C comme Couturière et autres métiers connexes

Alors que bien des femmes de ma famille sont déclarées sans profession ou alors qu’elles veillent au bien être de leur famille, nombreuses sont celles qui, à la campagne, sont manouvrières ou journalières. Ce qui veut dire qu’elles louent leurs services à la journée surtout en période de récoltes ou de semailles. Employées surnuméraires sans qualifications particulières, elles font souvent les travaux les plus pénibles.

Cependant, une fois à Paris ou dans la région parisienne, mes aïeules gagnent leur vie comme couturières, tapissières ou encore dans le secteur de la mode. De plus, plusieurs travaillent avec leur mari surtout quand celui-ci est dans le commerce et le travail du bois. C’est, entre autres, le cas de mon arrière-arrière-grand-mère Jeanne Claude Boulet qui en 1864 est vernisseuse alors que son mari Louis Frédéric Guillaumant est ébéniste au Faubourg St-Antoine.

Depuis la fin du 19e siècle, grâce à l’instauration de l’instruction publique obligatoire et gratuite, à part de très rares exceptions, les femmes de ma famille savent toutes lire, écrire et compter. Cependant, elles semblent avoir peu de qualifications professionnelles et doivent se contenter de métiers peu qualifiés ou encore de métiers traditionnellement féminins. 

Quand leur mari est tailleur comme mon arrière-grand-père maternel Ferreri, il semble logique que sa femme soit couturière.

Cependant, la pratique semble beaucoup plus large surtout si on tient compte du fait que du côté des Guillaumant, bon nombre d’hommes travaillent le bois. Ainsi, quand le mari est ébéniste, sa femme et ses filles sont souvent couturières. Cependant, quand il est tapissier sa femme est tantôt déclarée couturière, tantôt tapissière. C’est le cas de mon arrière-grand-père Hippolyte Guillaumant et de sa femme Élise Boulet alors que plusieurs actes réfèrent à eux comme tapissiers. En 1904, leur fils Edouard Guillaumant est tapissier avec sa femme Christine Frey. Trois ans plus tard, celle-ci est devenue demoiselle de magasin, un métier en lien direct avec la mode.

D’ailleurs, dans son livre Au bonheur des dames, publié en 1883, Emile Zola décrit la condition de ces vendeuses ou demoiselles de magasin.

« Puis, Denise passa l’uniforme de son rayon, une robe de soie noire, qu’on avait retouchée pour elle, et qui l’attendait sur le lit. Cette robe était encore un peu grande, trop large aux épaules. Mais elle se hâtait tellement tellement, dans son émotion, qu’elle ne s’arrêta point à ces détails de coquetterie. Jamais elle n’avait porté de la soie. Ces demoiselles étaient vêtues de leur soie réglementaire, promenant leurs grâces marchandes, sans jamais s’asseoir sur la douzaine de chaises réservées aux clientes seules. Toutes avaient, entre deux boutonnières du corsage, comme piqué dans la poitrine, un grand crayon qui se dressait, la pointe en l’air ; et l’on apercevait, sortant à demi d’une poche, la tache blanche du cahier de notes de débit. » Au bonheur des Dames, Emile Zola, Chapitre 4, 1883

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Toutefois, pour ma grand-mère, les actes d’état civil ne précisent pas dans quel type de magasin elle travaillait. Comme à l’époque, ils habitaient à Choisy-le-Roy situé à une vingtaine de kilomètres de Paris, il se peut qu’elle ait travaillé dans un magasin de tissus, en lien avec son expertise professionnelle.

De plus, cela semble avoir été de courte durée car, peu de temps après, elle va retravailler avec son mari toujours en tant que tapissiers mais cette fois pour le théâtre et le cinéma muet. Probablement que l’un s’occupait des meubles et des décors tandis que l’autre voyait aux tentures et autres textiles.  

Bien que leur situation ne présente rien d’exceptionnel pour l’époque, on peut quand même espérer que leurs conditions de travail avec leur famille ou leur mari aient été moins difficiles que la moyenne. De nombreuses études ont documenté et témoigné des conditions d’emploi précaires des couturières de la fin du 19e siècle ou du début du 20e, souvent sous payées. Ainsi, voici quelques extraits de l’article « La condition des ouvrières depuis 1850 jusqu’à la fin des « Golden sixties » » rédigé à partir du travail de Lydie Pirson.

« En 1866, 70 % des ouvrières d’industrie travaillent dans le textile où elles constituent 45 % de l’effectif ouvrier. La seconde grande masse ouvrière féminine est constituée de couturières, lingères, dentellières, brodeuses, giletières, corsetières, etc. » 

«  … Faute d’économies suffisantes, les couturières à domicile ne purent pas acheter de machines et elles subirent la concurrence d’ouvroirs équipés en machines. Beaucoup de couturières se retrouvèrent ainsi au chômage. Puis se mit en place un système qui combinait le travail sur machines à coudre dans de petits ateliers, et un travail manuel à domicile. Les couturières retrouvèrent alors du travail, assuré par le développement de l’industrie de la confection, mais il s’agissait d’un travail parcellisé, coupé de longue périodes de chômage saisonnier et d’autant plus mal payé qu’une concurrence sauvage opposait les petits ateliers ainsi que les couturières à domicile.
Ces ouvrières du vêtement sont presque 600 000 en 1866 et, en 1906 encore, 36 % des femmes actives travaillent à domicile. » 
extrait de https://perso.helmo.be/jamin/euxaussi/femme/femtrav19.html

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Chez la modiste par Charles-Auguste Edelmann (1878-1950)
L’Étalage de la modiste, Jean-Émile Laboureur, 1912

Chez les Frey, Aline Victorine Flore, la soeur de ma grand-mère Christine, a, quant à elle, fait carrière dans la mode. Différents actes d’état civil datant du début du 20e siècle la déclarent modiste.

A l’époque le chapeau faisait partie intégrale de la tenue féminine. Aucune femme respectable ne serait sortie sans son chapeau.

Dans ce tableau de Jean Beraud, peint en 1889, une jeune modiste ou encore une cliente traverse la rue avec son carton à chapeau.
Image associée

D’ailleurs Coco Chanel a elle-même commencé comme modiste comme en témoigne cette affiche de 1911.

Le métier, qui est à son apogée au milieu du 19e siècle, a d’ailleurs inspiré de nombreux artistes peintres qui témoignent ainsi des petits métiers féminins.

Publié par L'abécédaire de mes ancêtres

Bonjour, D'origine française, je vis au Canada depuis plus de 40 ans. Généalogiste amateure, j'essaye de retracer la vie de mes ancêtres. Grâce à l'aide inestimable de parents mais aussi à des photos d'époque et à des articles de journaux ainsi qu'à des documents d'état civil et d'archives, je m'efforce de remonter le temps. Les articles réunis dans ce blogue sont principalement destinés à ma famille mais aussi à toute personne intéressée à l'histoire du quotidien et de gens ordinaires ayant mené une vie supposément sans histoire. Dominique G.

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