W comme Wolfskirchen

Wolfskirchen -
Carte postale de Wolfskirchen, petit village rural du Bas-Rhin

Le Généathème proposé pour le mois d’octobre sur nos ancêtres et la religion me permet de revisiter cet article que j’avais amorcé puis abandonné par manque d’information sur ce village. Cependant, dès le début, j’y abordais les dimensions religieuse et linguistique qui sont quasiment incontournables quand parle de l’Alsace et de la Lorraine. Je le reprends donc…

Le nom de Wolfskirchen revient pas moins de soixante-deux fois dans mon arbre généalogique. Les plus anciennes références remontent à mon ancêtre de dixième génération Agnès Junker, qui y est probablement née vers 1615. Je dis probablement, car les registres de cette période ont été détruits et son année de naissance a dû être estimée. Viennent ensuite ses descendants sur quatre générations jusqu’à la naissance en 1755 de Johannes Bohn, mon ancêtre de sixième génération.

Blason ville fr Wolfskirchen (Bas-Rhin).svg
Blason de la commune de Wolfskirchen

Wolfskirchen est une petite commune rurale du Bas-Rhin à la frontière de la Moselle et à seulement quatre kilomètres de Postroff où mes ancêtres ont déménagé vers 1780. Elle compte alors environ 450 habitants.

L’église protestante représentée sur le blason de la commune est la seule église du village.

Les habitants de Wolfskirchen et des environs étaient aussi germanophones. La région du Bas-Rhin a changé de domination à plusieurs reprises entre la France et l’Allemagne et le département du Bas-Rhin a été créé en janvier 1790 pendant la Révolution française par l’Assemblée nationale constituante qui a décrété « — Que l’Alsace sera divisée en deux départements dont Strasbourg et Colmar ser[o]nt les chefs-lieux… ». 

Le Bas-Rhin est à la frontière
au nord-est de la France

Les registres que j’ai essayé de consulter sont pour moi illisibles. J’ignore s’ils sont rédigés en Allemand ou en Alsacien car je suis incapable de même identifier les mots inscrits. Cependant, selon Wikipédia « Au commencement du xixe siècle, le bureau des annales de statistique de Paris mentionne que l’Alsacien (qualifié à l’époque d’Allemand corrompu) est encore l’idiome des habitants du département, à l’exception de dix à douze communes, qui elles parlent le « patois Lorrain », considéré à l’époque comme une « espèce de dialecte romance ». En 1802, le français était parlé par plus d’un tiers de la population bas-rhinoise et la moitié de celle-ci comprenait cette langue. » Bureau des annales de statistique, Annales de statistique : ou Journal général, no 2, Paris, An X (1802)

Cela fait partie des aléas du travail de généalogiste surtout pour la généalogiste amateur que je suis. Aussi, l’information que j’ai a été compilée par d’autres généalogistes d’origine allemande, avec qui je partage des ancêtres lointains, et qui ont noté ces renseignements sur leur arbre familial. C’est un des grands avantages de la généalogie collaborative qui permet de partager et de recouper l’information avec d’autres personnes à travers le monde.

Je sais ainsi que Johannes Bohn, mon ancêtre de sixième génération, est né à Wolfskirchen en 1755, puis s’est marié à Hirschland, en octobre 1783, avec Maria Elizabetha Fuss, une fille de Postroff. Il est le fils de Hans Théobald Bohn, qui était de Postroff et avait marié Anna Christina Stroh, une jeune fille dont la famille était installée à Wolfskirchen depuis plusieurs générations et où le couple avait élu domicile.

Au moment de son mariage, Johannes Bohn se dit manoeuvrier, c’est-à-dire qu’il loue ses services, probablement dans une ferme ou chez un artisan de la région. Il sera mon dernier ancêtre à venir de Wolfskirchen. Il va s’installer à Postroff avec sa famille et y décèdera en 1838, à l’âge de 83 ans. Sa femme y décèdera également huit ans plus tard, à l’âge de 85 ans. Par contre, j’ignore combien ils ont eu d’enfants en dehors de leur fille Marie Elisabeth, mon ancêtre directe, qui est née le 22 juin 1787, soit quatre ans après leur mariage. Le baptême eut lieu deux jours plus tard, à Hirschland. Et c’est probablement là qu’elle épousa religieusement Pierre Frey, vingt et un ans plus tard, comme sa mère l’avait fait avant elle.

