V comme Vivre pendant la Révolution

Cérémonie officielle de plantation d’un arbre de la liberté durant la période révolutionnaire

Récemment un défi était lancé d’écrire sur un prêtre réfractaire. Mais, dans ma famille paternelle, il n’y avait pas de gens d’église. Cependant, comme je l’ai déjà raconté mes ancêtres directs de 6e génération et ceux qui les avaient précédés vivaient à Meung-sur-Loire près d’Orléans dans le Loiret. En 1792, Marie Anne Gervaise (1771-1828) épousa Jean Charles Barthelemy Guillaumant (1762-1833) scieur de long. Leur fils, Charles Joseph Constant, né en 1797, fut le dernier de mes ancêtres directs à vivre à Meung. Je me suis déjà questionnée sur ce qui l’avait motivé à partir s’installer à Paris, mais quelle avait été la vie à Meung pour ses parents et grands-parents au temps de la Révolution ?

Meung-sur-Loire s’était construite autour de la Collégiale de St-Liphard, du séminaire pour hommes et du château appartenant aux évêques d’Orléans ; sans oublier l’Hôtel-Dieu où on soignait les pauvres et les indigents. La Révolution avait certainement dû avoir un impact important sur la ville et ses habitants.

En effet, depuis la Révolution les choses avaient bien changé à Meung, tout comme dans l’ensemble du Val de Loire et de toute la France. D’ailleurs, les remous ne cessaient pas de se faire sentir. Bien sûr, les paysans, les artisans, les membres des corporations et les petits bourgeois qui formaient l’essentiel du tiers État et représentaient quatre-vingt-seize pourcents de la population, voulaient la fin des privilèges et un monde plus juste. Mais personne, vraiment personne n’avait vu venir le déferlement qui avait suivi.

Les évêques d’Orléans, qui étaient les seigneurs et châtelains de la ville, et tous les nobles des alentours étaient maintenant déchus. Les biens de l’église avaient été nationalisés, une de leurs paroisses avait été fermée.

Extrait des cahiers de doléances du baillage d’Orléans
pour les États généraux de 1789, publiés par Camille Bloch

Et dire qu’en mars 1789, au moment de préparer leurs cahiers de doléances, une trentaine de représentants des différentes corporations et communautés qui étaient également les députés élus pour représenter Meung à l’assemblée préliminaire devant se tenir à Orléans la semaine suivante avaient pris deux jours pour rédiger les voeux unanimes de la population de Meung-sur-Loire.

Pour commencer, ils avaient bien pris soin de réaffirmer son attachement à la religion catholique et au roi. Ce n’était qu’après avoir humblement supplié pour la protection de leur monarque, qu’ils avaient osé demander que les gabelles prélevées sur le sel et autres marchandises soient supprimées ; que les taxes d’entrée et de passage dans les villes soient reparties par les états provinciaux et que les droits sur les cuirs soient abolis pour donner un peu de répit aux tanneurs. Ils demandaient également que la taille, trop souvent arbitraire, payée au seigneur pour sa protection ainsi que les impositions accessoires, les vingtièmes et les contributions de corvée soient remplacé par un impôt appliqué de façon plus égalitaire à tous les propriétaires.

Il y avait bien eu aussi des plaintes sur le gaspillage et la corruption dans l’entretien des routes. Les privilèges seigneuriaux surtout en ce qui concernait les moulins banaux où les citoyens étaient obligés de faire moudre leurs grains furent dénoncés. On demandait également que les prêtres et curés soient payés par l’église au lieu de forcer les citoyens à leur entretien.

On recommandait que l’exportation du blé soit contrôlée afin de répondre d’abord aux besoins du royaume et que l’on recherche les greniers d’abondance où les riches fermiers et les spéculateurs entreposaient leurs grains afin de créer une rareté et faire monter les prix.

Ils espéraient aussi une réforme du système de justice seigneuriale comprenant une simplification des procédures afin de réduire les délais et les couts. Finalement, ils souhaitaient une constitution « sage et immuable » et la réunion périodique à tous les cinq ans des États généraux pour aviser le roi et voir aux besoins de l’État.

Ils avaient basé leurs recommandations sur des modèles de cahiers de doléances qui circulaient. Tout cela leur semblait profitable au plus grand nombre tout en étant raisonnable et surtout bien loin de tout le tumulte et chaos qui allait perdurer pendant plus de dix ans.

Comment auraient-ils pu prévoir qu’en juillet 1790, la loi sur la constitution civile du clergé allait transformer les prêtres en fonctionnaires publiques ecclésiastiques ? Et pire encore déclarer tous ceux qui n’étaient pas rattachés à une paroisse comme inutiles ? La Collégiale et le couvent pour hommes étaient depuis fermés. Seuls comptaient les sacrements et les soins des âmes. Heureusement, les écoles et oeuvres de charité étaient épargnées.

Sommés de prêter serment à la nouvelle constitution, quatre-vingts évêques refusèrent excepté cinq incluant l’évêque d’Orléans, Monseigneur de Jarente. Néanmoins, le 23 janvier 1791, plusieurs curés et vicaires de Meung refusèrent de prêter serment. Le supérieur et cinq professeurs prêtres du petit séminaire avaient envoyé leur démission deux jours auparavant afin de ne pas avoir à prêter serment. Pour l’ensemble du département, sur 504 ecclésiastiques fonctionnaires publics, seulement 48 s’étaient montrés réfractaires dont six à Meung.

