M comme Marie Miodet

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Hôpital civil de Rochefort-sur-Mer

Gustave, mon grand-père maternel est né en 1906 à St-Jean-des-Ollières dans le Puy-de-Dôme, de Jean Gourcy et Marie Miodet qui n’étaient pas mariés. Si j’étais parvenue à retrouver les antécédents de Jean Annet Gourcy, il en était autrement pour Marie. Des Marie Miodet, il y en avait plusieurs à St-Jean et dans la région mais je ne parvenais pas à trouver la bonne. Elles étaient soit trop âgées ou trop jeunes ou encore mariées à quelqu’un d’autre. Qui donc était cette arrière-grand-mère ?

La réponse m’a été donnée par le recensement de 1911 qui la dit née à Rochefort en Charente-Maritime à plus de 450 kilomètres de St-Jean-des-Ollières.

Recensement de St-Jean-des-Ollières – 6 M 7053 – 1911 – Archives du Puy-de-Dôme

De là, j’ai pu retracer son acte de naissance qui m’apprenait que mon arrière-arrière-grand-père appartenait à ce groupe que l’on appelle « les gens du voyage ». Ce qui explique cette naissance si loin de chez eux.

2E 311/389 -Collection du Greffe – Archives de la Charente Maritime
anciennement Charente Inférieure

Naissance de Marie Miodet l’an mil huit cent quatre-vingt-quatre le huit du mois de Juin sur les dix heures du matin pardevant Nous Frederic Roche, adjoint au maire et par délégation officier de l’État-civil de la commune de Rochefort canton dudit département de la Charente-Inferieure, est comparu Joseph Miodet âgé de quarante-quatre ans demeurant à Rochefort, profession de Saltimbanque Directeur de théâtre forain lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin qu’il a déclaré être né le sept de ce mois à dix heures du soir, de son mariage contracté à Saint-Jean-des-Ollières (Puys de Dôme) avec Séraphine Griffard âgée de quarante ans, sans profession demeurant avec lui à Saint-Jean-des-Ollières et actuellement à Rochefort, dans sa voiture sur le cours d’Ablois auquel il a donné le prénom de Marie lesdites déclaration et présentation faites en présence de André Ganière âgé de quarante-huit ans demeurant à Rochefort, profession de Receveur de l’hospice et d’Eugène Sionneau âgé de cinquante-quatre ans demeurant à Rochefort, profession de Retraité et ont les déclarant et témoins signé avec nous le présent acte après qu’il leur en a été fait lecture.

Au moment de la lecture de l’acte, Joseph Miodet avait probablement été insulté de se faire traiter de « saltimbanque » souvent utilisé de façon familière et péjorative et avait demandé la rectification et l’inscription du titre de « directeur de théâtre forain », sans contredit bien plus respectable !

Il existe plusieurs définitions du mot saltimbanque en voici deux : Larousse : (italien saltimbanco de saltare, sauter et banco, banc) 1. Artiste d’agilité exécutant des tours d’adresse. 2. Acrobate de plein air, forain 3. Familier. Comédien, professionnel du spectacle.

Wikipedia : Le mot saltimbanque est attesté en Français depuis au moins le XVIIe siècle et provient de trois mots italiens : saltare in banco, sauter sur une estrade. Cette dénomination, qui s’appliqua d’abord aux acrobates, s’étendit ensuite aux bateleurs ou faiseurs de tours de force, et enfin, par assimilation, à tous ceux qui abusaient de la crédulité publique en usant de tours de magie.

L’acte de naissance de Marie nous révèle aussi que son épouse Séraphine se trouve dans leur voiture sur le cours d’Ablois. Il s’agit d’un grand parc situé au centre de la ville qui a souvent été photographié et même représenté sur des cartes postales anciennes. On y voit des enfants jouer, des promeneurs ou des manoeuvres militaires mais je n’ai malheureusement pas trouvé de photos de fête foraine. Pourtant c’est probablement dans ce parc que les tentes et kiosques forains étaient installés. Mes ancêtres faisaient probablement partie d’un groupe de forains qui se déplaçaient de ville en ville selon un itinéraire et un calendrier préétablis.

Gravure ancienne noir et blanc. Ensemble de l'hôpital en vue plongeante. Au premier plan, le cours d'Ablois avec ses arbres.
Vue de l’hôpital de la marine de Rochefort prise du coté du cours d’Ablois

Au bout du parc, on aperçoit la façade de l’ancien hôpital de la marine. En principe, il est réservé aux marins et soldats de la marine qui y viennent pour sa source thermale. Donc, ce n’est probablement pas là que Séraphine a accouché. Comme un des témoins se dit Receveur de l’hospice, il s’agit probablement de la maternité qui dessert Rochefort depuis 1853.

