L comme Légionnaire : Pierre Miodet

Détail de la première remise des insignes de la Légion d’honneur par Napoléon dans l’église des Invalides, le 15 juillet 1804 -Jean Baptiste Debret 1768-1848 – Musée de Versailles

J’ai toujours entendu le terme légionnaire être utilisé pour désigner les soldats de la légion étrangère mais il semble qu’on l’utilise également pour parler des récipiendaires de la Légion d’honneur.

Je vous ai déjà parlé de Jean-Pierre Frey un de mes grands-oncles paternels qui, à l’âge de 102 ans, avait reçu le rang de Chevalier de la Légion d’honneur en 1995 en tant qu’ancien combattant de la Grande guerre.

Ma branche maternelle comprend également son légionnaire. Il s’agit de Pierre Miodet, un cousin de Pierre Miodet mon ancêtre direct de sixième génération soit le grand-père du grand-père de mon grand-père ou plus simplement le grand-père de Joseph Miodet dont je vous ai parlé dans mes articles sur les forains.

Mais commençons par le début. Pierre Miodet est né en 1783 à St-Jean-des-Ollières un petit village du Puy-de-Dôme. Il est le fils de Pierre Miodet et Marie Montmorin qui sont agriculteurs. Je lui connais un frère et deux soeurs. La fratrie était probablement plus grande, mais les documents d’état civil de l’époque ne se sont pas rendus jusqu’à nous. Vingt ans plus tard, en 1803, la monarchie est tombée, la révolution bat de l’aile et son premier consul, Napoléon Bonaparte va bientôt se faire sacrer empereur des Français.

Depuis l’établissement de la jeune république française, les monarchies européennes lui font la guerre car elles ont peur que le mouvement révolutionnaire prenne de l’ampleur et s’étende aux autres nations. De 1792 à 1802, deux différentes coalitions ont essayé de renverser le nouveau gouvernement pour rétablir la monarchie. Durant cette période, la France a réformé son armée et commencé à lever de plus en plus de soldats parmi la population. Enfin Napoléon, en fin stratège, s’est hissé non seulement au sommet de l’armée, mais à la tête du gouvernement.

Extrait du registre matricule de Pierre Miodet numéro 106 –
Mémoire des hommes – « Matricules Napoléoniens 1802-1815 »
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Vue de la Citadelle de Besançon prise depuis Trois Chatels [dessin] /  Pierre Marnotte , [Besançon] : P. Marnotte,
Vue de la Citadelle de Besançon prise depuis Trois Chatels – 1859/
Pierre Marnotte (1797-1882) https://memoirevive.besancon.fr/ark:/48565/4xwcr30fm65g

Vu son année de naissance, Pierre Miodet a probablement fait partie des conscrits de 1803. Il avait un mois pour répondre à la convocation envoyée par l’armée. J’ignore s’il est arrivé trop tard ou si on est venu le chercher chez lui mais en 1805, il arrive à son régiment en provenance du dépôt des conscrits réfractaires de la Citadelle de Besançon. Les réfractaires n’étaient pas des déserteurs mais ceux qui ne s’étaient pas présentés au moment où ils avaient été appelés. Au total, il y avait une dizaine de centres pour réfractaires à travers la France, desservant chacun un certain nombre de divisions et recevant les réfractaires en fonction de la division à laquelle ils avaient été affecté.1

Uniforme des soldats d’Infanterie de ligne

Donc, en juillet 1805, Pierre quitte Besançon et se retrouve affecté au 81e régiment d’infanterie de ligne qui sera envoyé en Italie où il sera blessé deux fois d’abord à la main droite puis au genou gauche. Mais, on ne le démobilise pas pour autant. De 1805 à 1808, toujours avec le 81e régiment, il part faire la campagne de Dalmatie, en actuelle Croatie. Puis, ce sera la campagne d’Autriche en 1809 alors qu’il est envoyé au Tyrol, limitrophe de la Suisse. Un territoire que Napoléon convoite pour sa situation stratégique entre l’Italie et l’Allemagne.

Uniforme des chasseurs de la Garde impériale

En mai 1811, Pierre est admis comme chasseur à pied dans la Garde impériale et participe à la campagne de Russie en 1812, suivie de la campagne de Saxe en 1813, et en 1814 celle de France qui entraine la capitulation de Napoléon.

