz en 1805

Il est dit « S’être trouvé au siège de Phillipsburg et à divers combats sur la Lahn, aux batailles d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, Friedland, d’Elsing, Wagram, de la Moskowa, de la Bérézina, Lützen, Bautzen, Dresde, Leipzig, Brienne, Montmirail, Champaubert et Paris. »

Bien que son dossier ne mentionne aucune blessure spécifique, on indique qu’en date du 1er octobre 1829, après trente ans, dix mois et vingt-quatre jours de services, il est admis à la solde de retraite et qu’il « a quitté pour cause d’infirmités graves suites des fatigues de la guerre. » Il a cinquante et un ans.

Détails des états de service de Jean Simon Sauvignier -Dossier de la Légion d’honneur

Presque un an après avoir quitté l’armée, il s’engage comme lieutenant de la garde nationale avant d’être promu capitaine puis chef de bataillon. Il quittera la garde nationale en juin 1834 et sera nommé à la Légion d’honneur le 10 janvier 1835. Il se retire avec sa famille à Donnemarie-en-Montois, en Seine-et-Marne, où il meurt à soixante-deux ans, en novembre 1840. Ayant commencé une famille sur le tard, il laisse une veuve et trois enfants mineurs.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

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