H comme Honorer nos morts

À Neuilly-sur-Seine, inauguration du monument aux morts de la Grande Guerre
par Raymond Pointcarré le 18 novembre 1923

Après l’Halloween et ses fausses peurs orchestrées, le 11 novembre est à nos portes. Il est temps de changer de registre et d’abandonner les pseudos morts faisant mine de revenir nous hanter pour se concentrer sur les vrais disparus, souvent morts dans des circonstances inconnues et pour certains de façon tragique.

Carte des pays participants au projet « Sauvons nos tombes »de Geneanet

Il y a cinq ans, Geneanet a inauguré le projet « Sauvons nos tombes » en demandant à ses membres de documenter les tombes des cimetières français. Toutes les tombes sont encore loin d’être répertoriées et les milliers de photos soumises ne sont pas toutes indexées mais le projet ne cesse de grandir et a même fait boule de neige dans plusieurs dizaines de pays à travers le monde.

La France et l’Europe sont en tête avec près de 38 000 cimetières entièrement ou partiellement documentés, dont plus de 32 000 en France. Parmi ceux-ci on retrouve bien sûr les nécropoles militaires des première et deuxième guerres mondiales.

Nécropole d’Étinehem dans la Somme regroupant
les tombes d’un millier de soldats victimes
de la Grande Guerre

Alors que des millions de tombes sont déjà indexées, je n’ai pu retrouver que mon grand-père Édouard Guillaumant qui figure deux fois dans ce projet. Une première fois avec une image de sa tombe à la nécropole d’Étinehem dans la Somme où il repose avec un millier d’autres victimes de la Grande Guerre.

Comme le projet de Geneanet répertorie aussi des plaques commémoratives et des monuments aux morts, le nom d’Édouard Guillaumant apparait une deuxième fois, sur les plaques de marbre blanc où sont gravés les noms des centaines d’enfants de Neuilly « morts pour la France ». Ce qui nous ramène à ces commémorations du 11 novembre qui approchent.

Plaques commémoratives accrochées sur les murs
de l’Hôtel de ville de Neuilly-sur-Seine -Site de l’université de Lille

Ces plaques ont été installées dans le hall de l’Hôtel de ville de Neuilly-sur-Seine pour honorer les hommes décédés durant la guerre de 14-18. Malheureusement, la liste s’est alongée et des plaques ont dû être ajoutées pour inclure les Neuilléens morts durant la guerre de 39-45 puis celle d’Indochine, et quelque années plus tard celle d’Algérie.

Couverture de la version en livre de poche
dont la photo est tiré le film du même nom

Il y a quelques années, j’ai assisté à une projection du très émouvant film « Au revoir là-haut », réalisé en 2017, par Albert Dupontel et primé de huit Césars incluant meilleure réalisation et meilleure adaptation du roman du même nom de Pierre Lemaître, récipiendaire du prix Goncourt 2013. « Au revoir là-haut » relate deux réalités de la Grande Guerre.

D’une part, il nous parle des gueules cassées, ces pauvres soldats qui ne sont pas morts, mais sont revenus terriblement mutilés par les éclats d’obus. Et d’autre part, des processus de souscriptions publiques entreprises par presque toutes les villes de France pour ériger des monuments en l’honneur de leurs « enfants morts pour la patrie ».

Concernant cette deuxième réalité, loin de la fiction, on peut prendre à témoin la résolution du Conseil municipal de Neuilly qui se lit comme suit :

Résolution du Conseil municipal d’ouvrir une souscription publique pour l’érection d’un monument commémoratif
Site de l’université de Lille