Ce lien familial avec la Lorraine va s’éteindre presque soixante-dix ans plus tard, quand leur petit-fils, qui est mon arrière-grand-père du côté paternel, va choisir la France après l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine à l’Allemagne. Il va s’installer à Paris, y rencontrer une jeune femme de religion catholique originaire de l’Aisne qu’il finira par épouser. Avec ce changement de pays et ce mariage, il laissait derrière lui tout son héritage religieux et linguistique.

Carte de la région avec Wolfskirchen, Postroff et Hirschland
Wikipedia

Mais revenons un peu à son village natal. Alors que Postroff était un village entièrement protestant, sa seule église était catholique suite à l’intégration de la Lorraine au royaume de France en 1766 et à une tutelle française dès 1737. Louis XVI en signant l’Édit de Fontainebleau en novembre 1685 avait fait du catholicisme la seule religion reconnue et avait, du fait même, interdit tout autre culte sauf dans la sphère privée. J’ai déjà parlé des tracas et brimades que l’on faisait subir aux protestants de Postroff et de la région dans un article récent mais en revoici un petit aperçu.

« Postroff fut un village entièrement protestant. Mais sa situation «frontalière» entraîna son partage entre Nassau et la Lorraine. Après la paix de Ryswick, son église resta catholique. Les protestants se rendirent pour le culte à Hirschland, où l’on connaît encore aujourd’hui la ruelle de leur passage et la porte de l’église qui leur était réservée. La prétention de la Lorraine était si forte et le gouvernement des Nassau si faible que le pasteur Lucius de Hirschland ne pouvait guère compter sur sa protection. Quand, malgré l’interdiction, il se rendit le 10 septembre 1724 à Postroff pour la visite d’un malade, il tomba dans une embuscade, fut capturé et emprisonné à Fénétrange. Les paroissiens en furent tellement intimidés qu’ils n’osèrent plus se rendre au culte à Hirschland les jours qui n’étaient pas également jours fériés catholiques. http://bibliotheque.ruedeleglise.net/wiki/Wiki-protestants.org

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Les trois églises de la paroisse protestante de mes ancêtres

Avant la construction de l’église de Wolfskirchen en 1779 et même plus tard, les protestants de la région devaient aller à Hirschland pour pratiquer leur culte. Ils appartenaient à l’ Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine, qui était luthérienne. C’est donc là que toutes les cérémonies comme les baptêmes, mariages et enterrements étaient célébrées. Sous la révolution, ici comme ailleurs, les pasteurs étaient des fonctionnaires embauchés et payés par l’état français.

La religion a longtemps été un motivateur puissant. Ainsi au Canada on connaît bien les relations parfois pernicieuses qui existent entre la religion et la langue d’usage. C’est ainsi que les Canadiens français qui se sont exilés aux États-Unis, pour des raisons économiques, ont perdu l’usage du français. Ils voulaient rester catholiques tandis que les évêques d’origine irlandaise refusaient que les ouailles de certaines de leurs églises parlent français.

La situation était similaire en Alsace-Lorraine où, à cause de certaines politiques répressives limitant la liberté de culte, les protestants, surtout ceux étant germanophones, se sont sentis beaucoup mieux acceptés en Allemagne qu’en France. Cet exode a d’ailleurs couté cher à la France qui se privait de citoyens travaillants et prospères. Cependant, nombreux sont ceux qui comme mon arrière-grand-père Jean Adam Frey ont choisi la France après la défaite de 1870, qui ont marié des catholiques ou encore abandonné leur religion pour se convertir au catholicisme.

Sources :

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

2 commentaires sur « W comme Wolfskirchen »

  1. Très intéressant cet article. On pourrait aussi ajouter à la généalogie collaborative qui facilite la recherche, l’accès par Internet à toutes la documentation qui existe en nos jours modernes.

    Aimé par 1 personne

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