F comme Familles nombreuses

Léon Frédéric Les âges de l’ouvrier Paris, Musée d’Orsay, Inv. RF 1152
Cliché : RMN Hervé Lewandowski https://www.latribunedelart.com/enfances-du-xixe-siecle

En ce 9 mai 2021, pas moins d’une cinquantaine de pays célèbrent la fête des mères incluant le Canada, la Belgique, la Suisse et l’Italie.

Qui dit fête des mères dit maternité et une progéniture plus ou moins nombreuse. Au milieu du 20e siècle, en plein « baby boom », il fallait avoir au moins trois enfants pour être qualifié de famille nombreuse. Mais, cela n’a pas toujours été le cas. Ainsi, au 19e siècle, il fallait compter au moins huit enfants. La population française était encore principalement rurale et les familles nombreuses étaient courantes d’autant plus que la mortalité infantile était élevée et les besoins en bras importants.

J’ai donc décidé de mettre en lumière la réalité de deux de ces familles nombreuses tirées de mon arbre généalogique, l’une urbaine au 19e siècle et l’autre rurale un siècle plus tôt.

Dans mon arbre, la famille qui a le plus d’enfants est celle de Jean Baptiste Eugène Cuche et de Marie Aimée Claudine Guillaumant. Celle-ci est la soeur de mon arrière-arrière-grand-père dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises. Elle-même issue d’une famille nombreuse, elle est la septième enfant d’une fratrie de neuf frères et soeurs. Elle n’a que quinze ans à la mort de son père Constant Guillaumant et se mariera l’année suivante à un sculpteur sur bois nommé Jean Baptiste Eugène Cuche. Elle est née à Paris en 1838 ; lui, de dix ans son ainé, est originaire de Sancey-le-Grand dans le Doubs dans le nord-est de la France. Il est le sixième d’une fratrie de neuf frères et soeurs.

Extrait du relevé des familles de mon arbre ayant le plus d’enfants

Ensemble, ils auront quatorze enfants soit sept garçons et sept filles, nés de 1855 à 1880. Si pour son premier elle n’a que dix-sept ans, elle vient juste de fêter ses quarante-deux ans à la naissance de son dernier. Au moins huit d’entre eux mourront en bas âge. Ainsi, après avoir déjà perdu six de ses enfants et alors qu’en France la quatrième épidémie de choléra tire à sa fin, elle enterrera en janvier 1875 Augustine sa dernière née qui n’a qu’un mois, et trois semaines plus tard son fils George Eugène qui n’a pas encore 18 mois quand il meurt à l’hôpital Saint-Antoine.

Installés au coeur du faubourg Saint-Antoine, ils ont déménagé souvent. En 1854, juste avant leur mariage, Jean Baptiste Eugène habitait Cour du Bel Air où il avait probablement son atelier comme cela arrivait souvent. Elle demeurait avec sa famille au-dessus du magasin familial au 33 rue du Faubourg Saint-Antoine. Ils ont habité successivement rue de Montreuil (1855), rue Louis Philippe (1856), rue du Faubourg Saint-Antoine (1858), 1 rue Keller (1860) puis au 17 de la même rue (1862), rue des Taillandiers (1871) et 20 Passage Stainville (1873), au fur et à mesure que la famille s’agrandissait.

Quelques années plus tard, en décembre 1881, ils se sont même porté acquéreurs de l’édifice du passage Stainville comme en témoigne un acte notarié. Avec l’immeuble, ils prenaient aussi les locataires et leurs baux dont certains avaient été conclus pour vingt ans. De nos jours, l’édifice de la rue Stainville a été démoli.

Acte notarié -Archives de Paris

« Mr Jean Baptiste Eugène Cuche, fabricant de meubles et Mme Marie Aimée Claudine Guillaument, son épouse, demeurant a Paris, passage Stinville, No 20. Pour sureté de six mille francs prix principal de la vente ci-après énoncée, payable en six fractions de 1,000f chacune les 1er Juillet des années 1882, 1883, 1884, 1885, 1886 & 1887, avec intérêts à 5% par an à compter du 1er Octobre 1881 payable en même temps que chaque fraction du principal 6,000 f et des charges de la vente.