Messieurs, Le Conseil municipal s’est préoccupé à diverses reprises durant les années qui viennent de s’écouler, de l’hommage qu’il conviendrait de rendre après la Guerre aux enfants de Neuilly MORTS POUR LA FRANCE. Aussi longtemps que nous vivions dans l’espérance c’est à dire malgré tout ce qu’un tel mot peut avoir de consolant, dans une angoisse hésitante et douloureuse, ce projet a dû rester à l’état de voeux. Aujourd’hui, l’espérance est devenue réalité, grâce à l’héroïsme de nos soldats nous connaissons les certitudes de la Victoire et de la Paix. L’érection dans notre Commune d’un Monument aux MORTS DE LA GUERRE ne peut plus être différée. Votre Commission pleinière vous propose d’ouvrir une souscription publique à cet effet. Ce monument n’aurait pas à notre avis, son entière signification s’il n’exprimait pas la gratitude unanime de tous nos concitoyens. Parmi eux il n’y en a pas un seul qui ne soit prêt à reconnaître la dette que nous avons contractée solidairement envers les sauveurs de la Patrie et qui ne veuille l’acquitter pour sa part.Votre commission pleinière vous propose d’inscrire la Ville de Neuilly en tête de la première liste pour une somme de : quarante mille francs.

Extrait du procès-verbal de la réunion du conseil municipal de Neuilly-sur-Seine du 11 février 1920

Ainsi, en février 1820, soit moins de deux ans après l’armistice du 11 novembre 1918, la ville de Neuilly-sur-Seine lançait sa souscription. S’enclenchait alors un long processus pour obtenir les approbations et le financement nécessaires avant de choisir un architecte et un entrepreneur afin d’ériger un monument commémoratif qui fut inauguré le 18 novembre 1923, par Raymond Pointcaré.

Monument aux morts de
Neuilly-sur-Seine érigé en 1923 – photo
provenant du Site de l’université de Lille

En tout, il est estimé que les pertes humaines dues à la guerre s’élèvent à environ 18 millions de personnes avec presque autant de civils que de militaires. Pour la France, ces chiffres s’établissent à près d’un million et demi de soldats et trois cent mille civils mais aussi plus de quatre millions de blessés.

Avec la mort de tant de soldats français, la première guerre mondiale a fait plus de 600 000 veuves et presque 986 000 orphelins parmi lesquels se trouvaient la famille de mon pére. J’ai toujours senti beaucoup d’amertume de leur part, face au destin tragique de ce mari et de ce père qui leur avait été volé.

Cependant, après le visionnement du film sur les gueules cassées, qui dépeint très bien leurs désespoirs et leurs souffrances, je me suis demandé ce qui aurait été pire : mourrir ou vivre mutilé à vie et en marge d’une société qui peine à prendre soin de ses vétérans et surtout de ses grands blessés laissés pour compte.

Du compte-rendu de la réunion du conseil municipal de Neuilly je retiens des mots comme « hommage qu’il conviendrait de rendre », « angoisse hésitante et douloureuse« , « gratitude unanime » ou encore « reconnaître la dette que nous avons contractée solidairement » et « les sauveurs de la Patrie« .

Ces mots sont loin d’être uniques et spécifiques à Neuilly. En ce lendemain de guerre, ils représentent bien le sentiment général partagé par une France traumatisée. Parmi ceux qui sont revenus, beaucoup sont marqués à vie par leurs blessures physiques et psychologiques. D’autres encore sont déplacés et doivent se relocaliser, leur village ayant été partiellement ou complètement détruit. L’effort de reconstruction va être énorme. Enfin, tant de jeunes hommes ont été tués, qu’au-delà des drames individuels, cela a provoqué un déséquilibre démographique, une chute des naissances et un vieillissement de la population.

Tous ces monuments, érigés afin qu’on se souvienne des horreurs de la guerre et de son énorme coût en vies humaines, n’ont pas atteint leur but ultime qui était d’éviter que cela se reproduise. Alors que, plus de cent ans plus tard, tous les témoins de cette guerre ont disparu et que ceux qui ont assisté à la deuxième guerre mondiale s’éteignent petit à petit, des guerres fratricides et insensées continuent à faire des ravages en Europe comme ailleurs dans le monde.

Sources :

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

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