La petite Marie est la neuvième d’une fratrie de onze enfants dont au moins trois sont morts en bas âge. Cela fait d’elle la sixième et avant dernière de la famille. Elle va grandir à St-Jean-des-Ollières tout en accompagnant sa famille lors de plusieurs voyages à travers la France comme marchande foraine. Vers ses vingt ans, elle emménage avec Jean Gourcy qui est cultivateur. Ils auront au moins deux enfants : mon grand-père Gustave et une petite Hélène qui ne vivra que quelques jours.

Après le couple semble se séparer car Marie met au monde en aout 1911, dans la commune voisine de St-Dier, un garçon qu’elle nomme Alfonse Miodet alors qu’elle dit demeurer à La vie dans la commune de St-Jean-des-Ollières. On apprend que bien qu’on soit en 1911 et que l’école soit obligatoire depuis 1882, elle ne sait pas signer son nom.

Curieusement, elle s’est rendu elle-même à la mairie de St-Dier pour faire la déclaration et la reconnaissance, ce qui est très rare. D’habitude, c’est le père, un parent ou la sage-femme qui s’occupe de la déclaration. De plus, la naissance date de l’avant-veille, ce qui laissait amplement le temps de faire prévenir quelqu’un au village de St-Jean-des-Ollières situé à seulement huit kilomètres de là. Peut-être a-t-elle attendu en vain ou encore se sont-ils disputés car lors du recensement de 1911 qui s’est tenu quelques mois plus tôt elle vivait encore en couple.

6 E 7010 – 1911 – 1911 Etat civil de St-Dier d’Auvergne – Archives du Puy-de-Dôme

No 10 Le 2 aout 1911 Miodet Alphonse garçon L’an mil neuf cent onze, le quatre aout, à six heures du soir, par-devant nous, Gabriel Pradel, maire, officier de l’état civil de la commune de St-Dier, chef-lieu de canton, département du Puy-de-Dôme, est comparu Miodet Marie, âgée de vingt-sept ans, marchande foraine, demeurant à La Vie, commune de St-Jean-des-Ollières, laquelle nous a déclaré que avant-hier, à onze heures du soir, elle a mis au monde un enfant du sexe masculin, au bourg de St-Dier, et auquel elle donne les nom et prénom de Miodet Alphonse. Les dites déclaration et présentation faites en présence de Chenenaille Antoine, âgé de cinquante deux ans, garde et Champeix Jean âgé de trente-huit ans, instituteur, tous deux de cette commune. Et ont, les témoins signe avec nous le présent acte, la mère n’a su le faire.

Viendra ensuite, en 1918 ou 19, Jean Louis Miodet ou Gourcy. Malheureusement, les registres d’état civil pour ces années-là ne sont pas encore accessibles en ligne. Le recensement de 1921, la mentionne comme chef de famille avec ses trois garçons, tous inscrits sous le nom de Gourcy. Certainement des informations à vérifier quand l’occasion se présentera.

Recensement de St-Jean-des-Ollières – 6 M 7054 – 1921 – p. 17- Archives du Puy-de-Dôme

Elle y est dite sans profession. Cependant, elle semble tenir la maisonnée pour plusieurs de ses frères et sœurs ainsi que leurs familles respectives tandis qu’ils partent en voyage ensemble ou à tour de rôle pour aller se produire dans les fêtes foraines. Au total, j’ai compté cinq familles vivant officiellement sur la propriété soit son beau-frère Louis Boutin qui a quatre enfants et fait du cinéma forain ; sa soeur Eugénie et son mari Léon Lombardo qui est marchand forain et leurs six enfants ; son autre soeur Augustine Eugénie et son mari Pierre Glaudio, qui présente également du cinéma ambulant, et leurs trois enfants ainsi qu’un cousin Jean Miodet, marchand forain et son fils. Ils ne sont presque jamais là en même temps. La propriété, probablement utilisée comme lieu de vie par les femmes et les petits enfants, leur sert essentiellement de pied à terre ou de lieu de résidence officielle. La plupart des enfants sont nés aux quatre coins de la France en fonction des déplacements de leurs parents.

Quant à Jean Gourcy, le compagnon de Marie, qui deviendra mon arrière-grand-père, il s’est marié fin 1919 avec une fille de la région avec qui a une petite fille. En tout, ils auront six enfants : cinq filles et un garçon.

En 1926, on retrouve Marie Miodet à Issoire. Elle a alors quarante deux ans et vit avec ses deux fils Gustave, vingt ans et Jean Louis, cinq ans. Finalement, c’est à Issoire qu’elle décèdera en juin 1951, à l’âge de soixante-sept ans.

Dans un prochain article, je compte vous parler un peu plus de ses parents Joseph et Séraphine.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

4 commentaires sur « M comme Marie Miodet »

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