Comment auraient-ils pu imaginer que fin octobre 1791 on fermerait leur paroisse St-Pierre, qui existait depuis plusieurs siècles, pour l’amalgamer avec celle de St-Nicolas ? La ville de Meung, qui ne comptait qu’environ 4 400 âmes, devait se contenter d’une seule paroisse comme les autres communes de moins de 6 000 habitants. Sur le coup, la population s’était révoltée et le vicaire avait suspendu ses fonctions pendant quarante-huit heures jusqu’à l’obtention d’un sursis de l’évêque et du département avant la fermeture définitive à la mi-décembre de la même année.

Nuit du 4 au 5 aout : abolition des privilèges
et droits féodaux

De plus, le 13 novembre 1792, c’était les officiers publics, composés du maire et des conseillers, qui étaient venu réquisitionner les registres d’état civil. À partir de cette date, on n’avait plus parlé de baptême ni de sépulture mais de naissance et de décès.

Tout était allé et allait encore si vite ; les privilèges et les droits féodaux avaient été abolis dans la nuit du 4 aout 1789 ; un an plus tard c’étaient au tour du clergé de faire l’objet d’un décret qui le sécularisait. La monarchie constitutionnelle n’avait duré que quelques mois avant qu’on ne demande l’abdication du Louis XVI puis son emprisonnement. Finalement à la suite de la déclaration de la république en 1792, le roi devenu simple citoyen avait été jugé puis guillotiné.

Exécution publique durant la Révolution française

Puis, la jeune république avait été marquée par la période de la Terreur jusqu’à la chute de Robespierre. Dans les tribunaux, des lois d’exception étaient invoquées contre tout opposant à la République. Les nobles, mais pas seulement eux, se faisaient arrêter, juger et guillotiner par milliers pour qui ils étaient, ou pour leurs opinions jugées contre-révolutionnaires.

Durant des mois, la folie de Paris s’était répandue à travers toute la France qui était à feu et à sang. Différentes provinces, comme la Bretagne et la Vendée, qui tenaient à la monarchie, se révoltaient. La guerre faisait rage entre Français mais aussi avec les autres pays qui s’étaient coalisées pour empêcher le modèle de la jeune république de s’étendre et pour sauver la monarchie.

Attaquée, de toutes parts, la République française avait appelé ses citoyens à prendre les armes. Cette première levée en masse, qui voulait remplacer l’armée de métier, cherchait à recruter 300 000 hommes. Fin 1793, l’armée étaient forte de plus d’un million de soldats, ce qui en faisait la première armée d’Europe. Plus de 5000 d’entre eux venaient du Loiret.

Dans le quotidien aussi les changements étaient profonds. Les privilèges et les corporations avaient été abolis et les charlatans étaient légion. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, garantissait la liberté d’expression et de la presse. Les idées et propos les plus extrêmes circulaient.

Les provinces de France ayant des règlements et statuts différents avaient été remplacées par quatre-vingt-trois départements gérés de la même manière. Le système métrique avait fait son apparition en lieu et place des poids et mesures qui variaient grandement d’une région à l’autre.

Exemple de calendrier républicain : les saints sont remplacés par des plantes et des animaux

Le calendrier républicain, établi en fonction des saisons et de la vie paysanne, avait été adopté éradiquant par la même occasion toutes les fêtes saintes pour les remplacer par des fêtes laïques. Celles-ci, comme l’anniversaire de la prise de la Bastille et la fête de la fédération, étaient célébrées sur la place du village où, comme dans tous les villages de France, on avait planté un « arbre de la liberté ».

L’école laïque et gratuite est instaurée afin d’apprendre aux enfants à lire et à écrire mais aussi afin d’en faire de bons citoyens. Les enfants de Marie Anne et Jean Charles Barthelemy allaient bientôt en profiter. Tous apprendraient à lire et à écrire et pourraient signer fièrement leur nom comme leurs parents avant eux.

La ville de Meung et l’Orléanais ne ressemblaient en rien à la ville et région prospères qu’elles avaient déjà été. Avec la Révolution, le déclin n’avait fait que s’accentuer. Avec le Directoire qui avait succédé à la Terreur en 1795, des voix plus modérées se faisaient entendre cependant, tout pouvait et allait encore changer.

Sources : Cahiers de doléances du baillage d’Orléans pour les États généraux de 1789, publiés par Camille Bloch, éditeur scientifique, département du Loiret, Gallica ; L’Histoire au Quotidien : la Révolution Française, YouTube, mai 2019 ; Bulletin de la Société historique et archéologique du Loiret/1978 : Le Clergé du Diocèse d’Orléans face à la persécution révolutionnaire (1791-1795) par l’abbé Michel Gand, Gallica ; Anciennes unités de mesure françaises, Wikipédia ; Constitution civile du clergé, Wikipédia.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

2 commentaires sur « V comme Vivre pendant la Révolution »

  1. Bonjour, article très intéressant, nous sommes proches de ceux qui doivent subir tous ces changements. Très vivant, comme si nous étions sur place. En même temps, placée du point de vue de la Nouvelle-France, à cette époque, on se demande pourquoi les bourgeois voulaient retourner en France au moment de la Conquête.

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    1. Merci Lorraine pour tes commentaires. Bien sur ça peut être curieux vu de l’extérieur mais ils avaient probablement des plans ou de la famille. De plus, le style et le niveau de vie devait être très différents sans parler du climat. Plusieurs venaient avec un contrat de quelques années, d’autres découvraient que ce n’était pas pour eux.

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