Ils décèderont à quelques mois d’intervalle, lui, à l’âge de soixante et un ans, le 18 avril 1889 soit onze mois après sa femme, morte à quarante-neuf ans, le 24 mai 1888 et quatre mois après son fils Gustave Félix, âgé de vingt ans et décédé le 17 décembre 1888 dans la demeure familiale. Les actes de décès ne mentionnent pas la cause mais comme à chaque hiver, de nombreuses personnes meurent alors de la grippe et autres maladies respiratoires.

Table décennale des décès répertoriant les décès du couple Cuche et de deux de leurs enfants à quelques mois d’intervalle,
12e arrondissement, Archives de Paris

Après avoir enterré leurs parents et leur frère, il ne reste plus que cinq membres de la fratrie : l’ainée Eugénie Félicie trente-deux ans, Louise vingt-cinq ans, Auguste Eugène vingt-trois ans et les deux cadets Augustine, treize ans et Léopold Gustave, neuf ans.

Trois d’entre eux vont se marier dans les mois qui suivent. D’abord Eugénie Félicie qui a épousé Louis Alcide Lucas en avril 1888 soit six semaines après le décès de sa mère suivie d’Auguste Eugène qui épousa Marthe Célestine Léontine Lépine en octobre 1889 et enfin Louise qui épousa Émile Koenig en août 1890. Les deux cadets seront confiés à leur frère Auguste Eugène. J’ignore ce qu’il est advenu d’Augustin François, le fils ainé, pour qui une demande a été déposée à la Commission de reconstitution de l’état civil de Paris vers 1873 et dont c’est la dernière trace que j’ai pu trouver.

Leur fille ainée, Eugénie Félicie décède quelques années après ses parents en novembre 1891, âgée de trente-six ans. Là encore on ne peut que présumer la cause de sa mort alors qu’une épidémie de grippe déferle à travers le monde. « La grippe de 1889-1890 (octobre 1889 – décembre 1890, avec des récurrences de mars à juin 1891, de novembre 1891 à juin 1892, de l’hiver 1893 à 1894 et du début de 1895) est réputée être une pandémie de grippe mortelle qui a tué environ un million de personnes dans le monde. L’épidémie a été surnommée « grippe asiatique » ou « grippe russe » » https://fr.wikipedia.org/wiki/Grippe_russe_de_1889-1890

Orpheline depuis l’âge de treize ans, Augustine est placée très tôt comme domestique avant de décéder également à vingt et un an à l’hôpital de la Salpetrière qui est un hôpital de l’Assistance publique. Avec son frère Léopold Gustave, elle avait été confiée à leur frère ainé Auguste Eugène, nommé leur tuteur. Léopold Gustave qui travaille comme fleuriste a décidé, à l’âge de vingt ans, de devenir « engagé volontaire pour quatre ans » en février 1901. Il est réformé dès mai 1902 pour raison de santé. En décembre 1914, au déclenchement de la première guerre mondiale, il est rappelé à l’activité et affecté à une unité combattante de mars 1915 à octobre 1916. Il sera ensuite détaché aux usines Schneider jusqu’en mars 1919, date à laquelle il sera démobilisé. Sa fiche le décrit comme étant de taille moyenne pour l’époque, un mètre soixante quatre, cheveux châtains, yeux gris et visage ovale. Aucune mention sur son niveau d’instruction.

Extrait de la fiche militaire de Léopold Gustave Cuche – Archives de Paris

En résumé, sur les quatorze enfants Cuche on sait que six ont atteint l’âge adulte et que trois d’entre eux se sont mariés. Bien sûr, j’ai cherché à savoir s’ils avaient eu des enfants. Jusqu’à présent et malgré bien des efforts, je n’ai retracé que Suzanne Koenig la fille de Louise Cuche et Émile Koenig, née en décembre 1891 et morte trois mois plus tard en mars 1892. J’ignore si Léopold Gustave a fini par se marier mais il semble être celui qui a survécu le plus longtemps alors qu’il décèdera à soixante-douze ans à Mâcon. Viennent ensuite Louise qui meurt à cinquante ans, puis Auguste Eugène à quarante ans et Eugénie Félicie à trente-six ans.

Avoir autant d’enfants à Paris en cette période de transformations et de révolutions était tout un exploit qui a dû demander beaucoup de courage et de persévérance. Malheureusement, malgré tant d’efforts, il semble ne rester aucun descendants d’une aussi grande famille.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

2 commentaires sur « F comme Familles nombreuses »

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