Tout au long de ces campagnes, les soldats ont souffert de faim, du froid et de la canicule, des épidémies, de la vermine sans parler des hécatombes sur les champs de bataille. Vu le nombre de conscrits qui sont morts au cours de toutes ces campagnes, il est presque incroyable qu’il en soit revenu vivant.

Au total, 2 200 000 conscrits seront levés pour la période allant de 1804 à 1813, sans compter les contingents étrangers, et on estime qu’environ 580 000 Français ont été tués de 1805 à 1815.2 Tandis que les morts, tous camps confondus, se comptent en millions d’hommes.

Pierre est fait Chevalier de la Légion d’honneur le 28 novembre 1813. Cette distinction a été créée en mai 1802 par Napoléon Bonaparte alors Premier consul. Son intention était de reconnaitre et de récompenser le mérite individuel du soldat sans égard à son origine, sa classe sociale ou sa fortune.

Détail du registre matricule de Pierre Miodet numéro 106 –
Mémoire des hommes – « Matricules Napoléoniens 1802-1815 »
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Mais le parcours et l’implication de Pierre Miodet ne s’arrêtent pas là. Sa fiche militaire nous apprend que le 21 avril 1815, il arrive du bataillon de l’Île d’Elbe. Or, c’est justement là que Napoléon avait été envoyé en exil en avril 1814 et d’où il a organisé son retour, le 1er mars 1815. Car, il s’agit d’un exil hors du commun, Napoléon a choisi cette petite île non loin de la Corse où il a grandi. Il en devient en quelque sorte le monarque et s’emploie à la diriger pendant les 300 et quelques jours où il y réside. Il a même une armée et une marine. Minuscules, il s’entend.

Ile d’Elbe à une cinquantaine
de kilomètres de la Corse

« Le 7 mai, Napoléon commença à donner des ordres sur l’organisation de la marine et convoqua le jour suivant le sous-préfet, le commissaire de marine, le directeur du registre, le commissaire de guerre, le directeur des contributions ainsi que toutes les personnes qui pouvaient l’informer sur l’état de l’administration du pays, des douanes et de l’administration sanitaire et maritime. À partir de là, le gouverneur Drouot fut submergé de dispositions impériales et Portoferraio prit l’apparence d’un grand chantier… »3

Pierre Miodet faisait-il partie de la garde rapprochée, chargée de garder Napoléon ? Ou était-il plutôt l’un des vétérans qui ont répondu à l’appel de leur empereur ? À son retour, Napoléon espérait pouvoir rassembler une armée grâce aux légions départementales, aux milliers de vétérans et à la levée de nouveaux conscrits.

Durant cette période, que l’on a appelé « les cent jours », Pierre Miodet participa à la campagne de Belgique de 1815. Il était probablement à Waterloo quand l’armée française dut battre en retraite dans le plus grand désordre marquant la fin du rêve alors que Napoléon est déporté sur l’île de Sainte-Hélène.

J’imagine aussi son indéfectible dévotion à l’empereur qu’il aura suivi jusqu’au bout. En dix ans, lui qui hésitait à répondre à l’appel aura trouvé sa vocation et vu plus de pays qu’un paysan du massif central ne pouvait rêver d’en voir. Tout cela a du demander beaucoup de courage et de détermination, ainsi qu’une bonne dose de chance pour s’en sortir vivant.

En tout cas, Pierre Miodet s’est retiré à trente-deux ans, en novembre 1815 et a intégré la légion du Puy-de-Dôme. Il s’est marié avec Marguerite Blanchard dont j’ai découvert l’existence dans le dossier de la Légion d’honneur. On y apprend que Pierre est mort à cinquante-huit ans, le 5 avril 1842, à Billom et qu’ils n’ont pas d’enfants.

Sources :

  1. Extrait de L’histoire autrement… par Bernard Coppens https://www.1789-1815.com/armee_fr_1804.htm
  2. La conscription sous le premier empire par Alain Pigeard sur le site d’histoire de la fondation Napoléon https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/la-conscription-sous-le-premier-empire/
  3. Napoléon et Elbe https://www.iledelbe.net/decouvrir-elbe/histoire-de-l-elbe/napoleon-bonaparte/sejour-elbe/

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

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